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Final.
Mais pour moi, Pablo n’est pas encore Picasso. Pas tout à fait.
Mais tout se termine du côté du Bateau Lavoir et avec Fernande Olivier. Et tout se termine dans un bouquet final de joie et de bouffonnade pour fêter Henri Rousseau. Et tout cela reste dans la droite lignée de la série : la mise en avant de la vie de saltimbanque d’artistes tous plus fous les uns que les autres dans un quartier de Montmartre qui n’existe plus.
Le dessin est toujours remarquable et les couleurs sont superbes. Le moment de lecture est toujours aussi agréable à suivre ces absurdes fantaisistes qui feront de manière indélébile l’art moderne.
Les auteurs ont fait le choix de raconter en 4 tomes un temps de vie. Un temps de vie joyeux, lunaire, foutraque et complétement hallucinant de folie furieuse mais simplement un temps de vie, sans partis pris, ni arcs narratifs véritables. Les auteurs nous ont raconté avant tout le bateau lavoir et Fernande Olivier. Et cette série aurait dû s’appeler « Fernande »
Ai-je un manque à la fin de ce dernier chapitre ? Oui. Les grandes œuvres de Picasso vont se déclencher à la fin de cet opus et j’aurais aimé en savoir plus. Mais est ce que je trouve le partis pris des auteurs très justes aussi ? Oh que oui ! La série que je viens de lire est avant tout une œuvre très réussie du 9ème art et pas une biographie illustrée.
Mais le partis pris de la série est pour moi un peu trop lisse. Car rien n’a été grave, tout n’est que jeu. La mort, la vie, l’abandon, la drogue, les gifles et les suicides ne sont que des détails. Et en même temps je comprends ce choix puisque les auteurs parlent avant tout de folie furieuse et d’artistes complétement illuminés.
Certainement que cette BD est une commande du musée d’Orsay. Sauf que le musée a dû laisser quasi « carte blanche » à l’artiste…et bon dieu qu’ils ont eu raison !
Car Catherine construit, au travers d’un cahier des charges (mettre en avant des tableaux de maitres que l’on peut admirer dans le musée) une farce assez réjouissante. 30 de ses œuvres (j’en ai repéré une dizaine quand même et, par jeu d’enquête avec internet, j’ai trouvé le reste) vont être mis en avant dans des situations totalement saugrenues et joyeuses afin de construire une bouffonnerie autour des Montaigut (les refusés) et les Capulets (les officiels) et d’un amour interdit qui n’est qu’un prétexte au démontage en règle des œuvres.
Car tout part en quenouille. Autant que grossier que fin, les traits d’humours sont vraiment hilarants. Chaque planche, chaque plan sont pétris de référence de l’art noble mais aussi de cinéma (la toile de peinture et la toile de cinéma). Des références ou très drôles ou qui font ressorts à l’histoire (et très drôles aussi)
Cette BD est également une comédie musicale. Il y a de longues scènes de danses et de chants. Catherine Meurisse a un trait qui n’est que mouvement. Et cette BD n’est que du mouvement avec un peu de respiration de temps en temps.
Energique, déjantée, complétement pété du bulbe, vous allez adorez cette comédie musicale sur toile de BD. Et si vous adorez les références à foisons, en plus de rire tout en gras, vous sourirez de cuture.
Que Daeninckx demande à Tardi de faire l’adaptation de son bouquin ? Quelle bonne idée ! On ne peut trouver mieux sur la place qu’un Tardi pour illustrer 1920 et son Paris aujourd’hui disparu. C’est superbe. L’ambiance du noir et blanc est parfaite et la maitrise de l’artiste sur les gueules cassés rend parfaitement compte de cette période ou tous ceux qui sont rentrés ont laissé un bout d’eux (physiques ou psychiques) dans les tranchées.
Car, l’œuvre est avant tout antimilitariste. Comment pourrait-on leurs en vouloir. Surtout en 1920. Surtout après l’inimaginable. Là encore, l’œuvre rend parfaitement compte de l’après grande guerre. C’est en cela, une œuvre nécessaire.
Après, et on ne va pas se mentir, c’est verbeux. Mon dieu que c’est verbeux. C’est capillotracté aussi. Il y a tellement de situation incroyable que l’on pourrait construire tout un roman. Certes, cela fait du ressort scénaristique à outrance et on ne s’ennuie pas.
Mais il y en a un certain nombre qui ne sont pas résolus. Pourquoi cette fille de 25 ans dort avec des poupées ? On ne sait pas. Et ça essaye de comprendre dans une conversation mais à part cela…Et puis il y a le final. La dernière planche. Une grenade et basta cousine. Et les gentils meurent et les méchants vivent, tout ça parce que y a un gars qui n’est pas patient et franchement colère rapidement. Les gars ne se comprennent pas et s’envoient de la dynamite pour le coup. Mouais….
Bref, une adaptation superbe qui possède exactement tous les défauts du roman. Ne vous méprenez pas. J’adore Daeninckx mais pas trop ce roman là.
Ok c’est une tentative osée très osée. Ou Jul tente le méta à fond la couenne ! Ici, on lutte contre le syndrome d’Angoulême ou les gens peuvent se prendre pour des héros de bande dessiné. Asile de fou donc et comique de situation.
C’est Fantasio qui enquête pour découvrir ses origines paternelles et maternelles. Cela aurait pu être le ressort principal (et jubilatoire) de l’opus, il n’en est rien. C’est oublié aussi vite que c’est venue. Et c’est toujours ainsi. Tout n’est que prétexte à la blague Pouêt-pouêt de ce fameux syndrome d’Angoulême. Cet album a les mêmes plaisirs et défauts des albums concepts. Ici, le concept est (je le rappelle) le syndrome d’Angoulême et on ne le quitte pas d’un iota à faire blagounette sur blagounette sur le sujet. Et le coté méta-concept n’a pas marché sur moi. Car il manque pour moi l’essentiel : une vraie histoire avec de vrais ressorts.
En plus, et ça n’aide pas. Les dessins ne sont pas très agréables. Ce n’est pas ma came du tout (question de gout évidemment). Une mise en planche classique (pour un album Meta c’est dommage) et des dessins assez fainéants (de grands vides quand même), la seule chose que j’ai aimé sont les couleurs.
Quand une actrice de film de cul (et qui en a vue des kilomètres) écrit un scénario de BD, ça donne quoi ? Tout simplement une tuerie, une œuvre au bonheur, un opus qui raconte la quête intérieure de la maturité des uns et des autres par le biais du corps et de ses sensations. Céline Tran écrit même un pamphlet féministe autant que masculiniste. Une ode à la vie, à l’amour.
Elise, proche de la ménopause, est une femme trompée. Au lieu de faire comme tout le monde (hurler, tout casser, se séparer), elle va essayer de comprendre mais au travers de son propre corps, de ses propres sensations. Elise, en se cherchant, va se trouver et se découvrira différente mais elle-même malgré tout. Véritable revanche sur la vie mais sans transgression véritable, elle va se laisser aller au lâcher prise pour être (et c’est ce que tout le monde souhaite) heureuse. Le final, d’ailleurs, est une vraie surprise.
Car Céline Tran raconte merveilleusement l’émancipation, le désir, la résilience et l’acceptation de qui nous sommes, de qui les autres sont. Céline Tran raconte incroyablement bien les étapes de la quête, les chemins étonnants de la transformation. Certes, elle est une experte dans les plaisirs du corps mais elle est aussi très douée dans la narration, et la construction des enjeux. Chaque étape est envoutante, chaque situation est d’une force (érotique, émotionnelle, expectative…) d’une vraie pertinence. Et le final est un happy end tellement surprenant avec son petit lot, toutefois, d’inquiétude.
Les dessins de Grazia La Padula sont superbes. Elle narre l’érotisme exacerbé avec des corps de tous les jours. Ses corps nues dont les imperfections font l’érotisme le plus excitants se cachent dans des décors superbes, des couleurs ocres et vifs qui offrent un certain gout « feel good ».
Une vraie réussite donc de lecture et un vrai document à offrir pour connaitre un des multiples chemins afin d’atteindre la plénitude du corps et de l’âme : l’acceptation.
Mouais...
J’avais pu aimer le 1er album du nouveau duo par un scénario inventif et original. Là, ce sera plus compliqué. Car, déjà, le scénario ne l’est pas. Pire, il tire sur ses enjeux comme des élastiques tout claqués et se finalise, tout de même, sur l’annihilation d’une civilisation tout entière et dont les hommes qui la composent acceptent sans le moindre sourcillement. Cool !
De plus, les méchants font le tour du monde pour finir …bonimenteur sur trottoir. Voilà leurs seules prétentions ? Bref, voici un opus qui se targue encore d’originalité mais qui est sans queue ni tête tout le long de son déroulé et qui est pire encore dans sa conclusion.
Question dessin, faut aimer et ce n’est pas ma came. On dirait que Munuera se cherche entre franco-belge et manga. Et cela fait comme un boubliboulga de vide, parce que les cases sont quand même souvent bien vides !
Questions actions, c’est sûr, ça envoie du steak autant par le dessin que par le déroulement. Mais toute cette énergie mouline dans le vide et l’incompréhension.
Voici le final morne d’une histoire qui n’en est pas une. Voici le dernière tome d’une belle histoire dont tout l’intérêt est qu’elle n’en a pas. Voici la finalité qui raconte combien ne pas se parler, ne pas communiquer construit le désœuvrement.
Vraiment joliment dessiné dans une ambiance faussement désuète et véritablement moderne, Camille Jourdy raconte magnifiquement les scènes de procrastination dans un ensemble vraiment joliment dressé par de beaux personnages attachants. Il y a du détonement dans ces longues scènes de morne plaine. Et, il y a, dans cette grisaille de vie qui fait l’histoire, une autre histoire plus violente. Celle d’une injustice et d’un emprisonnement à tort. Le final, en cela, fait toutes les connexions nécessaires et avec une grande intelligence.
Cette série possède une ambiance tellement atypique et ses personnages sont tellement attachant. Elle touche la réalité palpable de la non communication et du silence contraint. Elle fut plébiscitée en son temps et à juste titre.
Un petit bonbon faussement doux.
La série continue à être réjouissante.
Des dialogues autant incisifs que poétiques et qui offrent aussi la part belle à l’interprétation des auteurs sur ce personnage Picasso qui est, tour à tour, chamanique, visionnaire autant que jaloux, vicieux et bougrement con. Des dessins faussement naïfs et véritablement allégoriques, qui offrent de magnifiques compositions de couleurs saturés de grisaille autant que de soleil.
La série continue à être divertissante. Les ressorts sont cocasses. Les personnages bougrement bien peints et leurs interactions particulièrement efficaces.
La série continue à être énergique. Les ressorts sont hardis. Il y a de l’humour, de l’audace et la lecture est dynamique. Aucun ventre mou. Toujours dans l’action.
Bref, depuis 3 opus, c’est un sans-faute question narration. Et, en plus, la biographie est particulièrement étayée, riche d’anecdotes véritables, prospère pour toutes celles et ceux qui veulent en savoir plus sur ce génie qu’était Pablo Picasso.
Que peut-on demander de plus ?
