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Les avis de - ALG67140

Visualiser les 18 avis postés dans la bedetheque
    ALG67140 Le 13/01/2026 à 17:55:40

    En entreprenant la lecture de cet ouvrage, j'apprends qu'il existe déjà une série (Granville) ayant façonné le contexte dans lequel je m'apprête à plonger. Heureusement l'auteur m'avertit en préliminaire qu'il n'est pas nécessaire de l'avoir lu et prétend même, qu'au contraire, c'est une excellente "porte d'entrée" vers son univers… J'entame donc rassuré.

    L'action prend place fin du XIXème siècle aux derniers jours de l'occupation de la Grande Bretagne par une France napoléoniennes, au terme de deux siècles d'occupation après élimination de la monarchie en place (trop fort !). Le transfert du pouvoir imminent entre le brutal occupant frenchie et les prétendants à la gouvernance du pays avive les tensions dans toutes les strates de la société.

    Dans ce contexte agité, l'inspecteur britannique Hawksmoor est appelé à enquêter sur une série de meurtres qui vont le mener des bas-fonds de Londres aux plus haut-lieux du pouvoir, en passant par les endroits les plus interlopes de la cité victorienne (mais sans reine Victoria donc, si vous suivez…). Une traque entravée par une guerre des polices des plus suspectes. La corruption et la cupidité seront bien entendu à l'origine des crimes les plus abjects qui jalonneront la piste de notre fin limier.

    La densité de l'enquête et l'imbrication des situations s'inscrivent tout à fait dans l'univers Conan Doylien.
    L'intrigue est bien menée sans que le tempo ne faiblisse et, malgré les multiples rebondissements, la narration reste fluide. L'élégance, mais aussi le flegme et la sagacité de notre détective à tête d'aigle résonne comme un bel hommage à son modèle Sherlock Holmes : même rejet des conventions sociales et esprit de déduction hors pair.
    Mais moins cynique que sa référence, notre héros de la Criminelle fait preuve d'une plus grande compassion envers son entourage et ne se prive pas, lui, d'obéir à ses pulsions sentimentales et sexuelles...

    Cette uchronie est l'occasion pour l'auteur de dresser une singulière critique d'une France colonisatrice, reniant ses valeurs universalistes héritées de la Révolution. Ce décalage historique est amusant car il n'est pas sans rappeler l'arbitraire des troupes anglaises qui occuperont l'Irlande du Nord bien des années plus tard…
    C'est aussi pour l'auteur l'occasion de dresser un réquisitoire sévère contre la misère sociale des bas quartiers londoniens du 19ème où vivait un sous prolétariat exploité par l'élite dominante.
    Le tout dans un décors de purée de pois qui respire l'humidité et la misère et où Jack l'éventreur n'est jamais très loin !
    Cette atmosphère est très bien rendue par le choix réussi du monochrome sépia.

    La qualité graphique des personnages zoomorphes n'a pas le brio de celle de la série Blacksad de Garnido mais le résultat est cependant assez bon et c'est toujours un plaisir de voir à quel point la symbolique animalière colle si bien à personnalité des personnages rencontrés au gré des pages.

    L'auteur n'avait donc pas menti, la lecture est possible sans le background de la série Granville même si, comme on l'apprend en annexe, références et clins d'œil à la série pullulent dans le récit.
    Au final un très bon moment de lecture et une série que je vais m'empresser de lire…

    ALG67140 Le 12/01/2026 à 18:13:29

    Epilogue de la collaboration de Christin et Bilal dans le cadre de la série "Légendes d'aujourd'hui". Là, c'est du très lourd !
    On avait été un peu préparé à la densité narrative de Christin avec l'album précédent "Les phalanges de l'ordre noir", mais cette fois c'est le niveau au-dessus. Il faut s'accrocher…
    L'album sort en 1983, soit 6 ans avant la chute du mur de Berlin. Le Général russe Vassili Alexandrovitch, grand maître des relations avec les partis frères du bloc soviétique, organise une partie de chasse en Pologne. Il y convie un représentant de chacun des pays satellites, tous apparatchiks des régimes en place et très impliqués dans les organismes de propagande et de sécurité au sein de leurs différents appareils d'Etat.
    Un jeune communiste français, traducteur multilingue, complète l'équipe. A son insu, il deviendra l'instrument d'un complot, ourdi par le groupe et visant à soulever le pesant couvercle de la doctrine officielle. L'austère et silencieux Général serait-il animé d'arrière-pensées subversives ?

