Les carnets de Stamford Hawksmoor
Une BD de
Bryan Talbot
- Delirium Éditions
- 2025
Talbot, Bryan
(Scénario)
Talbot, Bryan
(Dessin)
Talbot, Bryan
(Couleurs)
Studio Sylvie C.
(Lettrage)
Marcel, Patrick
(Traduction)
Talbot, Bryan
(Préface)
Pullman, Philip
(Préface)
Il y a deux cents ans, l'Angleterre perdit la guerre contre Napoléon. Comme le reste de l'Europe, elle fut envahie par la France et la famille royale fut guillotinée. Mais après une période marquée par des attentats meurtriers et une répression brutale, le jour tant attendu de l'Indépendance est proche ! C'est dans ce contexte de tension sociale et politique extrême que Stamford Hawksmoor va se retrouver impliqué dans une affaire de chantage et de meurtres impliquant des membres éminents de la haute société...

















En entreprenant la lecture de cet ouvrage, j'apprends qu'il existe déjà une série (Granville) ayant façonné le contexte dans lequel je m'apprête à plonger. Heureusement l'auteur m'avertit en préliminaire qu'il n'est pas nécessaire de l'avoir lu et prétend même, qu'au contraire, c'est une excellente "porte d'entrée" vers son univers… J'entame donc rassuré.
L'action prend place fin du XIXème siècle aux derniers jours de l'occupation de la Grande Bretagne par une France napoléoniennes, au terme de deux siècles d'occupation après élimination de la monarchie en place (trop fort !). Le transfert du pouvoir imminent entre le brutal occupant frenchie et les prétendants à la gouvernance du pays avive les tensions dans toutes les strates de la société.
Dans ce contexte agité, l'inspecteur britannique Hawksmoor est appelé à enquêter sur une série de meurtres qui vont le mener des bas-fonds de Londres aux plus haut-lieux du pouvoir, en passant par les endroits les plus interlopes de la cité victorienne (mais sans reine Victoria donc, si vous suivez…). Une traque entravée par une guerre des polices des plus suspectes. La corruption et la cupidité seront bien entendu à l'origine des crimes les plus abjects qui jalonneront la piste de notre fin limier.
La densité de l'enquête et l'imbrication des situations s'inscrivent tout à fait dans l'univers Conan Doylien.
L'intrigue est bien menée sans que le tempo ne faiblisse et, malgré les multiples rebondissements, la narration reste fluide. L'élégance, mais aussi le flegme et la sagacité de notre détective à tête d'aigle résonne comme un bel hommage à son modèle Sherlock Holmes : même rejet des conventions sociales et esprit de déduction hors pair.
Mais moins cynique que sa référence, notre héros de la Criminelle fait preuve d'une plus grande compassion envers son entourage et ne se prive pas, lui, d'obéir à ses pulsions sentimentales et sexuelles...
Cette uchronie est l'occasion pour l'auteur de dresser une singulière critique d'une France colonisatrice, reniant ses valeurs universalistes héritées de la Révolution. Ce décalage historique est amusant car il n'est pas sans rappeler l'arbitraire des troupes anglaises qui occuperont l'Irlande du Nord bien des années plus tard…
C'est aussi pour l'auteur l'occasion de dresser un réquisitoire sévère contre la misère sociale des bas quartiers londoniens du 19ème où vivait un sous prolétariat exploité par l'élite dominante.
Le tout dans un décors de purée de pois qui respire l'humidité et la misère et où Jack l'éventreur n'est jamais très loin !
Cette atmosphère est très bien rendue par le choix réussi du monochrome sépia.
La qualité graphique des personnages zoomorphes n'a pas le brio de celle de la série Blacksad de Garnido mais le résultat est cependant assez bon et c'est toujours un plaisir de voir à quel point la symbolique animalière colle si bien à personnalité des personnages rencontrés au gré des pages.
L'auteur n'avait donc pas menti, la lecture est possible sans le background de la série Granville même si, comme on l'apprend en annexe, références et clins d'œil à la série pullulent dans le récit.
Au final un très bon moment de lecture et une série que je vais m'empresser de lire…
Dire que j’ai failli passer à côté de cet album. Tudieu ! À part ce sépia informatique dégueulasse des couleurs, c’est un sans faute absolu !
Ça le donne envie de lire Grandville maintenant, c’est malin ça
une enquête passionnante, pleine de rebondissements et de plus très bien écrite. Le dessin animalier réaliste est aussi très beau.
Je recommande vivement.
Toujours dans l’univers de Grandville, un préquel aux aventures de Lebrock à travers son mentor, dans une Angleterre bientôt indépendante de l’Empire français. Le style diffère de celui de Grandville, mais j’ai été captivé de bout en bout. Une mention très bien pour la qualité de l’ouvrage en lui-même. Bravo à l’éditeur !