A l’achat de cet opus, j’étais inquiet. Très inquiet. La démarche mercantile est très claire quand on construit de nouvelles séries dans un univers qui, déjà, est carrément tout essouffler. Thorgal sent le sapin et pas qu’un peu depuis de nombreux tomes. Alors quoi ? Que peut-on essorer de plus pour faire 4 sous de plus ?
Et bien non. Cette jeunesse là, elle a du chien et même du viking.
D’abord Surzhenko, le nouvel illustrateur, maitrise à la perfection les thématiques de Rosinski tout en y projetant sa propre palette illustrative. Et il y a déjà un vrai bonheur à vibrer au travers des planches superbes.
Et, puis, il y a l’histoire. Parfaitement sympathique avec des personnages bien brossés et des ressorts scénaristiques qui font sens. Il y a aussi de la surprise, de l’Ester Egg savamment dosé et du fantastique survivaliste. Tout y est pour construire un opus généreux, gourmand, certes sans prétention mais qui fait passer un excellent moment. Un excellent moment sans aucun défaut.
Et pschiiiiit….
Tout était prêt. Y avait plus qu’à. Van Hamme avait tout préparé en amont pour faire du dantesque. Et pschiiiiit.
Mettons vite de côté le dessin de Rosinski qui, comme toujours, est sublime. D’ailleurs, la couverture est splendide.
Et, parlons de l’histoire. Combien de deus ex machina, combien de hasards heureux, combien de morts faciles, pour arriver au duel final ? Pourquoi Thorgal veut se barrer en plein milieu alors qu’il sait depuis deux albums qu’il a un lien direct avec ses faux dieux ? Pourquoi le méchant (encore un) se lie d’amitié avec Aaricia pour l’emmener partout avec lui ? Comment Tjaal fait pour se pointer en plein milieu du sacrifice ? Et comment Haynée fait pour parler à Thorgal ????Elle n’est pas morte ???? Ce n’est pas juste qu’une statue ???? Et comment elle lui donne des pouvoirs de déplacements alors qu’elle est morte et qu’elle n’est qu’une statue ?????
Bref, Van Hamme se prend les pieds dans tous les tapis de Mayaxataal.
Le final, lui, refais sens après un festival de n'importe quoi. Le duel qu’on attendait tous est à la hauteur. Et l’histoire est relancée car, en effet, il manque un album pour clôturer cette histoire qui malgré tout est une excellente histoire popcorn.
Mais, désormais, rien de plus que ça
Tout comme Camille Benyamina, je lis l’Amélie de Septembre avec une sorte de passion gourmande. Tout comme Camille, je prends le temps de le lire, fais des pauses pour que le petit ouvrage ne soit pas dévoré tout de suite. Il n’y en a qu’un par an, alors on profite.
Tout comme Camille, Barbe Bleue est l’un de mes préférés. Un conte revisité par l’Amélie, ce n’est pas rien.
Et, j’ai toujours cru qu’adapter de l’Amélie ce n’est pas si compliqué. En effet, les œuvres ne sont pas épais, particulièrement dialoguées et très visuels. La preuve ? Un film plutôt cool, un dessin animé carrément génial et cette adaptation précisément.
Car Camille, fan absolue d’Amélie, va être d’une fidélité à tout rompre dans la narration, les dialogues et les ressorts. Elle n’appose aucun point de vue personnel, ne fait aucune autre proposition. Camille pose son trait, sa plume, ses couleurs et son savoir-faire du 9ème art pour que Barbe Bleue soit une BD à part entière. Et c’est le cas. C’est vif, alerte, coloré et même parfois érotique, morbide. Toutes les émotions que j’ai eu durant la lecture du livre sont exponentiel dans la BD.
Bravo Camille. Amélie doit être fière de vous.
Didier Tronchet continue son introspection. Et, au travers de l’histoire de sa mère mais aussi de sa fratrie, il continue à se chercher lui même
Mais, contrairement au Fils du Yéti, Didier tente dans cet opus d’écrire au fur et à mesure. Il devient lui aussi lecteur de sa propre œuvre. D’ailleurs, il promet de ne rien cacher, de tout dire. Le cahier à spirale est donc frontal, brut de décoffrage. Il y a parfois quelques ressorts scénaristiques qui se veulent drôles et qui le sont. Mais le reste du temps la forme comme le fond est originel.
Et j’ai beaucoup aimé l)e cahier à spirale même si, justement pour moi, cela manque de finesse. C’est le deal entre Didier et son lecteur et ce deal ne me convient qu’à moitié. Je préfère un Didier sensible à un Didier direct. Et, pourtant cette sensibilité pullule dans chaque planche, chaque case. Didier, il est comme ça. Il veut être brutal, direct, il demeure sensible et fin. Tant mieux.
Le cahier à spirale est aussi un faïençage des œuvres précédentes de l’auteur. Et ça donne envie de toutes les lire.
Question dessin, c’est du Tronchet avec du modernisme dans les gaufriers. Rien à dire. On aime ou on n’aime pas cette fausse naïveté. Moi j’adore.
D’abord Rosinski, toujours. Comment un maestro peut-il avoir tant de maitrise ? L’eau, le désert, le ciel, les tropiques, les vallons humides. Rosinski est un maitre absolu. Tout est palpable jusqu’à la goutte d’eau dans chacune des cases. Et Rosinski dessine aussi les hommes et leurs âmes autant que les grands espaces. Sublime et magnifique, chaque case est une œuvre d’art.
Ensuite Van Hamme qui orchestre avec talent un drame familial dans une guerre fratricide de civilisation. L’intime s’orchestre dans le grandiloquent. Van Hamme nous offre une œuvre popcorn généreuse et gloutonne ou il mélange les genres avoir un vrai savoir-faire lui aussi.
Il y a un peu de redite dans cet opus, et, peut-être, un peu trop de verbeux. Mais ce défaut ouvre grand à la suite qui, on le sent, devrait être homérique dans l’intime. Van Hamme a posé tous les jalons. Les personnages sont tous en place avec leurs failles, leurs douleurs, leurs colères et leurs richesses.
On sent bien que les opus suivants et qui clôtureront cette magnifique fresque seront dantesques.
Quelle surprise !!!
Explication : J’aime bien l’univers de Leo. Ils sont confortables de lectures, ces univers-là. Et si au début ils étaient détonnant, ils sont désormais ronflant de confort et juste agréable à lire.
Je vais donc à lire ce 1er opus pour entamer une bonne sieste récréative. Et là c’est différent. Il y a quelque chose en plus. Ce n’est pas du côté de l’image. Louis Alloing connait son job. Il connait parfaitement les ambiances à mettre en place. Son classissisme ne possède que du savoir-faire. Son trait est même plaisant, sa gestion des espaces parfaitement maitrisés. Bref aucune ombre au tableau de la plume.
C’est du côté de l’histoire que la surprise abonde. Plusieurs mêmes avec de vrais enjeux et de vraies questions et une vraie soif de connaitre la suite. Ce télescopage de deux mondes est une source d’énergie folle en lecture et possède ses nombreux lots de ressorts qui semblent aller ailleurs que d’habitude.
Alors forcément j’ai hâte de la suite en espérant tout de même que tout ce soufflet d’espoir ne se dégonfle pas dans le mille fois vus.
Bon, j’ai beaucoup ri. Pas de ce rire hilare et gras qui fait beaucoup de bruit (une fois ou deux seulement) mais j’ai beaucoup ri de ce rire qui surprend, comme un souffle qui sort de toi par un étonnement rare.
Fabcaro prend la thématique du couple et en tire toute la substantifique moelle au travers d’une journée type. Du matin au soir, il suit plusieurs couples et les remets dans la même situation encore et toujours pour tirer aussi tout ce qui est possible de tirer dans l’absurdité.
Parce que ce n’est pas seulement drôle de ce non-sens qui fait logique, c’est aussi curieux de questionnement philosophique. Et, parfois, il y a un petit côté poésie à la Jean Marie Gourio.
Questions dessins, j’aime. Certes, il n’y a rien de folichon question illustration mais le dessin de Fabcaro sert parfaitement le propos. Il s’efface face aux extravagances de l’aberration. Figé, unique, répétitif il met en valeur la blague illogique, la maturité de l’idée.
Voici 7 histoires dignes représentantes de métal Hurlant. Le part pris est toujours le même : Nous sommes dans un monde post Apo à la Mad Max (d’ailleurs chaque histoire possède son post Apo à elle ce qui ne donne pas du corps à l’ensemble). Les histoires font 4 à 6 planches et elles sont âpres, nihilistes, et punk à l’extrême. Et surtout, le final de chaque histoire surprend, détonne, déroute pour que l’histoire soit encore plus âpre et nihiliste. Et, dans ce canevas précis, certaines de ces histoires sont bien meilleures que d’autres. Les courts scénarisés par Trillo et Gimenez sont incroyables par exemple et tellement philosophique dans l’interrogation existentielle ! A part ces deux-là, il est vrai que les autres sont très sympas sans plus, parfois même déjà lu et mieux ailleurs.
Sauf qu’on ne lit pas « L’enfer Blanc » pour cela. On le lit pour les dessins de Rubio, génie absolue du dessin argentin, parti beaucoup trop tôt d’une saloperie de cancer. Ces planches sont sublimes dans la digne ligne de Métal Hurlant. La précision y est chirurgicale, les couleurs tristes, les décors somptueux, les cadrages parfaits et même les silences, les grands espaces sont d’une maitrise folle. Rubio d’ailleurs démarrait d’ailleurs avec ces courtes histoires et on voit par ci par là quelques erreurs mais rien de fou comparé à la maestria du reste.
C’est l’histoire d’un voyage dans le temps qui part en sucette. Comme toujours, avec Tome, ça part dans tous les sens mais cette fois-ci, les rebondissements sont mieux tenus. Il n’y pas de hasard heureux à tous les étages. L’histoire, franchement sympa sans péter 3 pattes à un canard quand même, est bourré de dialogues truculents et finement orchestrés de drôleries. Rien de nouveau sous le soleil donc et assez convenu aussi mais très drôle tout de même.
Et j’adore les dessins de Janry qui sont assez unique en définitive dans le monde du 9ème art. Certes du gros nez mais du gros nez qui tente le modernisme dans un esprit tout en mouvement et action. Un digne représentant de Franquin quand on voit l’éloquence du trait et de la courbe que sait instiller Janry dans toutes ses cases. Du vrai grand art question planches.
Putain, je suis passé à côté. De tout mon cœur, je voulais m’immerger dans l’histoire et je suis passé à côté. Et le pire, c’est que je suis passé à côté dès la moitié de la narration.
Et je crois savoir pourquoi. L’entaille est une tentative de transposer du Slasher en Bande dessinée. Et je n’aime pas le slasher. La violence pour la violence, presque gratuite et surtout sans trop d’explication juste pour l’ambiance, l’atmosphère, ce n’est pas mon truc. Je n’ai pas forcément besoin de comprendre le pourquoi mais que l’on me guide tout de même dans le hors champ. Ici, c’est du slasher pur et dur. Et ça tue, Et ça défonce les têtes et l’ambiance est glaçante mais c’est tout.