    A travers les relations (et donc les dialogues) qui animent les affidés du Général, Christin fait l'inventaire de 60 ans d'édification de l'idéal communiste et de ses vicissitudes : procès, purges, déportations... Une fresque historique accéléré ou l'exercice du pouvoir est "de vaincre pour ne pas être vaincu et tuer pour ne pas être tué" (P13) ! Les anciens comme moi, auront quelques réminiscences à l'évocation de ces évènements. Ça risque de piquer un peu pour les plus jeunes lecteurs ! Conseil : lire au préalable les biographies fictives des personnages en pré pages.

    L'évolution du trait de Bilal est tangible. Si les gueules sont toujours un peu stéréotypées et les attitudes assez raides, les hachures s'estompent au profit d'une coloration de plus en plus sophistiquée surtout dans les scènes extérieures où les nuances de brumes et de neiges de l'hivers polonais refroidissent rien qu'en les regardant.

    Un ouvrage visionnaire à lire et relire pour parfaire sa connaissance de la doctrine soviétique post révolutionnaire.
    Et pour le clin d'œil, saluons l'incontournable présence du personnage fil rouge des 5 albums de la série, réduite ici à 2 cases (P20 et 82). Comme si celui qui jusque-là s'évertuait à favoriser la lutte des classes dans les précédents albums s'avouait ici totalement désavoué par la glaciale réalité de cette idéologie une fois mise en œuvre…
    Une "Partie de chasse" qui aurait aussi bien pu s'appeler "Parti de classe" !

    ALG67140 Le 09/01/2026 à 17:20:35

    Avant dernier volume de la série "Légendes d'aujourd'hui". Cette fois-ci, fi des gentilles légendes qui émaillaient les albums précédents. On entre dans le dur avec un cours d'histoire accéléré.

    1978, l'Espagne est alors en pleine transition démocratique après la mort de Franco trois ans plus tôt. Le petit village de Nieves en Aragon, haut lieu des affrontements entre Républicains et Franquistes pendant la guerre civile espagnole durant l'hivers 1938, est totalement détruit avant d'être incendié et l'ensemble de ses habitants exécuté, femmes et enfants compris. Commis au nom des "valeurs de l'occident chrétien" et en réaction au vote massif des villageois à gauche, le méfait est signé des "Phalanges de l'ordre noir", un ramassis de redoutables survivants de toutes les mouvances fachistes mondiales ayant combattues pour le régime franquiste.

    Révulsé par ce drame dont il connait chacun des exécutants, Jefferson B. Pritchard décide de reformer la compagnie de volontaires des Brigades Internationales qui ont combattu avec lui quarante ans plus tôt au côté des Républicains espagnols. Objectif : aller en découdre sur place et éradiquer la Phalange assassine avant qu'elle ne commette de nouvelles exactions. S'en suit une longue traque à travers la péninsule ibérique. Les anciens brigadistes arriveront à vaincre les vieux phalangistes, mais le prix à payer sera exorbitant…
    Le mystérieux personnage qui apparaît quant à lui dans chacun des albums précédents va jouer ici le rôle du passeur providentiel entre la France et l'Espagne.

    Visiblement Christin solde les comptes avec les quarante ans de franquisme et offre ici une belle revanche symbolique aux 35 000 volontaires anti fascistes qui servirent dans les Brigades internationales au nom de la démocratie.
    Cependant, la variété des personnages et la densité des rappels historiques ne facilitent pas la fluidité du récit. De son côté Bilal se doit de cadrer serré et de multiplier les visages, un exercice qui n'est pas le meilleur de son savoir-faire.
    Bref, on est content de terminer l'ouvrage en se félicitant de voir que les forces du biens ont une fois de plus vaincu les forces obscures…

    ALG67140 Le 07/01/2026 à 18:42:33

    Troisième opus de la série "Légendes d'aujourd'hui" après "La croisière des oubliés" et "Le vaisseau de pierre".

