Le fils du yéti
Une BD de Tronchet - Casterman (écritures) - 2014
En l’espace de huit jours, l’odyssée intime d’un homme sur les traces de son passé. Un nouveau départ pour le travail de Didier Tronchet en bande dessinée, sur le thème de la filiation. Ébranlé par un incendie qui aurait pu lui coûter la vie, le narrateur de cette histoire ressent le besoin de renouer avec son propre passé, matérialisé par une série d’albums photos qui récapitulent une bonne part de son existence – à commencer par la mémoire de son père trop tôt disparu. Ainsi débute une étrange période qui, huit jours durant, conduit cet homme... Lire la suite


















Tronchet, on s’en doutait, est avant tout un sensible. Il le prouve dans cette autobiographie qui n’en est pas une mais qui fait tout pour faire croire que s’en est une. Voilà l’histoire d’un type qui a la tête de Tronchet avec le métier de Tronchet et qui semble être un idiot gentil.
En fait ce type n’existe pas. Il vit une vie de silence et de transparence. Et malgré le feu de la vie et peut être un amour naissant, il tente d’abord de tout oublier. Oublier, un type qui est déjà honnis par tous, ce n’est pas simple. Alors, il part à la recherche de quelque chose. Mais de quoi exactement ? Il n’en sait rien. Et au travers d’énigmes qui n’en sont pas et que le personnage principal aime à croire que s’en est, il retourne évidemment au père. Un père absent, qui n’existe plus et qui a fait croire, peut-être, que son fils n’existait pas d’avantage….
L’auteur n’explique que très peu et ne cherche pas à prendre les sentiers déjà maintes fois pris quand le thème est celui de la recherche du père. L’artiste est d’une sensibilité folle. Il utilise toutes les palettes des émotions avec délicatesse. La narration est un jeu de hasard qui n’en ai pas un vraiment et on se laisse aller au plaisir fou de suivre la quête tout en légèreté d’un homme pas si idiot bête que ça. C’est l’histoire d’un remplaçant dans tous les domaines et qui se rend compte qu’il est à l’image du père photographié un peu avant la vraie photo.
Est-ce que sa vie va changer ? On ne sait pas. Est-ce qu’il va être différent après tout cela ? Aucune idée. Comprend-il ce qui lui arrive ? Pas forcément. Mais, à la fin, il devient plus palpable, plus dense. Il ose un peu. Il sait qu’il est le fils du Yéti et que celui-ci le regarde toujours derrière un rocher comme une très fameuse case finale d’une très fameuse BD.
Tronchet ne fait pas de tralala dans son dessin. Il va à l’essentiel, simple, rapide et efficace dans un gaufrier très standard.
Une réussite
Nombre d'ouvrages, écrits par des hommes, sont une quête du père (vivant ou mort, d'ailleurs). Comme une quête de notre histoire personnelle et du renouvellement que notre propre vie représente après la disparition de notre géniteur.
J'ai pu écrire, à l'occasion de mon avis sur "Jack Joseph, soudeur sous-marin", combien ce genre de bouquin pouvait me laisser indifférent, malgré le talent de son auteur.
Ici, Tronchet nous emmène dans l'histoire d'un homme qui ne sait pas qu'il part en quête de son père mais qui le découvre au fur et à mesure de son désarroi et des mauvaises solutions qu'il choisit pour le combattre.
Toujours adepte de l'anti-héros, l'auteur nous régale, avec son humour si particulier, son trait juste et expressif, et sa poésie de la réalité. Toujours les 2 pieds dans le concret, il nous emmène pourtant aux portes du fantasme et de la projection personnelle vers des temps rêvés ou vraiment vécus sans qu'on fasse la part des choses.
Ce fils du Yéti est une vraie bonne surprise, choisie par hasard sur le rayonnage de ma librairie habituelle. Bravo à Tronchet pour cet album !