Et je voulais aimer tellement j’ai aimé les planches, les cases, les dessins au crayon de bois. Maillard tente et réussit les planches silencieuses superbes avec des facteurs géométriques puissants pour offrir encore plus de fragilisations, de troubles dans un noir et blanc froid. L’ambiance, elle, y est. Et ce choix de ne faire aucun hors champs entre case pour nous immerger encore plus, il n’est pas magistral ? Oh que si ! Et même les personnages nous offrent une intensité psychologique. Les ados vont prendre cher et on s’y attache.
Sauf que je ne comprends rien à cette incarnation du mal qui, pour le coup, n’est que le mal. Et, je ne comprends encore moins les réactions et les interconnexions des personnages autour de ce mal incarné. Antoine Maillard nous raconte un suicide collectif ? Ou sont-ils juste bêtes comme leurs pieds ?
Bref, je suis passé à côté. Et je le regrette vraiment.
Voici le vrai tome qui débute la saga Qa. Les archers n’étaient qu’une mise en bouche. Et forcément Van Hamme doit tout expliquer avant d’envoyer la sauce. Evidemment c’est verbeux donc et il y a des technologies prétextes pour que les lecteurs comprennent le tout.
Il n’empêche. C’est foisonnant d’idée. Il y a une bataille aérienne épique et une multitude de petites histoires qui pointent leurs bouts de nez et, qui, très vite intégreront la grande. On le ressent dans chacune des planches superbes de Rosinski qui manie les ombres et les lumières, les couleurs et les atmosphères avec une grâce folle, un génie rare.
Car Van Hamme a envie de raconter autre chose que le viking, il nous amène en Amérique du sud pour libérer tout son imaginaire. Et, en même temps, on sent que cela ne déborde pas, que c’est maitrisé. Qu’une histoire qui va compter dans le 9ème art pointe le bout de son nez.
Rosinski et Van Hamme sont gourmands et nous invitent à leur table. Et ça risque d’être succulent.
Encore une fois, les auteurs sont très forts dans leurs conclusions.
D’abord la grande histoire (Alléluia !) ne vampirise plus les nombreuses petites histoires qui font le corps de ce dyptique. Enfin, le destin de tous les personnages s’exprime jusqu’à des conclusions plus ou moins heureuses. Mais tous sont des destins iconiques et qui apportent une vraie profondeur à chacun d’entre eux. Chaque conclusion est une histoire profonde en soi, un bouleversement de lecture. Warnauts et Raives savent y faire questions « humains ». Ils ont un talent fou de conteur de la condition humaine. Les dernières planches apportent une respiration qui fait du bien.
Les dessins sont bien meilleurs. Certes, l’ancrage reste un peu faible à mon gout mais les décors, eux, prennent de l’épaisseur grâce à des couleurs changeantes, nocturnes, neigeuses, pluvieuses. Et, là, j’ai adoré les planches, certes classique, et les cases qui racontent autant par le visuel que par les dialogues qui, eux, pour le coup sont toujours claquant.
Malgré tout j’ai eu parfois quelques incompréhensions de personnages (certaines se ressemblent beaucoup), et des perturbations narratives sur qui est qui ? qui est avec qui ? qui fait quoi ? Et c’est un peu dommage.
Mais tant pis j’adore véritablement le travail de Warnauts et Raives.
L’excellent dyptique « Les temps nouveaux » avaient-t-il besoin d’une suite ? Pourquoi pas. Sauver Assunta était évidemment la bonne idée pour construire un nouveau dyptique. Nous retrouvons donc l’ensemble de nos personnages avec de nouveaux enjeux et de nouveaux destins. Malgré tout, cela donne une sensation de redondance, voire de déjà vue.
De plus les auteurs veulent nous expliquer cette période qui était bien complexe et multiple. Et c’est donc particulièrement verbeux, voir pire professoral. Et les personnages s’effacent face à la grande histoire, les faisant tout lisse tout lisse.
Même le dessin me laisse désabusé. Ce manque d’ancrage qui est pertinent dans les décors enneigés et la silhouette des personnages me perturbe toujours autant dans les couleurs chaudes. Et les décors urbanistes, les rues se ressemblent tous de la sorte.
Malgré tout, la lecture est agréable sans plus. Et j’ai l’espoir que la fin rehaussera les petites histoires à défaut de la grande.
Ou Spirou et la débâcle.
Emile Bravo raconte une petite histoire au travers des regards d’enfant. Ces mêmes enfants qui furent dans les 1ers albums de Franquin dans la série matricielle. A part Poildur et Maurice, ils y sont tous et Spirou possède l’exacte même connexion avec tous ces gosses qui ont le sirop de la rue. Bravo rend le plus bel hommage à Franquin : ramener à ce qu’est Spirou à l’origine : l’ami des marmots bruxellois.
C’est donc au travers de cette petite histoire que Bravo raconte la grande. La débâcle, la collaboration, les idéaux mortifères, la gabegie des idées qui va se conclure dans la mort et l’extermination. Bravo regarde tout cela avec des yeux de tous les enfants, avec une innocence qui se délite.
Et c’est poignant, fin, sensible et drôle. La narration est sans faute question rythme. Le dessin est d’une vraie grâce, empruntant allégrement dans le franco-belge avec toute la noblesse du franco-belge. Et les couleurs sont superbes. On oscille d’émotions entre le juvénile et le sinistre. Bravo illustre parfaitement une période ou personne ne sait à quelle sauce il va être manger. Et, de tous les personnages tous bien écrits, le père Anselme pense comme Emile Bravo. Il est l’alter égo de l’artiste.
Ça se ressent à chaque planche que ce que pense Anselme, c’est la philosophie même des 4 épisodes.
Le 1er tome était l’histoire d’un type qui s’ennuie et qui suit une nana qui s’ennuie aussi ? Le second sera l’histoire de 2 filles qui s’ennuient et qui suivent le mec qui s’ennuie et qui suit la nana qui s’ennuie. Et malgré ce marasme de personnages insipides, il y a un pétillement de lecture qui réjouit.
Certes, c’est assez redondant au 1er tome puisque, ici, on découvre l’univers de Rosalie Blum alors que le 1er opus, on découvrait l’univers de Vincent Machot (le fameux gars qui suit et qui est suivi). Et le tout est gentiment suranné, doucement sirupeux avec une pincée de sensualité malgré tout. La narration ne raconte rien d’extraordinaire et ce qui fait justement tout son charme. Ce second tome est comme le tout premier. Il y a hélas un peu de redondance justement ce qui n’est pas si grave car il y a aussi de vrais nouveaux personnages cocasses
Et j’aime beaucoup les dessins. J’aime beaucoup la pagination, les choix de découpages. Les cases blanches comme celles bien structurés. Les décors sont autant minimalistes que figuratifs et, même les couleurs racontent la nostalgie et le temps qui passe sans but ni choix.
Le calme avant la tempête. Saint Elme est sous la neige et forcément le temps est suspendu. De grande planches silencieuses et superbes permet justement, dans la lecture, cette sensation de suspension dans les airs. L’ambiance unique de cette série est désormais suspendue dans les airs. Le calme avant la tempête finale.
Malgré tout, la narration continue son petit bonhomme de chemin. Tous les personnages, déjà magnifiquement brossés, continuent à évoluer dans leurs humanités respectives. Cet opus est certes aérien mais le parcours de chacun continue d’évoluer pour atteindre leurs totales maturités. Le calme avant la tempête.
Il y a de la violence bien sur qui donne de l’adrénaline. Et tous sont à leurs paroxysmes de bascule pour que tout s’enclenche. Tous sont réunis sur l’île. Le grand final se prépare. Le calme avant la tempête.
Et ça tombe bien. Une bombe explose. Construit par des camés, posés par des abrutis, oubliés par des couillons. Elle explose….
Les dessins sont absolument sublimissimes
Ceci est un conte. Et il y a beaucoup de chose dans ce conte.
Beaucoup de gentils qui ont beaucoup de traits atypiques et beaucoup de méchants aussi qui sont méchants parce qu’ils ont dans ça dans le sang et pis c’est tout. Il y a aussi un sérial killer à la toute fin qui nous tombe dessus comme un cheveu sur la soupe. Il y a surtout beaucoup de morts mais alors beaucoup. Et les gens meurent toujours pour des raisons souvent stupides, pour des décisions pas très malignes.
Et il y a une foultitude de ressorts scénaristiques qui te tombent souvent comme un pou sur la tête d’un chauve. Beaucoup mais alors beaucoup de ressorts. Alors forcément, ça part dans tous les sens.
Alors oui, malgré tout, la narration est parfaitement compréhensible et elle n’est pas désagréable à lire. Mais il n’est pas immersif puisque je ne cessais au fur et à mesure de ma lecture de retourner en arrière pour essayer de rattraper les wagons afin de ne pas me fourvoyer dans ma compréhension.
Et c’est bien dommage car les dessins de Meddour sont très bien. J’aime beaucoup le choix de ses couleurs.
Pablo rencontre Apollinaire, son alter ego et c’est toujours au travers du regard de Fernande que cette biographie est narrée.
Julie Birmant nous offre toujours un biopic de grandes qualités. Et ce second opus est d’une vraie fraicheur joviale. Bien plus que ne l’était le 1er. La narration est d’une drôlerie irrésistible, le récit bien plus sensuel et les dialogues bien plus exquis de facétie. Comme un bon « feel good BD », c’est une lecture qui tient de la farce, tout en étant une manne dense de renseignements sur le peintre.
Et j’adore le dessin désormais, plus que le 1er. Clément Oubrerie fait de grandes cases uniques pour construire de la poésie urbaine. Paris est très belle sous les couleurs délavés de l’artiste. Cette case du cimetière de Montmartre sous la neige est tout simplement sublime. La naïveté du trait résonne bien avec le propos de la BD.
4 comics proustiennes
Mike Mignola est aux dessins de la Division alpha pour un one-shot et je ne reconnais pas son style si unique. Ici, ce sont des graines extraterrestres qui transforment des gens en arbres dans le village de Vindicator. Toute seule dans l’aventure, elle arrive dans un claquement de doigt à sauver tout le monde. Mignola, donc, est au tout début de sa carrière. Il se cherche. Son style est très naïf et c’est bourré d’erreur. Il y a du boulot.
L’araignée aurait une araignée au plafond et ça fait poupée suisse. Ann Nocenti amène l’ado super héros en asile et sincèrement, si la narration demeure classique, cela reste un très bon opus en émotion. A la plume, Cindy Martin fait un excellent travail. C’est léché avec de grands espaces et des personnages qui ont une profondeur visuelle. J’aime beaucoup.
Le trouple Micheline, Bright et Layton ont la charpente solide du côté de tête de fer. On nous raconte ici la journée type d’un superhéros. Classique et sympatoche avec de chouettes dessins et même une Guest star en la personne de Larry Hagman. Et là on se rend compte que c’est quand même bien vieux tout ça vu que plus personne ne sait qui est Larry Hagman.
Chez les Vengeurs, Namor a du mal à s’intégrer au groupe et une super héroïne décédée revient (comme toujours avec les super héros Marvel). Les dessins de Buscema privilégient l’action à l’ambiance. Et ça se bastonne sur un suppositoire qui rend les coups. Mon histoire préférée du 227. J’ai des gouts de chiotte.
Il faudra bien se l’avouer un jour : Sans Rosinski au dessin, cette saga n’aurait pas cette aura incroyable dans l’univers du 9ème art.