    Dans une cité ouvrière du nord de la France, le principal employeur de la place vient de mourir. Le potentat local cumulait également tous les pouvoirs civils. L'avenir de l'empire industriel est en jeu au grand dam de tous ceux qui en dépendent : employés, encadrement et direction. Sa petite fille, unique héritière, va prendre la succession, non pas pour poursuivre la cupide œuvre capitalistique, mais pour expier les pêchés de sa famille et donner réalité à sa vision d'une collectivité enfin libre et heureuse. Du moins le croit-elle…

    Le duo d'auteurs poursuit son exploration des rapports de classes sans faire appel cette fois au fantastique qui émaillait les deux précédents albums.
    Le personnage mystérieux, fil conducteur de la série, est encore présent mais cette fois dans un rôle plus passif d'observateur, même si c'est lui qui a initié la vision utopiste de l'héritière.
    Les couleurs de Bilal sont plus franches même si les ambiances générales restent teintées de grisaille et de froideur.

    Le scénario de Christin est original qui oppose deux visions extrêmes de la société. La question cette fois-ci est de savoir si, à l'instar du "phalanstère", cette société communautaire idéale imaginée par le philosophe Charles Fourier à la fin du XIXème siècle, on peut décréter le bonheur du peuple et croire en une harmonie universelle organisée !
    Réponse en images…

    ALG67140 Le 06/01/2026 à 18:13:07

    Deuxième volet des "Légendes d'aujourd'hui" de Christin et Bilal. Un petit port typique du littoral breton fait l'objet d'un projet immobilier totalement disproportionné dû à la collusion de promoteurs véreux et de pouvoirs publics corrompus.
    C'est sans compter sur l'Ankou, l'occupant du château en ruine qui surplombe le village et gardien de toutes les âmes défuntes des villageois depuis la nuit des temps... C'est également sans compter sur la présence de celui qui va fédérer et coordonner la rébellion locale. On retrouve en effet dans le récit le personnage central du premier album (La croisière des oubliés) et qui sera également le fil conducteur des albums suivants. Qui est-il ? Tout simplement l'incarnation des forces sociales en lutte contre l'arbitraire et le capitalisme sauvage. Le chantre de toutes les causes humanitaires face aux exploitants de tous poils.
    Le scénario de Christin est sans fausse note et reste propice à la fable avec pour temps fort la convocation des générations passées pour aider les vivants. Une belle idée admirablement mise en images par Bilal qui confirme ici son style graphique du moment à base de hachures à la pointe fine et qui prend en charge la coloration, donnant ainsi plus de relief à ses dessins.
    A lire sans faire la fine bouche.

    ALG67140 Le 05/01/2026 à 18:24:17

    Dans un hameau paisible de la France des années 70, un mystérieux personnage aide la population locale à s'affranchir du voisinage encombrant d'un camp militaire aux activités douteuses. Comment ? Tout simplement en mettant le village en lévitation et en l'embarquant, avec ses habitants, pour une croisière fantastique…
    Cette "gentille" fable utopiste est à replacer dans le contexte revendicatif des années 70 et la remise en cause des structures d'autorité : Etat, armée, police... Une contestation sociale et politique qui s'accompagne également des premières prises de conscience écologiques.
    C'est la première collaboration du tout jeune dessinateur Enki Bilal avec le scénariste déjà confirmé Pierre Christin. Elle sera suivie de 4 autres albums formant la série "Légendes d'aujourd'hui".
    Bien qu'un peu long dans les planches introductives, le texte de Christin est d'une manière générale clair et fluide. De son côté, Bilal fait ses premières armes d'illustrateurs après son premier album "L'appel des étoiles", recueil d'histoires parues entre 1971 et 1974 dans Pilote. Il parfait son style graphique où la technique d'ombrage par hachure est très poussée. Elle s'affirmera sur ses prochains albums jusqu'à sa transition vers le crayon gras dans les années 80. Il réutilise également ses figures monstrueuses créées dans Pilote et inspirées des univers de Druillet, Caza ou Moebius, figures majeures de l'univers SF/Fantastique de l'époque.
    Faut-il avoir été un jeune lecteur des années 70 pour apprécier toute la saveur et l'originalité de ce récit (et des suivants) que beaucoup trouveront daté(s) ? Je crois que la nostalgie n'explique pas tout et qu'il faut considérer cet album (et les autres sur lesquels je m'exprimerai) comme une tranche d'histoire incontournable de la BD.