La preuve ? dés la 1ère planche de cet album, Rosinski pose une ambiance, une structure, un univers dans un nuit de Jai avec une simple tour. Incroyable de génie. Et toutes les planches de cet opus (et des opus précédents) sont ainsi : A chaque fois la narration visuelle est aussi entrainante que la narration écrite.
Car, du côté de Van Hamme, c’est aussi du grand art question histoire. Tout y est. Des personnages bien écrits (même secondaires), des ressorts qui fonctionnent aux petits oignons et des enjeux qui font corps pour chacun des protagonistes qui, en plus, fonctionnent parfaitement entre eux.
« Les archers » n’est pas uniquement une magnifique BD popcorn. C’est surtout une histoire qui ne possède aucune défaillance, file à tout berzingue avec de vrais moments de silence qui résonnent et d’amitié entre des personnages qui vont compter, et ou toutes les interconnexions font sens. Pas un seul Deus ex Machina, pas un seul hasard heureux. Du sur mesure.
C’est aussi le tout début de Kriss De Valnor (déjà superbe sous la plume de Rosinski) et c’est surtout le 1er chapitre d’un roman graphique que l’on pourrait nommer « Le pays Qa » et qui sera constitué de 5 chapitres.
D’abord « Vega » possède un visuel surprenant. Il peut heurter, faire chavirer dans le déplaisir. Ce fut tout le contraire pour moi. Bien qu’il me fallût un temps d’adaptation pour l’apprécier à sa juste valeur. D’abord ce noir omniprésent qui fait le fond des planches, puis ces structures géométriques comme des formes mathématiques qui font l’action, les décors et les corps. Puis, il y a les gestes qui sont figés mais tant chaloupés. Tout y est atypique, curieux, insolite. Et cette proposition visuelle allégorique colle parfaitement au sujet.
Car Lehman va au plus simple, au plus direct pour construire une allégorie poétique. La narration ne se tracasse pas des détails. Il raconte plein fer. Et cette ligne rectiligne permet une plus grande explosion dans l’allégorie finale.
Et il en sort une vraie étrangeté de lecture malgré une histoire qui raconte très clairement son début, son milieu et sa fin. Et cette étrangeté est très plaisante, belle, surannée, nostalgique malgré la vision d’un futur bien dégueu et sans porte de sortie viable pour l’humanité. Et, surtout, cette vision du futur est très peu racontée ailleurs. Il y a une sensation de nouveauté aussi dans la narration. Et ça fait du bien aussi.
Bref, tout est neuf, authentique et surprenant. Et cette fraicheur, malgré le sujet mortifère jusqu’au final qui, lui, est lumineux, fait un bien fou !
Ce Tome est un jeu de massacre. Runberg détruit son propre univers et c’est exaltant.
La destruction est totale, les personnages secondaires meurent atrocement et porte la tension autour des Nevronomes. Et les enjeux narratifs sont à leurs paroxysmes. Runberg pousse les potards au maximum pour que ses personnages principaux soient dans leurs derniers retranchements. La lecture est intensive. Chaque planche se lit compulsivement.
Pélé, encore une fois, fait un superbe travail. Sa narration visuelle emprunte à l’horrifique. Il emprunte aussi aux grotesques et à l’enfantin. Malgré tout, sa technique est d’une maitrise folle. Ses couleurs sont au diapason d’émotions qui monte constamment crescendo. Jusqu’au final qui ne fait pas dans la demi-mesure. Runberg et Pélé savent construisent des cliffhanger qui marquent la rétine et l’émotion.
Le meilleur opus, et de loin, depuis le début de la série qui est déjà au sommet.
Avec Morvan, ça dépote ! Mettre Paris dans l’eau avec de vrais enjeux dramatiques et des mécaniques presque organiques, fallait oser. Moderniser une série avec autant d’énergie, de rebondissements jusqu’à des planches qui proposent des triangles comme cases, faut être fou. Tuer Spip, construire un arc amoureux avec une vraie méchante pour le conte, faut être pété du bulbe.
Tout aurait dû être matière à foirage pour un lecteur fanatique comme moi, et pourtant je suis sorti du bousin avec un vraie plaisir sincère de lecture. Certes, c’est du popcorn. Du truc qui fait « waouh » mais j’ai aimé.
Pensez donc. Munuera emprunte à tout berzingue dans le manga (et j’aime que moyennement ça d’habitude), les visages des personnages sont plutôt naïfs et mal foutus mais les décors sont chouettos, les grands espaces plutôt bien et l’artiste sait construire du rythme dans ses visuels.
Morvan ose et il a raison. On peut être sûr que cette aventure est unique et le restera. Alors, oui, il y a que des incohérences. Ou sont la police, l’armée, les gens, les avions et hélicoptères, les morts et les cadavres ? Ce Paris sous l’eau est surtout un Paris fait de silence ou 4 protagonistes seulement se tirent la bourre et ça ce n’est pas possible. Morvan construit une ambiance, une atmosphère, un climat qui lui permet de construire une utopie jusqu’au final qui raconte tout le contraire de la destruction.
C’est n’importe quoi, c’est sûr, mais ça ose. Et je suis le 1er étonné d’avoir bien aimé.
J’aime plus que beaucoup Gabin et j’ai beaucoup lu autour de lui Donc tout ce qui est raconté dans cette BD biographie, je le connaissais déjà. Il y a d’ailleurs bien d’autres chose à raconter sur le monstre sacré. Il aurait fallu trois tomes pour le narrer tant le Jean eut une vie abondante.
Ici, tout est parfaitement documenté, étayé et c’est peut-être cela que je reproche au bousin. Noël Simsolo est un biographe et il conte avec un talent fou la mémoire d’une icône. Et il utilise tous les codes du 9ème art pour cela. Les dialogues, par exemple, raconte la vie de Gabin. Les scènes racontent la vie de Gabin. Les interactions entre personnages racontent la vie de Gabin.
Ce n’est pas une histoire qui est racontée mais une biographie. Alors forcément les dialogues sonnent faux et les interactions aussi.
Dommage.
Par exemple, Jean Gabin avait un verbe extraordinairement fleuri. Michel Audiard avouera avoir beaucoup emprunté dans ses dialogues les plus imagés pendant ses conversations avec l’acteur. Cette biographie aurait donc pu avoir des bulles d’une drôlerie folle et ce n’est pas le cas puisque les dialogues servent, ici, de prétexte à raconter la vie de Gabin.
Mais ce n’est pas si grave pour celles et ceux qui veulent connaitre le personnage. Foncez dans cette lecture qui possède une folle énergie malgré tout et file de scène réussi en scène réussi à vous faire comprendre le bonhomme dans toutes ses singularités.
De plus, les dessins de Bizarri sont une vraie réussite d’ambiance. Le découpage est moderne et il sait retransposer sur planches quelques moments culte de cinéma. La BD traverse plusieurs temps du siècle dernier. Et tous ces temps-là, le dessinateur sait parfaitement les retranscrire.
Un tome en deux temps mais clairement, et surtout, un opus de transition.
C’est au travers de Mézoké que ce 5ème tome raconte son histoire. D’abord du côté d’un procès ou celle-ci est accusée des pires vilainies suite à l’épisode précèdent puis, par une évasion et un sauvetage. Ce procès pose les bases narratives du seul contre tous avec une mention claire de prise de pouvoir tyrannique. Encore un fois, Runberg utilise les codes du genre de manière classique mais bougrement maitrisé. On ressent la solitude, les enjeux avec une pointe d’angoisse à la lecture. Puis voici l’évasion et, là, Runberg nous conte le personnage de Mézoké avec sa force et ses talents. Assez jouissif, je dois dire, l’évasion.
Il y a surtout un dessin absolument inspiré et dantesque de Pélé qui manie les extraterrestres avec un imaginaire assez colossal et magnifie autant les décors que l’espace. Ce dessin, magnifique, avec un grain, une patte unique et immersive compose un univers d’une singularité assez exceptionnel.
Une excellente histoire, certes classique mais énergique, avec un dessin immersif. Que peut-on demander de plus pour un space opéra ?
Dionnet est fou. Le voici qu’il construit une pléiade de personnages qui pourraient intégraient une histoire complète à eux seuls pour les mettre dans un décorum des années 50 en plein trou du cul des états unis. Et si le début se tient avec une ambiance, pas piquer des hannetons, de bourgade à pouilleux qui racontent admirablement les secrets de polichinelles, le final part sacrément en cacahuètes avec des intrigues qui ne se solutionnent pas, des morts dont on ne sait rien.
Comprenons-nous bien. Il n’y a pas 1 sérial killer mais 2. Il y a une princesse à animaux qui vit dehors et reste toujours toute propette sur elle. Il y a des russes et une secte. Il y a un écrivain foireux, un sheriff qui couche dès le 1er soir, des mégères et un chemin de fer abandonné et une vrai fausse mère qui a des têtes d’animaux partout chez elle. Et rien ne sert. Tous les fusils de Tchekhov sont des pétards mouillés qui n’ont aucune utilité.
Et c’est parce que, justement, les fausses pistes se multiplie pour conclure le tout dans un final qui part en sucette que le propos est plaisant car atypique, déboussolant. Plus on progresse dans la lecture et plus l’étonnement fait place au détonant.
Et, puis, il y a les dessins de Thureau, sublime. Ses décors sont superbes, les points de vue sont asymétriques et les gaufriers sont à la verticale. Ce qui donne dès le départ une gêne à la lecture qui apporte à l’ambiance déjà décalée un supplément d’étrange. Thureau avait beaucoup de talent….
J’ai découvert Mérite Maritime dans le mensuel « A suivre » et je me souviens avoir lu l’épisode en tout dernier tant je trouvais le dessin trop strict, austère, rigide. Sauf que, dès que j’ai lu la première planche, je fus happé sur le pont de l’Amiral Benbow. Une claque et le bonheur instantané ;
Voici 4 histoires qui racontent l’humanité au travers de 4 humains. Et, à chaque fois, on raconte le petit équipage qui constitue ce navire bien galeux. Et il y a beaucoup d’humour, d’amour et de famille dans ces interconnexions. On sent bien qu’Alain Riondet (parti beaucoup trop tôt) a connu tout cela tellement cette humanité est palpable, cet amour aussi de l’être humain dans tout ce qu’il peut avoir de beau et de poème. La lecture est une mélopée et l’océan, la rouille, l’iode et les cris de mouettes sont des musiques qui ne vous quittent pas. Mais Riondet parle mieux encore des ports, de l’insularité des comportements, de cette acceptation de ce qui peut avoir de pire chez l’homme.
Et le dessin de Stéphane Dubois est superbe. Certes rebutant au tout début, il raconte si bien le port et le navire, les hommes et l’océan, les rues et le port. Son trait est unique, définissable entre tous, inimitable…J’ai détesté, c’est vrai, au début mais dès que j’ai lu, je suis devenu l’un des membres d’équipages.
C’est dire le bonheur de lire ce conte merveilleux et cruel tout de bleu, de rouille et d’os.
Van Hamme s’essaye à l’angoisse et cela fonctionne. C’est à l’âge de 14 ans que j’avais lu cette BD lors d’un emprunt dans une bibliothèque et j’avais été fortement marqué par ce petit gosse vert qui a tout de l’exorcisé. J’avais été fortement marqué par cette ambiance d’épouvante autour d’un enfant satanique qui pouvait se multiplier à l’infini. J’avais été plus marqué encore par cet autre enfant qui peut donner vie à ses rêves et qui, comme tout gosse, peut être colère, méchant comme doux et affable. Un tel pouvoir pour un enfant, cela m’avait déjà glacé.
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A ma relecture ces derniers jours, je me suis rendu compte que je n’avais presque rien oublier. C’est dire combien l’histoire m’avait marqué à l’indélébile. C’est dire combien l’histoire fonctionne incroyablement. En plus les dessins de Rosinski qui conte ce huis-clos dans une île à la fois luxuriante et tellement isolée sont sublimes. Elles racontent parfaitement la solitude d’un enfant et de sa mère, loin de tout et malheureux d’être loin de tout.
Aaricia est, ici, un personnage profond avec toutes les gammes de l’humanité en elle. Je regrette juste cette multiplicité d’espoir à ce que Thorgal revienne vite. Je l’aurais préféré plus forte que cela bien qu’elle le soit tout de même dans cet opus. Un Thorgal qui, en 2 planches compris, solutionnera tout. Le final à la seconde lecture me laisse un peu circonspect. Et c’est comme ce bracelet dont on ne sait rien et on ne saura probablement rien.
A part cela, l’album reste du grand art.
Ismaël Posta, narcissique délirant et gourou qui rameute des foules à se faire plein de blés, meurt étouffé par une olive. Direction les enfers (parce qu’il en fait des caisses questions impostures), nous le suivons dans les méandres d’une société luciférienne qui a ses soucis aussi.
J’avoue la satire m’a beaucoup plut jusqu’au final, logique et surprenant tout à la fois. Ici, les enfers sont comme chez nous, pété de syndicats et de grèves, fourmillant de directions incompétentes, bondé de mécontent et d’opportuniste car la liste des péchés a considérablement augmenté bref le travail a considérablement augmenté et la révolution gronde.
Diego Agrimbau livre une pochade très amusante mais qui laisse un goût de pas assez dans la lecture. Il manque du sel, du poivre, du piment dans cette histoire qui a pourtant tout pour plaire tant elle est intelligente et pertinente. Gabriel Ippoliti nous offre de très belles planches qui, non seulement ont une identité propre et originale, sont, en plus, colorés et énergique.
Un très agréable moment
C’est l’histoire d’un type pratique et confortable qui suit une nana dépressive. Et ce même type est sous l’emprise d’une mère manipulatrice qui joue, avec des figurines, des faits divers sordides ou elle devient l’héroïne. Non, Rosalie Blum n’est pas un remake de psychose…Enfin, ce 1er tome ne prend pas ce chemin là.
Car, il ne se passe rien, absolument rien, durant la narration et c’est bougrement bien écrit. Malgré les situations répétées, les petites scénettes de la vie quotidienne d’un gars qui s’emmerde, Camille Jourdy nous amuse justement par ces multiples scénettes qui sont irrésistibles de ratage intégrale, de vies humaines qui n’ont aucun intérêt.
Il ne se passe rien et la narration visuelle est captivante ;
L’autrice maitrise les codes du 9ème art pour raconter avec talent la paresse et l’emmerdement profond. Ici, on suit tant et tant de personnages attachants qui n’ont tellement rien à nous raconter !
Et j’ai hâte de savoir la suite car la toute dernière planche nous narre le seul ressort de ce 1er tome. Bougrement bien amené ce ressort là qui, pourtant, ne possède aucun enjeu sauf, peut-être, deux solitudes dépressives qui vont se rencontrer.
Et je suis certain qu’il ne se passera rien et que ce sera merveilleux !
Julie Birmant et Clément Oubrerie construisent autre chose qu’une bande dessinée classique. Ils tentent une biographie littéraire et visuelle. Les planches sont des gaufriers standards qui font la part belle à l’écriture puisque, presque toujours, des bandeaux ornent chacune des cases. Le lettrage également fait la part belle à l’écriture déliées et manuscrites et les couleurs sont comme des taches multiples qui font l’ambiance.
Est-ce que ce partie pris fonctionne ? Pour moi, oui. Dès le début nous transporte dans une autre époque, un autre environnement. La narration est différente donc, immersive puisque les codes sont réemployés différemment. Et ça le fait.
Toutefois, le scénario reste classique malgré un début et une fin qui se veut allégorique. On ne peut pas leur en vouloir. Il est compliqué de construire une biographie autrement. Mais cette biographie est entrainante, le focus étant mis sur les interactions entre des personnages qui ont fait la petite ou la grande histoire de la peinture. Et le dessin est très plaisant.
Ce 1er opus est comme une valse : entrainante avec de beaux souffles et de belles envolées. Très agréable.
Ok Sylvain Repos sait faire des découpages, des séquençages qui tiennent en haleine. Ok, il sait construire des combats aux sabres assez dantesques. Ok, toute la partition avec les robots est de très belles factures, de vraies parenthèses enchantées, de vraies respirations sublimées ou ces robots là nous font une vraie démonstration de ce qu’est vraiment l’humanité.
Ok, les planches ont de la gueule. Les couleurs sont particulièrement bien pensées et les décors, les grands espaces sont beaux sans fioritures, allant à l’essentiel d’une narration pertinente. L’artiste prouve un savoir époustouflant.
Sauf, que ça y est je suis largué questions intrigues chez les humains. Je ne comprends pas comment du sang peut faire du pognon. Je ne saisis pas pourquoi le méchant libère la gentille pour que recommence la chasse à l’homme. Et quel heureux hasard que de tomber sur les tubes où se trouvent les mannequins ! Et pourquoi ils détruisent tout vu qu’elle s’en fout ? Et qui s’est cette jeune fille qui dit de tuer tout le monde ? On dirait que tout le monde se connait très bien alors que le lecteur ne sait rien de toutes ces interactions.
Autant le 1er et le second tome tenait la route avec la classe à Dallas. Autant là, j’ai cette impression que l’auteur veut trop en faire pour construire du suspens, du rebondissement et autres effets scénaristiques. Par contre du côté des Yojimbots, c’est toujours un festival d’éclate à la lecture.
Allez, on dit que c’est un petit passage à vide. Et on a hâte de lire le dernier tome.
Frank Pé fait un travail magique. Il y a un plaisir inouï à suivre cette fuite, cette dérobade, cette fugue dans une Belgique d’après-guerre et, de surcroit, dans le Bruxelles rêvé par Pé. C’est beau comme un camion. Plus beau encore sont les silhouettes et visages des personnages. Leurs bonhommies, leurs expressions si humaines, leurs silhouettes si justes. Pé est un esthète. Sa couleur est celle de la nostalgie, sa plume celle de l’être humain qui aime l’être humain. Merci infiniment monsieur Pé (vous qui êtes parti beaucoup trop tôt) pour ce plaisir magique à admirer votre dessin.
Hélas, le grand Zidrou ne m’a pas convaincu cette fois-ci. Certes l’amitié entre les enfants est franchement chouette, certes ces histoires d’amour qui naissent sont jolies, certes notre zoo tout fou est très sympathique. Mais ce Marsupilami là n’est pas mon marsupilami à moi. Il n’est pas celui de Franquin. Mon Marsupilami à moi est acteur de l’action, il solutionne les problèmes avec naïveté, inconsciemment et drôlement. Il n’a peur de personne et n’a aucune once de violence (coup de colère oui mais jamais méchant). Mon Marsupilami est une ode à la vie, une ode au sourire puisque de toutes manières, il a tous les talents et ne craint personne. Il n’a peur de rien car il est tout au-dessus de la chaine des prédateurs ;
La bête de Zidrou n’est pas le Marsupilami de Franquin. Et je ne suis pas sur qu’il faille offrir une dimension aussi réaliste à ce personnage. Si j’avais aimé le 1er tome, j’avais eu l’espoir de voir la bête de Zidrou devenir Mon Marsupilami dans le second. Et ce n’est pas le cas. L’erreur majeur de cette interprétation est de croire d’ailleurs que le Marsupilami est une bête. Il ne l’est pas. Il est une allégorie.
Et la fin me semble très peu réaliste pour le coup. Les enjeux des 2 savants le long des 2 tomes sont en antinomie totale avec le final. Et c’est là mon incompréhension. Car, dans ce réalisme lâ, la fin ne peut être aussi heureuse pour cette bête
Voilà la série est lancée. La vitesse de croisière est prise. Si le scénariste met moins la part belle dans les surprises scénaristiques, il prend le temps à poser toutes ses situations et tous ses personnages. Et, encore une fois, ils sont intenses ses personnages.
Ce 3ème tome est toutefois moins violent, moins virulent mais les enjeux de chacun sont bien plus précis. De plus, le personnage principal de ce 3ème opus (que l’on entendu parler au 1er et second tome et qui apparait, iconique, à la toute dernière planche du second tome mais aussi sur la couverture de ce même second tome, prend tout l’espace. Il est d’un mystère fou, d’une humanité incroyable mais aussi d’une violence assassine droite et froide.
Question dessin, c’est toujours l’éclate pour celles et ceux qui aiment L’ambiance Peeters. L’artiste a une patte unique, un talent fou et singulier. Peeters ne ressemble qu’à du Peeters et à rien d’autres. Et perso j’adore son trait.
Ainsi donc la série continue à emballer, pas le moindre essoufflement même si dans ce tome, on prend plus son temps. Cela monte crescendo. On imagine une conclusion qui sera outrageuse.
3 histoires qui racontent Thorgal. 3 histoires que nous sommes donc obligés de lire pour comprendre d’où il vient et ou il va. Et 3 histoires, en plus, plutôt énergiques et de bons alois. Mais…
Mais, même si la 1ère histoire est superbe de dessin et intense d’actions, il faudra m’expliquer comment un type qui a voulu couper la tête à son chef…va devenir chef lui-même après la mort du type qu’il a voulu couper la tête. Perso, je suis chef, je fais tout pour le mettre de côté, voire de l’occire après un bon procès pour traitrise. Bref, Van Hamme, parce qu’il a voulu densifier et reconnaitre ses protagonistes futurs, propose une impossibilité politique. Ce simple problème de biais m’a laissé complétement à côté de la narration.
Les 2 autres histoires, elles, sont très bien foutus. Et, une histoire de space opéra dessinée par Rosinski, c’est plutôt assez génial.
Bref, 3 histoires qui vont bien mais qui raconte le plus important dans la légende. A ne pas louper pour suivre l’épopée.
« La peur et la cicatrice » : Des 5 histoires, la 1ère me restera à jamais en tête. J’ai dû cesser plusieurs fois ma lecture tant elle m’a angoissé à ne pouvoir respirer. C’est donc un témoignage bouleversant que voilà dont je ne suis pas sorti indemne. Pour toujours et à jamais.
« Tant qu’il y aura des étoiles » est également une histoire bouleversante du temps qui passe et des vies qui ont été riches, merveilleuses et qui, pourtant, s’oublient en EHPAD. Fabien Toulmé raconte cela avec tellement d’humanisme et de sincérité que cette histoire toute bleue fait chavirer le lecteur.