    ALG67140 Le 04/01/2026 à 17:29:37

    Après Hiroshima mon amour, Halifax mon chagrin…
    Un bien beau titre (que l'on comprenne ou non la référence) et une belle couverture pour ce roman graphique qui semble n'avoir d'autre ambition que de nous rappeler (ou nous apprendre) la triste série d'évènements qui ont marqués les rivages de cette capitale de la province canadienne de Nouvelle-Écosse au début du XIXème siècle : repêchage et enterrement de nombreuses victimes du Titanic (1912), naufrage de l'Empress of Irlande (1914) et surtout anéantissement du nord de la ville suite à l'explosion dans la rade d'un vaisseau français transportant des explosifs pour les combattants alliés de la première guerre mondiale: 2000 morts, 9000 aveugles, 25000 sans-abris. C'est tout simplement la plus grande explosion créée par l'homme avant le bombardement atomique d'Hiroshima en 1945 !
    Une enquête policière cousue de fil blanc, mais relatée par un texte assez fluide, permet de relier astucieusement ces tristes évènements. Tout cela sur fond d'un racisme anti indiens et anti noirs qui semble caractériser la société canadienne de l'époque.
    Le dessin caractéristique de Pascal Regnauld, sur palette graphique (même si son premier trait est toujours dessiné au crayon), est tout en contraste du fait de fonds résolument sombres. C'est un peu perturbant visuellement au début mais on s'y fait assez vite. Ses personnages sont très typés et aisément reconnaissables. Ses mises en pages assez variées offrent quelques magnifiques pleines pages.
    Au final, après une lecture rapide et pas désagréable, on est un peu moins ignorant et on a de quoi épater la galerie à la prochaine évocation de cette ville historique.

    ALG67140 Le 03/01/2026 à 17:40:41
    L'esprit de Warren - Tome 1 - La dix-neuvième victime

    Fin des années 60 en Californie. Warren Wednesday se croit élu par Dieu pour prendre la tête du réveil de la fierté des Navajos et leurs redonner voix pour la défense de leurs droits bafoués. Il entraîne leur révolte au prix de l'assassinat malencontreux d'un des plus célèbres réalisateurs cinématographiques de sa génération. Ce qui lui vaut la peine capitale. A l'heure de son exécution, Warren prédit que son esprit ne mourra pas et qu'il poursuivra implacablement sa vengeance sous de nouveaux traits. 15 ans plus tard une série de meurtres signés de son nom semble lui donner raison. Mais qui est celui qui prétend être le nouveau Warren Wednesday ? Véritable réincarnation ou psychopathe mystificateur ? Jonathan Rowland, une de ses victimes miraculeusement rescapée, connait la réponse pour son plus grand malheur…
    C'est que je qualifierais de très bon thriller : de l'inattendu, du rythme, des rebondissements... Ames sensibles s'abstenir car le sang coule abondamment. Le scénario est construit sur une mécanique efficace et il est servi par un texte assez fluide malgré l'épaisseur de l'intrigue et de réguliers flash-backs.
    Le dessin de Servain, très classique dans son traité, sert fidèlement l'histoire. Un petit bémol pour la fin qui est un peu décevante et qui pourrait annoncer une suite, ce qui n'est malheureusement pas le cas. La série a cependant toute sa place dans une bonne BDthèque.

    ALG67140 Le 02/01/2026 à 17:13:49

    On est là devant un pavé de 508 pages, auréolé d'une réputation mondiale, enfanté par celui qui est considéré comme un des plus grand scénariste de l'histoire de la BD. Rappelons que la création de "From Hell" aura été menée par épisodes publiés entre 1988 et 1996.

    L'intrigue développée par Alan Moore repose sur la thèse de Stephen Knight dans son roman "The final solution" (1976) selon laquelle les meurtres attribués à Jack l'éventreur résultent d'une conspiration maçonnique visant à dissimuler la naissance d'un enfant illégitime du petit fils dépravé de la reine Victoria avec une boutiquière du sous prolétariat londonien.
    Quatre prostituées du quartier défavorisé de Whitechapel auraient exigé de l'argent pour ne pas ébruiter l'affaire. Pour éviter le scandale, l'illustre monarque aurait mandaté le docteur William Gull, un chirurgien réputé de l'époque et franc maçon rigoriste, pour faire disparaître les "maîtresses-chanteuses". Persuadé que sa mission fait écho à une prédestination divine dont il se sent investit, le sinistre exécuteur en profite pour instrumentaliser l'injonction victorienne et donner, à travers la symbolique rituelle dont il signe ses abominables assassinats, un avertissement aux ennemis supposés de la franc-maçonnerie. Why not ?