Evidemment « Ligne zéro » est aussi une narration qui secoue comme tous les témoignages de guerre qui parle de l’humain et de son intime plutôt que le patriote et son roman national.
Les 2 dernières histoires m’ont moins troublées. Je suis convaincu qu’ils le feront tout de même pour d’autres. Car, dans une narration visuelle minimaliste et des dessins qui vont à l’essentiel, l’auteur touche à chaque fois au cœur. Car on ressent l’admiration et l’affection que porte Toulmé à chacun de ses témoins. Et cette sincérité là est, dans chaque planche, palpable.
Simple, efficace et surtout sincère.
Album ou c’est une ville le personnage principal. Album qui pourrait coller à l’esprit Métal Hurlant tant la fin est jubilatoire autant que malveillante. Album qui va construire une saga mais qui n’était pas prévu pour ça. Album ou l’architecture est la matière première de toutes les émotions. Album curieux, unique, atypique.
J’ai beaucoup aimé cette lecture en apesanteur, ce mélodrame entre l’homme et le décorum, entre l’homme et la représentation d’une ville et d’une société. Il y a beaucoup de suspension dans la narration. Il y a aussi beaucoup de Steam punk dans les visuels que je trouve sublime.
Cet album est singulier. Vous ne lirez jamais rien d’autres de la sorte ailleurs. Et je me suis laissé emporter dans la lecture. J’ai adoré ce voyage et cette folie. J’ai adoré le final que je n’ai pas vraiment compris mais peu importe car il y avait autre chose dans l’air. J’étais comme ce héros largué, perdu, clochard et j’ai aimé être pris de la sorte, démuni de logique.
L’autre histoire est anecdotique et m’a laissé un gout très amer en bouche. Je n’en parle donc pas. Surtout que cela n’a rien à voir avec les cités obscures.
Et ça y est, ça se torgnolle entre le père et le fiston. Le combat est entamé dans une forêt de cristal entre Luke et Dark. Quand on pense qu’Archie Godwin et Carmine Infantino ne savaient pas encore le coup de « Je suis ton père » au moment de l’écriture de l’épisode, ça fait marrer. Sauf qu’il est vraiment chouette cet épisode là. Il y a tout : du suspens, de l’action et même de la psychologie. Ok parfois c’est capillotracté mais, tout de même, il a du sens et de la pertinence.
Et ça se torgnolle encore entre Hulk et Machine Man. Mais c’est Sal Buscema, qui est un génie , au dessin. Le meilleur de tous pour mettre en avant le géant vert. Et il y a étonnement aussi de vrais enjeux qui tiennent la route. La meilleure histoire de ce mois-ci dans Titans.
Et ça se torgnolle dans le couple de Mikros. Pas cool le virus. Pendant ce temps le méchant qui a des envies d’extermination et de maitre du monde (comme tous les méchants chez Mitton), tente son plan machiavélique. Mais par des hasards incroyablement heureux, tout part en cacahuète ! Tout est bien qui finit bien. Mitton fait nimportnawak et, moi, j’adore la lecture au douzième degré du bousin.
Dazzler se torgnolle (un peu) contre Klaw et ce n’est quand même pas rien. Sinon on découvre un peu plus ses pouvoirs dans un laboratoire très mal dessiné. Parce que la série est franchement très mal dessiné avec tout plein de dessinateurs très interchangeables. Question pouvoirs de Dazzler, on ne comprend pas mieux. J’avoue que je ne saisis toujours comment elle arrive à mettre des torgnoles (contre Hulk, Fatalis quand même) avec de la lumière.
Ne cherchez pas une enquête, un polar dans ces planches-là. Passez votre chemin si c’est le cas. Mais si vous cherchez une série noire, foncez !
Voici 90 planches d’un monologue poisseux et exsangue. Voici l’histoire d’un homme médiocre qui devient baltringue à la rencontre d’une dépouille d’une gosse. Voici l’histoire d’une spirale infernale dans un gouffre sans fin Voici l’histoire d’un flic que tout le monde dit rincé et qui l’est. Rien de plus. Rien de moins.
Daeninckx adapte Pagan pour une BD qui, méthodique, raconte tout cela, raconte la perte de repère jusqu’à que la seule valeur soit le « Je n’en ai rien à foutre de tout ». Et Daeninckx adapte merveilleusement Pagan. Tous les détails y sont qui ne font pas une suite logique narrative mais un faïençage d’émotions accablées, d’affaires sordides, d’ambiance mélancolique qui permettent de saisir le nihilisme, la perte de sens d’un type au bout du rouleau. Et que les choses soient claires, il n’y aura pas d’échappatoire. Les deux dernières planches promettent un happy end ? La dernière case rappelle que, non, ça n’arrivera pas et exprime pourquoi.
Mako rend une très belle copie dans les décors mornes, l’ambiance grise avec des pastels qui salissent tout. Mais, je regrette toujours chez ce dessinateur les personnages trop inexpressifs à mon gout. A part ce détail, Mako est parfait pour mettre en lumière mortifère un long râle, une descente aux enfers, une fin.
C’est dans une veine plutôt classique que se clôture ce nouveau dyptique. Classique ne voulant pas dire morne, bien au contraire.
Car, Runberg construit autour de cette trame habituelle des trames politiques (mensonges aux peuples, révoltes et faux semblant) une vraie intensité qui monte crescendo jusqu’à l’effroi le plus absolu en toute fin d’histoire. Oui, cela vire carrément à l’horreur. Car quelle rude bonne trouvaille que cet ennemi invisible.
Pellé magnifie cet antagoniste dans l’horreur le plus génialement dessiné. Il magnifie toujours aussi bien cet univers. Son trait raconte déjà tant. De plus, il met en avant de la plus iconique des manières l’ensemble des personnages. Si Mézoké et Caleb sont les personnages principaux, je vibre plus encore pour Angus et Nina. Un nouveau personnage, un chasseur Sulfur, apparait en fin de cet opus. J’espère qu’il prendra part d’avantage dans les prochains épisodes tant je le trouve incroyable de présence.
Enfin et, par devers l’histoire principale, la jeunesse de Caleb apparait et d’autres personnages pointent leurs bouts du nez tout comme Mézoké qui cache bien son jeu. Runberg distille d’autres enjeux de la meilleures des manières pour que le lecteur se précipite sur les épisodes futurs.
Mettons tout de suite de côté le dessin de Janry qui est proprement génial ! Même une simple Renault 5 qui appartient à notre tandem favori déchire sa race ! C’est un festival Janry dans la gestion des robots, de l’action, du village, des personnages. Le plaisir des yeux et du découpage est total. Dans cet opus, il prouve qu’après Franquin, c’est lui qui a tout compris.
Parce que du côté du scénar, c’est quand même n’importe quoi ! Comprenons-nous bien, j’adore les histoires qui partent dans tous les sens, ou le scénariste nous dit les yeux dans les yeux « Je n’en ai rien fiche et j’assume complément que je fasse n’importe quoi, maintenant, rigole bien, ne te prend pas la tête et profite ! ». J’adore la série Mikros de Jean Yves Mitton justement pour ça.
Mais la tête à queue n’est pas dans l’ADN de cette série alors je ne saisis pas ce que Tome fait. Car tout y est, ici. Une méchante qui est méchante parce qu’elle est méchante et un don de dingue avec l’électricité (pourquoi ? Parce que…), Un génie de la robotique qui construit quand même l’invention du millénaire (Voir Métropolis de Fritz Lang et ce n’est pas rien) dans une gare désaffectée parce que c’est un agent SNCF qui a une passion du dimanche pour les rouages, Une usine de robots high-techs qui, pile poil, (incroyable !) se situe dans le même petit village, une machine d’une technicité folle découverte par Spirou et par hasard dans un magasin de photographie. Et avec tout ça, Tome fait de l’action à foison, des situations croquignoles, des hasards heureux et deux ex machina comme s’il en pleuvait.
Alors forcément Tome l’a fait exprès. Si c’est le cas, je me suis bien marré à me foutre de sa trombine, à lire aux quatorzièmes degrés. Et c’était la régalade du nimportnawak.
Mais si ce n’est pas le cas…alors faut changer de métier…
Spip, Spirou et Fantasio sont désormais en Australie et l’album est tout aussi sympa que le précédent qui était dans le grand froid. Je le trouve même meilleur que le dernier opus car les hasards heureux, les Deus ex machina ne sont plus. La narration tient la route désormais avec, bien sûr, un peu de sorcellerie véritable comme si c’était bien normal tout ça dans la vie et qui fait de drôles de gags qui m’ont bien fait marrer. De l’action, il y en a à chaque planche. De l’énergie, tout autant mais du gag, peut-être un peu moins que le précédent même si ceux présents sont souvent très réussis.
J’adore les dessins de Janry ! Ils sont si atypiques et reconnaissables entre mille ! Du gros nez moderne qui ne cherchent pas à copier, singer ou à caricaturer mais, bien au contraire, essaye la patte unique, la touche singulière, la signature originale. Janry a beaucoup de talent. Et cet opus est meilleur que le précédent aussi dans le dessin.
Bref Un « Spirou » comme on les aime sans folie particulière mais avec toutes les qualités que l’on désire à la lecture.
Il faut bien le reconnaitre, cet épisode 3 foisonne d’idées. La méchante vraiment méchante mais qui a la classe à Dallas force 10 a construit un piège diabolique et perché du bulbe au possible. Sauf que ça marche et le début de l’opus qui n’était quand même pas terrible de trop de surenchère laisse la place à une excellente idée de bond dans le temps. Et, du coup, Le scénariste a les coudées franches pour faire ce qu’il veut.
Et, une nouvelle fois j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture. Entre les clans d’humains plus ridicules les uns que les autres (mention spéciale au clan Zemmour bien hilarant) et le combat entre deux IA, Super groom est toujours aussi attachant de ridicule. Vehlmann s’amuse comme un petit fou dans la boulimie d’incongruité et de folie narrative et nous nous amusons avec lui. C’est riche de ressorts et divertissant au possible.
Comme toujours, le style de dessin n’est pas ma tasse de thé (Affaire de goût tout ça tout ça) mais je dois reconnaitre un grand talent à Yoann pour sa représentation des deux IA. D’ailleurs, particulièrement celle de Gaïa que je trouve superbe et d’une grande noblesse.
Une vraie tuerie que cette suite.
Sylvain Repos sait y faire. La violence est partout. Les actions fulminent dans tous les sens et le final est dantesque, prenant même jusqu’au tripe avec tant d’emprise que le besoin de lire la suite nous taraude aussi sec.
Mais il n’y a pas que cette fébrilité d’énergie qui fait la réussite du bousin. Les personnages sont pour beaucoup dans la réussite de cette suite. Les robots surtout. Car dans leurs silences, il y a une humanité folle dans la simplicité des valeurs et de l’amour à son prochain. Le personnage de Sheru (qui est le robot du tout début) apporte plus encore. Il y a aussi de la jalousie, de l’inquiétude et, à la toute fin, comme un syndrome post traumatique. Si tous les robots sont bien écrits, Sheru, lui, est peaufiné à merveille. Les méchants, aussi, sont particulièrement inquiétant, bien écrit dans toute la violence possible de l’humanité.
Et puis il y a des scènes incroyablement iconiques qui donne des ressorts dramatiques au taquet ! Mais aussi des moments de tranquillité et d’échange qui permettent aussi de souffler. Bref, entre respiration et souffle coupé, Sylvain Repos orchestre parfaitement son affaire. Tous ont leurs moments de gloire !
Reste le dessin, mélange savant entre Manga et Franco-Belge qui me fait aimer les planches. C’est cool.
Vivement la suite
Sylvain Runberg est désormais dans une efficacité qui fait plaisir à lire. Mettant de côté l’action dans le 1er dyptique lorgnant du côté d’« Aliens », le voici désormais plus politique dans le complot. Et ce nouveau champ d’action lui va bien. Jamais il ne commet un hasard, un Deux ex machina inapproprié, Toute sa narration monte crescendo dans les émotions angoissées. On ressent tout de suite les erreurs commises qui vont être problématique dans le prochain opus. La tension monte petit à petit et la lecture est intense. Certes on a déjà lu beaucoup dans cette thématique là et dans cette manière-là. Runberg ne réinvente pas l’eau chaude mais il le fait bien, très bien même. Il a compris qu’il était inutile de complexifier la narration.
Hélas, le peuple de Terre est encore une fois les cons de la galaxie. C’est parce qu’ils font n’imp’ que ça part en sucette. Et ils font n’imp’ parce qu’ils sont des abrutis finis. Dommage, pour moi, que le moteur narratif soit que cela. Mais là encore Runberg rajoute une dimension nouvelle avec le peuple Sandjarr qui, eux aussi, sont plus compliqué qu’il n’y paraissait.
Question dessin, c’est beau et ça défonce. C’est même mieux que les opus précédents. C’est plus fin, plus précis et d’une patine toujours d’une multitude de gris qui donne une plus-value magnifique dans l’ambiance de ce monde nouveau. Les planches, certes classiques, se permettent de grandes cases de grands espaces. Et c’est magique. Un sans-faute visuel.
Nic et Cauvin, 3ème (et dernière).
La période n’est guère jolie, c’est vrai. On sent les efforts de bien faire mais ce n’est pas suffisant.
Par exemple, au début de l’histoire, Cauvin tente la multiplicité de gags dans un enchevêtrement d’énergie et d’action. Comme le faisait Franquin. Certes, on est dans le comique de répétition et sur toujours le même gag. Certes c’est drôle, parfois mais pas toujours. Puis, patatras, la situation part dans le grand guignol hélas pas drôle du tout. Cauvin essaye les techniques à Franquin question scénario mais n’ayant aucun droit des personnages secondaires, lieu et machines, ce grand vide rend difficile la réappropriation. Cauvin s’essouffle très vite. L’idée de la Fantabulle est plutôt cool mais il y a tellement d’hasards heureux avec les méchants qui sont tellement caricaturaux que la lecture est compliquée.
Sinon Nic tente de dessiner avec talent et il n’est pas mauvais. Mais la comparaison avec ses précédents le malmène gravement. Parce que, tout de même, ce n’est pas génial génial.
Et puis mettre Spirou et Fantasio dans une Visa Citroën…C’est terrible de médiocrité en comparaison d’avec la Turbotraction de l’époque à Franquin.
Je crains que, pour le coup, tout soit dit sur la période Nic et Cauvin dans cette exemple-là.
La série Valérian a fait, fait et fera date dans l’histoire du 9ème art ainsi que dans la culture pop de manière générale. Un grand nombre de visuels et d’histoire dans le 7ème art, vienne de cette série. « La guerre des étoiles », « Le 5ème élément » ou encore « Blade Runner » ne seraient pas tout à fait les mêmes sans Mézières et Christin. Valérian et Laureline ont été grande source d’inspiration pendant 22 albums.
Et les auteurs nous offrent un point final à cette série d’anthologie. C’est suffisamment rare qu’il y ait une conclusion dans une série légendaire pour ne pas l’exprimer.
Le scénario raconte une guerre galactique entre l’inerte et la vie, l’objet de l’humain, le nihilisme du sentiment. Le scénario raconte surtout la coalition de tous les copains de Valérian et Laureline contre Stanley Kubrick et son monolithe. Spolier alerte : Les monolithes vont se casser les dents et tout est bien qui finira bien. Vous l’aurez compris, tout ceci n’est qu’un prétexte.
Car, cet album veut être le bouquet final du feu d’artifice ou les artistes veulent retrouver tous les anciens personnages et tous les univers qui ont fait 22 albums. Et, oui, pour un lecteur de la 1ère heure, cette dose maximale de nostalgie fait grand plaisir dans le picotement de l’échine de la madeleine proustienne.
Mézière, lui, donne tout. C’est visuellement superbe dans les décors, les espaces, et les interconnexions entre personnages. L’artiste peint en direct, choisit l’ancrage aussi dans la couleur en aplat. C’est beau, tellement beau.
Alors voilà profitons de ce dernier tome qui n’est qu’un bouquet final un peu foutoir certes mais tellement sympathique. Quant aux destins de nos héros, il convient car l’enfance est certainement le plus beau des endroits à vivre….
C’est l’histoire d’un mec qui meurt connement, la tête tranchée. C’est l’histoire de sa nana qui lui tenait la main au moment où sa tête s’est séparée de son corps sur les trottoirs de Palavas.
Et on va suivre cette nana dont on ne saura rien ou pas grand-chose. Elle ne réagit à rien, ne décide de rien, s’échappe à tous les messages et appels des proches. Elle obéit au planning des vacances car l’homme sans tête prévoyait tout à l’heure prêt. Pendant une semaine, elle suit, telle un automate, le programme.
Au début on croit au choc qui l’enfonce dans la léthargie, dans cette manière de ne jamais sourire, de ne jamais prendre part. Puis, petit à petit, le doute s’installe. C’est autre chose. Peut-être est-ce une femme qui n’est jamais heureuse, ni malheureuse d’ailleurs. Elle est étrangère à la vie et suit comme un animal de compagnie celui qui l’a promené en vacances…Car elle élude toutes les questions, ne répond jamais, ne prend aucune décision, et, quand elle en prend, elles sont toujours beaucoup trop tardives.
La BD est magnifique d’un dessin chaud, ocre, vibrant de vie. Palavas est superbe sous la plume de Chevillard. La BD est silencieuse aussi et propose des moments de vie chaleureuse, joyeuse, amoureuse, enfantine. Elle regarde avec étrangeté toute cette foule sentimentale, qui profite pleinement des moments heureux des vacances. Puis, au travers d’un guide qui n’est en définitive que du faux semblant, découvre la vie et c’est, seule, qu’elle sourit enfin.
C’est une œuvre rare que celle-ci. Tout en finesse et en sublimation, elle raconte l’histoire d’une femme qui prend sa vie en main et devient femme grâce à une mort très con….
Le tout dernier de Franquin ? Lors de la période Fournier, fut publié plusieurs petites histoires autour de la période Franquin mais aussi avec du Roba et du Greg. L’histoire principale est sympathique mais, déjà vu dans un opus précédent. Sinon, forcément, l’humour visuel est partout et le trait de Franquin est génial. Puis il y a d’autres histoires moins sympathiques
Et puis il y a tout une série de gag sur une planche avec le Marsupilami et imaginé par Franquin et là c’est la poilade. Mon moment préféré de l’album. On sait tellement l’amour que porte le créateur pour sa créature. Le gag avec la baleine, par exemple, est superbe d’humanisme.
Au-delà de ce plaisir coupable, on sent bien la récupération. La preuve est sur le format des planches tout riquiqui sur page. Elles étaient prévues pour être publier dans un journal et ne conviennent pas à un album. Et ça fait mal aux yeux. On ne profite clairement pas du dessin. Et ça c’est bien dommage. Si je ne relis jamais cet album, c’est à cause de cela.
Mouais ….
D’une structure classique sur 2 tomes, je m’attendais peu à un virage à 360 degrés sur le dernier. Mais qu’au moins le final soit construit de logique, cela je l’espérais. Et, bien, non…Là c’est plutôt l’incompréhension qui s’en dégage.
Le héros devient donc le nouveau dirigeant de la secte ? Pourquoi faire ? Y a -t-il besoin de quelqu’un à cette place puisque tout est faux dans cet utopie-là ? Que va-t-il faire à la place de l’ancien ? Pour les mêmes discours, les mêmes ambitions, des appels enregistrés ne suffisent-ils pas ? Et l’héroïne…Comment devient-t-elle si bête désormais ? Le personnage qui était ce vent de liberté et de destin, la voici devenue amoureuse transie avec un qi de moule ? Bref, on ne comprend rien. Le final est un pétard mouillé. Rodolphe a loupé le coche. La conclusion sonne creux, pire sonne sans enjeu.
Dommage, les dessins de Griffo, eux, sont toujours aussi classique et réussis
J’aime cette période Fournier pour sa bonhommie, sa gourmandise des choses simples et volubiles mais aussi par son trait glouton et son appétence à construire de l’action. Dans les opus précédents mais aussi suivant, c’est sympa. Ça se lit avec un plaisir véritable mais cet opus-là est différent car il est plus personnel.
Fournier est Breton et construire une histoire dans sa région est gage de plus de truculence et de sincérité. Ici il nous peint des hommes en osmose avec ses traditions et ses légendes. Fournier est un indécrottable babacool à la soixante-huitarde déclarée. Il ose, ici, faire de la politique en exprimant bien le fait que le nucléaire, c’est caca. Fournier est un antimilitaire patenté. Les forces de l’ordres sont à hurler de rire de bêtises.
On peut être contre ces propos. On en a le droit. Je ne regarde personnellement pas ça. Que me propose Fournier ? Une histoire ou il ose personnifier son propos, il ose identifier son histoire. Et, on peut dire ce que l’on veut, ça fait une narration qui a plus de chien, plus d’épaisseur, plus d’identité.
Oui, cet opus est le plus réussi de sa période. Même la Renault 5 a tellement d’allure qu’elle peut faire la nique à la Turbotraction. C’est dire, combien il y a du Fournier dans toutes les planches. Et c’est drôle, tellement. Fournier m’a beaucoup fait rire sur son antimilitariste (les flics qui recherchent la voiture) et sur le personnage du directeur de la centrale. L’Ankou, lui, est irrésistible.
Bref un merveilleux bonbon tout doux qui, parce qu’un peu plus acidulé que d’habitude, est bien meilleur que les autres.
Daredevil se cogne avec Ultron dans le 1er épisode et le fils du diable dans le second. Ce n’est pas rien, tout de même. Il est en compagnie d’inhumains qui se cognent tout autant. Cela pourrait être vu comme du bourre-pif interchangeable entre épisodes de super héros ? Il n’en ait rien. C’est vachement bien.
Parce que le dessin de Romita Junior est iconique au plus possible. Superbe, mirifique, cabalistique. Il est en harmonie avec le texte quasi spirituel, mystique de Ann Nocenti. Tous les deux jouent la carte du mystique. Et à l’ancrage, Al Williamson fait un travail superbe.
Il y a une profondeur doctrinaire dans les 2 épisodes qui porte, à la lecture, une intensité plus importante que les simples scènes de mandales. Et par cette doctrine sur la perfection et le mal absolue, tous les personnages se positionnent avec leurs propres humanités (même les clones et les robots).