    Passé maître dans l'entremêlement d'histoires en multipliant les connexions avec des situations passées, Moore s'en donne à cœur joie. Si on rajoute sa propension à faire moult références aux théories philosophiques en rapport avec son propos (et surtout avec ses convictions les plus intimes), on aboutit à une narration décousue qui désoriente passablement le lecteur.
    De plus, à vouloir être exhaustif dans tous les détails de cette sinistre affaire, Moore fournit un récit touffu qui nécessite d'avoir souvent recours à une indispensable "annotation aux chapitres", heureusement fournie en annexe sur plus de 42 pages ! C'est dire en même temps la minutie de l'auteur et l'étendue des sources traitées.

    Le dessin tout en noir et blanc d'Eddie Campbell est quant à lui magistral. Malgré une disposition des cases très régulière, il sait adapter avec subtilité et inventivité ses traits selon les situations du récit : vues générales de Londres, perspectives architecturales, nuits pluvieuses ou brumeuses des bas-fonds… La capitale britannique de la fin du XIXème siècle apparaît ici plus vraie que nature.
    Malgré mes ronchonnements de lèse-majesté, je conviens que l'ouvrage est un must de la littérature dessinée, ne serait-ce que pour son sujet mythologique et la somme magistrale d'informations liées à cet horrible fait divers, le plus médiatisé de son temps et toujours non élucidé à ce jour.

    On est content d'en terminer la lecture et on se promet d'y revenir régulièrement pour approfondir sa connaissance de l'affaire et de la franc-maçonnerie.
    Si pour ma part je ne parlerais pas de chef-d'œuvre, je conviens qu'il s'agit là d'un incontestable monument du roman graphique.

    ALG67140 Le 09/12/2025 à 17:57:41
    Journal inquiet d'Istanbul - Tome 2 - 2007 - 2017

    Deuxième volume d'un coup de cœur que j'ai eu pour cet auteur qui nous a raconté dans le volume précédent comment il est devenu un dessinateur reconnu de presse satirique dans une Turquie en proie aux démons totalitaristes.
    La période de ce nouveau récit s'étale de 2007 à 2017, c’est-à-dire la période de prise en main des leviers du pouvoir par Recep Erdogan, avec la volonté de mettre au pas la société laïque et plus particulièrement les "élites coupables de couper la Turquie de ses traditions et de sa religion" (P57). C'est dans ce contexte anxiogène que l'auteur a pris la courageuse décision de tenter sa chance avec 5 de ses amis dessinateurs et fonder un nouveau journal anti conformiste.
    Pari gagné, puisque ce nouveau titre, Uykusuz (insomniaque), trouvera son public au-delà de toute espérance. Une réussite qui a cependant un prix, entre surmenage pour assurer les intenses cadences de production et intimidation du gouvernement pour museler l'expression débridée du journal. La pression aura-t-elle raison de l'auteur ?...
    Le charme de la narration continue d'opérer. La petite histoire personnelle de l'auteur s'entremêle avec intelligence et humour dans la grande histoire d'un pays au seuil de la guerre civile. Le cheminement vers l'engagement politique est traité avec sincérité et auto dérision. Le dessin soigné et harmonieusement coloré est toujours juste dans son alternance entre les situations comiques et les évènements graves.
    Et toujours, en fin d'ouvrage, les photos personnelles de l'auteur sur les épisodes majeurs du livre. Un album au fil du temps qui prouve tout le talent du dessinateur à recréer l'environnement et l'atmosphère de sa capitale aimée et à redonner vie aux personnages réels de cette passionnante tranche de vie.
    Rendez-vous semble pris à la fin de l'ouvrage pour une suite que j'attends avec impatience…

    ALG67140 Le 08/12/2025 à 16:41:01
    Journal inquiet d'Istanbul - Tome 1 - Journal inquiet d'Istanbul - Volume 1

    Un petit bijou de singularité et d'exotisme !
    C'est frais, malicieux, authentique et diablement informatif.
    Dans ce premier volume, l'auteur nous raconte comment le petit Stambouliote qu'il était, très tôt attiré par le dessin et la bande dessinée, est devenu à 24 ans un des artistes BD les plus en vue de Turquie. Son parcours atypique va l'amener, malgré les mises en garde répétées de son père trop conscient des dangers encourus, vers le dessin de presse politique au sein d'un journal satirique (Penguen), équivalent turc de Charlie Hebdo.
    Autant dire que dans la société ottomane qui accompagne le récit, progressivement façonnée par Erdogan entre rigorisme religieux et nationalisme exacerbé, le pamphlet et la caricature ne sont pas les bienvenus. Dans ces circonstances, l'auteur va devoir faire des choix difficiles et courageux…

    On est plongé au cœur d'une culture orientale mal connue (en tout cas pour ma part) au sein de laquelle un milieu social progressiste minoritaire assiste impuissant aux transformations liberticides d'un régime de plus en plus autoritaire.
    Le trait d'Ersin est délicat, précis, détaillé. Sa palette de couleur est douce et lumineuse à la fois. Son traitement des visages, tantôt figuratif tantôt caricatural, ne nuit pas à l'unité graphique du récit. Au contraire.
    Le récit est agréablement ponctué et agrémenté de nombreuses vues et perspectives d'Istanbul, théâtre du récit. De belles images qu'on devine influencées par le grand attachement de l'auteur à sa ville. Bonus : les photos de famille qui témoignent des évènements traités dans le livre.
    Hâte (et un peu inquiet) de découvrir la suite de l'histoire dans le prochain volume…

    ALG67140 Le 04/12/2025 à 17:48:06

    A la veille de la pandémie du coronavirus, l'auteur raconte son expédition écologique en Indonésie avec Joanne, sa fille de 10 ans, pour lui permettre de réaliser son rêve de voir des animaux sauvages dans leurs milieux naturels. Accompagné du professeur Johan et de son assistante Cloé, chercheurs en biodiversité, le quatuor va nous initier aux techniques d'observation in situ et nous faire découvrir un pays à la faune et à la flore exceptionnelles, mais inexorablement impactées par la déforestation, les monocultures (palmiers à huile et hévéas), l'exploitation minière et le surtourisme. Avec pour conséquence la raréfaction de ses espèces animales et végétales. Le périple est prétexte à une pédagogie permanente mais jamais excessive. On apprend plein de choses. Le dessin épuré de Nadar illustre efficacement la déambulation et évoque particulièrement bien les ambiances de sous-bois forestiers et de plongées sous-marines. Un ouvrage informatif à mettre en toutes les mains.

    ALG67140 Le 03/12/2025 à 16:18:50
    Ténébreuse - Tome 1 - Livre premier

    Un avis qui porte sur les deux tomes de l'histoire (livre premier et livre second) dont les belles couvertures se répondent en miroir.
    Arzhur, chevalier déshonoré suite à une sombre injustice, erre piteusement avec son valet Youenn en louant ses services comme vulgaire mercenaire. Trois sorcières l'engagent pour délivrer Islen, une malheureuse princesse prisonnière dans un château abandonné. Une mission bien payée qui a toutes les chances de lui valoir reconnaissance et fortune… Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu car la "pauvre" princesse est habitée par une force incontrôlable qui sème la destruction et qui lui vaut cette réclusion forcée. Voilà qui n'est pas pour déplaire à notre preux chevalier, tombé sous le charme d'Islen et qui va devoir s'affairer en diable pour conquérir et sauver la donzelle de ses puissants démons intérieurs. Mais rien n'est moins sûr…
    C'est un des derniers scénarii d'Hubert qui n'a pas vu l'ouvrage achevé (il a mis fin à ses jours en 2020). Il y aborde ses thèmes de prédilection, l'exclusion sociale et la dualité d'identité, transposés ici dans un conte médiéval.
    J'avoue avoir eu une hésitation lors de la lecture du premier tome qui me semblait assez convenu avec certaines séquences traitées un peu rapidement. C'est le dessin de Mallié qui m'a emporté : ambiance générale captivante, détails des décors et des différents plans, cadrages quasi cinématographiques, mimiques et gestuelles des personnages... Du grand art ! Très admiratif également de la palette de couleurs dont j'ai lu quelque part qu'elle avait été faite par Bruno Tatti mais qui ne figure pas au crédit des livres. Ténébreuse affaire….

    ALG67140 Le 27/11/2025 à 16:33:44

    Attention pépite ! C'est d'abord un bel objet à la couverture élégamment gaufrée d'or et jaspé (imprimé sur tranche) de motifs floraux. On sent le coup de cœur de l'éditeur. Et on le partage.
    Guerlin vient de s'installer avec son jeune fils Nisse dans le manoir familial où il a passé son enfance avec ses trois grandes sœurs. Une période dont il ne garde aucun souvenir précis. Très vite le lieu devient source de mystère. Que veulent donc ces 3 corneilles espiègles qui déclenchent des pluies de fleurs ? Quelle est cette ombre furtive qui hante la place ? Réponse en 3 chapitres dans un huis clos intrigant (mais jamais angoissant) où le personnage principal est avant tout le manoir dont chaque pièce est un théâtre de lumière aux couleurs tantôt chatoyantes tantôt claires-obscures et où les acteurs évoluent dans des tenues délicieusement baroques aux reflets soyeux. Dans une mise en page graphiquement très recherchée, les cases s'agencent comme une galerie de tableaux emprunts de douceur et de romantisme. Et dire qu'à l'origine, l'auteur avait prévu de traiter l'histoire en noir et blanc (voir le super making-of en fin d'ouvrage)! Quand on a ce talent pour associer les couleurs, c'eut été un crime. Même à Minuit passé…

    ALG67140 Le 20/11/2025 à 17:21:22
    Jack Palmer - Tome 16 - Palmer dans le rouge - Une enquête en bord de Médoc

    Catastrophe dans le Médoc (enfin.., en bord de Médoc) : la fille du domaine Grolo-Laglotte fugue à la veille de son mariage imminent avec l'héritier d'un riche viticulteur californien. Seule cette union providentielle permettrait de sauver le domaine familial de la faillite et d'assurer de nouvelles cuvées d'avenir. Jack Palmer est appelé à la rescousse pour retrouver la fuyarde. La légendaire sagacité "improbable" du détective va être mise à l'épreuve dans l'univers opaque et codifié du célèbre vignoble bordelais. L'issue de l'enquête ira au-delà des attentes…
    Dargaud a fait appel à Manu Larcenet (surpris et ravi de l'occasion) pour mettre en images ce scénario non publié du regretté Pétillon. Le résultat est effervescent : situations cocasses à rebondissement et dialogues ciselés et truffés de (bons) jeux de mots.
    De sa vaste palette graphique, le célébrissime illustrateur a emprunté son style cartoon avec cependant une ligne plus nette et des physionomies plus typées. Ce faisant, il colle au plus près à l'univers déjanté et parodique de Pétillon dans cette satire drolatique de ce milieu viticole bordelais élitiste et corseté.
    Assurément, cette cuvée a tous les atout d'un bon millésime et se déguste avec beaucoup de plaisir.

    ALG67140 Le 18/11/2025 à 18:54:53
    Les gorilles du Général - Tome 1 - Septembre 59

    Fraîchement émoulu de l'académie du FBI, Max Milan est chargé de prendre la direction de l'équipe affectée à la protection rapprochée du Général De Gaulle. La modernité qu'il doit insuffler à l'équipe va se heurter aux routines de l'ancienne garde. Le "cow-boy" va devoir apprivoiser les gorilles et les convaincre des bienfaits des nouvelles méthodes du métier. Pas gagné du tout….
    Ce premier tome (qui sera suivi de deux autres, au moins…) évoque le retour au pouvoir du Général en 1958 et le rappel de ses 4 gardes du corps historiques. L'enjeu de la sécurité du Général est primordial car l'homme du 18 juin s'apprête, contre toute attente, à changer la destinée de l'Algérie. Ce que beaucoup ne lui pardonneront pas…
    Cette superbe transposition fictive de faits historiques nous fait plonger dans les coulisses de la République, au cœur des rouages pas toujours reluisants du pouvoir.
    La personnalité imposante du Général est finement mise en scène, lui qui tenait l'exemplarité comme valeur cardinale, respectueux des hommes d'honneur mais implacable envers ceux qui manquait à leur devoir.
    Le gros intérêt du livre est de nous rappeler que derrière l'homme d'Etat à la conduite irréprochable il y a une réalité plus sordide qui impose de "nettoyer la merde pour ne pas que le Général n'ait à patauger dedans (P72)". Et ça c'était la mission de Jacques Focard, opérateur des basses œuvres de la Présidence et parrain des gorilles du Général qui, au cours de l'action, pourront légitimement se poser la question du prix de leur dévouement…
    Le scénario de Xavier Dorison est tout en tension avec un découpage dense qui ne nuit cependant pas à la narration.
    Il a travaillé en osmose avec Julien Telo qui redonne vie avec brio à un Paris des années 60 (une époque qu'il n'a pas connue), nous gratifie de superbes perspectives (intérieures et extérieures) de l'Elysée et anime avec talent la gestuelle si particulière des "tontons flingueurs". Saluons également la mise en couleur de Gaétan Georges qui rajoute au côté noir et polar de l'ouvrage et merci pour les annexes qui permettent de mieux contextualiser l'histoire.
    Vivement la suite !

    ALG67140 Le 18/11/2025 à 15:32:43

    Quand les vagues déchaînées de l'océan accompagnent les vagues insondables de l'âme humaine…
    Ce récit graphique inspirant et iodé est adapté du livre éponyme de Bernard Moitessier sur sa participation au premier tour du monde en solitaire à la voile et sans escale organisé en 1968 par le Sunday Times.
    Au-delà d'une extraordinaire aventure maritime à la conquête des caps mythiques (Horn, Bonne espérance, Leeuwin), il s'agit avant tout d'un voyage initiatique : embarqué à contre cœur dans ce défi inédit, Bernard Moitessier ne se bat pas pour gagner la course. A l'unisson parfaite de son bateau, sa quête est plus spirituelle, même si dans sa recherche d'absolu, il prend le risque de "passer de la sagesse à la folie"…
    L'histoire est habilement découpée par Stéphane Melchior en forme de carnet de bord du navigateur avec une narration à la première personne du singulier. Cette impression de carnet de voyage est renforcée par le trait nerveux et juste de Younn Locard qui semble saisir sur le vif les situations de bord au jour le jour. L'illustrateur donne le meilleur de son talent dans la représentation des éléments qui conditionnent le quotidien du marin : le vent, le ciel, la mer. Il réussit merveilleusement à brosser les infinies variétés de couleurs et de formes de ces éléments, tantôt calmes et tantôt déchaînés, qui ont accompagnés Bernard Moitessier et Joshua (son bateau) durant leurs 167 jours de navigation autour du monde.
    Un ouvrage de référence à ne pas douter.

    ALG67140 Le 18/11/2025 à 15:26:25

    Mathilde occupe sa retraite en faisant ce qu'elle sait faire de mieux : tuer sur commande. Oh, bien sûr, pendant l'occupation sa détermination et son courage face à un ennemi qu'il fallait éliminer ou un traitre qu'il fallait faire parler lui ont valu un profond respect de la part de ses camarades résistants. Et surtout d'Henri, son chef de section tout étonné d'une telle force de caractère dans ce brin de jeune et belle femme. Le début d'une belle histoire ? Malheureusement, la paix revenue, leurs chemins se sont éloignés et bien que toujours sous le charme d'Henri, Mathilde a fait sa vie, sans passion, avec un autre. Son veuvage lui donne l'occasion de revoir Henri qui lui propose de reprendre l'action, au service cette fois de causes moins nobles. Et voilà comment Mathilde, heureuse de sortir des ornières de l'ennui, va devenir une tueuse à gage des plus atypique. Sous les allures d'une Simone Signoret déjantée, la grande faucheuse exécute avec méthode et précision ses contrats. Ca défouraille à gogo jusqu'à ce que ça s'enraye et que l'enquête à rebondissement se déclenche…
    L'adaptation très libre de Pierre Lemaître de son premier roman est aux petits oignons. C'est vif et rythmé. Et servi par le découpage efficace et le trait magistral de Dominique Monféry qui n'a pas son pareil pour modeler ses personnages dans une lumière de circonstance.