Le kif total
On ne peut dénier une vraie sincérité dans la démarche de Fabien Toulmé que je découvre par le biais de cet ouvrage. L’avant-propos, en cela, est déjà en soit une histoire vraie qui m’a fasciné. Comme toujours, sur 6 histoires, on va faire un classement des préférés au moins aimés.
Personnellement, « le cœur et la vocation » est mon histoire favorite. C’est la plus heureuse, la plus pugnace, celle qui a le plus résonné en moi. Une simple histoire d’amour si belle me convient parfaitement dans la thématique de l’inoubliable.
Les plus matures sont forcément la 1ere et la dernière. La maison d’édition a judicieusement positionné les histoires. Le restant est assez oubliable en fait.
Comprenons-nous bien. Que ces histoires soient inoubliables pour les protagonistes, c’est une évidence. Mais est-ce que cela fait une bonne histoire à raconter ? Pas forcément. De plus, cet opus propose plutôt des témoignages de vies entières. Des vies entières sur lesquels l’album va trop vite. La 1ère et dernière histoire méritent à elles seules deux albums entiers.
Question dessins c’est sympatoche. Ça fait le taf.
Tout comme l’album qui est très sympathique aussi.
Bon. Je n’ai pas ri. Rien de rien. Pas le brin d’un sourire. Que dalle.
Désolé, j’aurais dû prendre, pour quelques euros de plus, un Riad Sattouf. Je comprends qu’on ne fait pas rire les gens tout le temps, qu’il est difficile de se renouveler après 40 bouquins. D’habitude j’adore les histoires complétement connes de Fabcara, mais, là, rien, que dalle.
La faute à ce non-sens qui ne change pas d’un iota de thématique, à un non-sens qui n’est que cela ? Qui ne nous offre pas un peu de poésie absurde, un peu d’éclat stupide ? Un peu de philosophie sans y prêter gare ? Il n’y a aucune double, triple, quadruple lecture de cette histoire qui raconte la même chose pendant 46 planches. Le seul truc drôle est le titre.
Dommage, L’auteur avait fait un petit effort au dessin.
Le Marsupilami est une bête. Violente, agressive, frénétique et sauvage. Les 1ères planches sont d’ailleurs dignes d’un déroulé horrifique. Le Marsupilami est une bête dans un monde violent d’après-guerre ou des gosses tondent d’autres gosses, des femmes injurient d’autres femmes, ou il attaque et mord parce qu’on l’attaque et on le mord. Le monde de Franquin est très loin. Zidrou offre une réalité bien palpable d’une Bruxelles à l’agonie ou les forts méprisent les faibles.
Pé dessine incroyablement ce monde terne dans un ocre oxydant et pluvieux de boues. Le curieux format permet de mettre en avant l’incroyable travail de l’illustrateur. Mon dieu que c’est beau ce monde sale ! Et si l’histoire possède quelques lenteurs narratives et quelques ventres mous, c’est, je crois, pour permettre à Pé d’avoir de la place pour nous démontrer tout son génie du trait.
Cet opus est tranchant. Le contrepied est tel qu’il peut estomaquer. On est si loin de chez Franquin. Mais ces coups au ventre permettent une lecture qui étonne et qui est loin d’être confortable. Toute cette méchanceté est si difficile à lire, si injuste….
Pour le second tome, on espère évidemment que les gentils vont gagner et les méchants vont perdre. On espère surtout que notre marsupilami deviendra notre marsupilami à nous. Sans cela, cela risque d’être compliquer d’aimer le parti-pris. Zidrou ose. Il ose même beaucoup.
Un vrai conte à la Dickens dans le plat pays.
Ceci est l’histoire d’un fils avec son père dans un lieu clos (la cabine) et des paysages magnifiques (les routes) d’une partie de l’Europe. Ceci est l’histoire d’un môme qui va grandir d’un coup sans pour autant devenir adulte (et c’est très bien ainsi). Ceci est l’histoire d’un père qui croyait l’être et qui va le devenir vraiment. Ceci est l’histoire de routiers qui, ensemble, sont des machos pur jus ou encore homophobe à fond mais que, séparément, c’est forcément plus compliqué que ça. C’est l’histoire de gars qui se monte le bourrichon en groupe mais qui sont surtout des pères responsables, des maris aimants, des gars plus tout à fait jeunes. C’est aussi l’histoire de prostitués larguées sur le bas de la route, des révolutionnaires qui ont peur de retourner chez papa et maman….
C’est un magnifique road trip qui ne raconte pas grand-chose et tellement à la fois. La grâce de l’œuvre est dans tous ses personnages écrits si finement, si sensiblement avec un tel amour d’écriture. De vrais humains qui aiment d’autres vrais humains. Marzena Sowa construit une narration avec une telle délicatesse que chaque moment simple de vie sont des moments intenses de lecture. J’ai été touché par chaque personnalités, par chacun des destins.
Du côté dessin, la fausse naïveté de Delinte marche particulièrement bien. Sa finesse enfantine s’efface devant la finesse de l’histoire. On sent de l’amour, partout, et le dessin apporte cela aussi. Hélas, Delinte nous offre parfois des cases de superbes panoramas que l’on peut rencontrer sur la route et ce trait plutôt espiègle ne marche pas dans ces situations. Une superbe vue ne se résume pas si facilement.
A part cela, quel pied ce road trip !
La guerre des étoiles (35ème épisode) Georgio Infantino et Gene Day sont toujours à la plume. Les cadrages sont classiques et ça manque d’iconiques, de visuels qui dépotent. Les sabres lasers sont quand même très cheap et les vaisseaux spatiaux sortent d’une production italienne. Mais bon l’action est là et les couleurs sont flamboyantes. On attend le duel entre Luke et son papounet au prochain épisode.
Machine man (11ème épisode) est le meilleur arc narratif du périodique. Sal Buscema est un dessinateur mastoc et carnassier. Son Hulk est terrible. Et ça se castagne avec classe jusqu’à la destruction d’une ville ? Ici ça ne fait pas semblant, ça ne rigole pas, ça se met sur la tronche. Et les raisons de la baston sont, certes facile, mais plutôt bien foutu. Et les dessins sont iconiques.
Chez Mikros, ça dépote. Crabb a pris cher, Salterella est toute grise canon de colère et on a un vrai méchant qui a un vrai enjeu. Ça change et c’est tant mieux. Bref ça se bastonne dans le couple et les dessins sont super et Mitton s’amuse toujours autant et nous régale de simplicité toujours autant.
Dazzler, elle, pique les yeux. Les dessins sont tout pétés. C’est triste et, forcément, on suit l’histoire, avec difficulté. Dazzler, pour une fois, se débrouille toute seule pour tataner la gueule à des méchants et construit une indéfectible amitié avec son patron pour lui avoir sauvé la mise. Sympa.
1982, On a montré à Jeannot des document secrets ! Celui du projet d’un grand prix de F1 dans Paris. Jean en a plein les mirettes et rêve, comme beaucoup, que cette folie se fera. Peine perdue, ce ne sera pas le cas. Trop de variabilités en termes de sécurité, trop de coût financier prohibitif sur l’asphalte…etc.
Peu importe, Jean Graton le fera dans un album dont la course rêvée sera le personnage principal. Et c’est carrément chouette à la lecture pour celles et ceux qui aiment la série.
Et puis il y a forcément une intrigue sous-jacente. D’habitude, celle-ci n’est qu’un prétexte et le méchant est un méchant parce qu’il juste pas gentils. Dans cet épisode, l’intrigue est, un tantinet, plus intéressante puisqu’elle impacte le couple de Michou avec Françoise ce qui fait qu’on revoit Françoise (cela faisait longtemps !) et qu’on entraperçoit la vie intime voire sexuelle de Michel. Parce que Michel a couché avec sa secrétaire !!! Eh oui Messieurs-dames ! Bon c’était avant le mariage d’avec Françoise mais, tout de même, l’information est truculente !
Plus sérieusement, Jean Graton prend un peu de temps pour raconter les états d’âmes de chacun et chacune qui vivent ce chantage. Et ça, c’’est pas mal aussi de ressentir tous ces moments de doutes comme dans « Série noire ». Cela faisait longtemps et Françoise est plutôt traitée avec beaucoup d’humanité. C’est un beau personnage dans cet opus.
Hélas la conclusion de tout cela est très abrupte et très expéditive. Cela méritait plus d’attention narrative. Dommage.
Un drôle d’opus que celui-ci et qui m’a étonnement réjoui. Car, cet épisode est tout de même un hors-série d’une série « spin off » qui raconte Spirou et Fantasio vu par des auteurs qui possèdent des univers propres. Et cet hors-série offre une nouvelle fois un univers propre. Alors pourquoi n’intègre-t-il pas la numérotation normale ?
Bref :
J’ai adoré le dessin curieusement. Parce qu’il y a beaucoup de gags visuels en second plan, parce qu’il est bougrement moderne tout en singeant parfaitement l’ambiance des années 80, parce que c’est chouettos que ce dessin plein d’énergie et d’actions. Certes, ce genre d’ancrage épais et ces profils taillés à la serpe ne sont pas ma came d’habitude mais, là, ça fonctionne plutôt bien.
J’ai bien aimé le déroulement de l’histoire. Là encore plein de gags (pas toujours drôles et d’autres fois hilarantes, il y en a pour tout le monde) et d’actions avec des personnages savoureux même si assez caricatural. Rien d’extraordinaire mais sympa comme tout.
Sauf qu’il y a la fin et ça change tout. Car les auteurs assument l’uchronie jusqu’au bout et, là, c’est franchement épatant. Certes c’est une satire et certes les partis pris pourraient ne pas plaire. Mais moi j’ai adoré. L’idée du plan du méchant pour détruire (transformer) le monde et qui va jusqu’à son terme, avec juste une réadaptation des héros pour éviter le moins pire, est génial ! On voit donc enfin ce qui se produit quand le méchant gagne. Et ça part en cacahuètes, c’est sûr, dans tous les sens aussi et surtout c’est très détonnant à la lecture. Neidhart s’en donne à cœur joie et nous régale.
Je l’adore tout particulièrement celui-ci parce qu’il résonne tout particulièrement. Car, si je vous dis « James Bond¨ », vous ne voyez pas la référence ? Je rajoute « Goldfinger » ? Vous ne voyez toujours pas la référence ? Voilà, ça y est. Fort Knox et incognito ville, même combat, on est d’accord ? Et si je vous dis que la BD a été publié en 1958 (avec des épisodes dans le journal Spirou, l’année précédente) et que Goldfinger est sortie en 1964…Et que, donc, Brocoli ou Hamilton sont forcément des lecteurs de Spirou tellement que le Plagiat est flagrant. Personnellement, moi ça me fait rêver que 007 lise du Spirou.
Alors, oui, la BD est fun, drôle, sur les chapeaux de roues comme toujours et le scénario est inventif puisque on a repris l’idée, 4 ans, pour l’un des meilleurs de la saga 007. Alors, oui, le dessin est magique, superbe et se trouve être au service de l’histoire.
Et, oui, c’est un véritable festival Marsupilami. Il est le personnage principal. Il est de tous les ressorts de la narration, fait partie ou construit toutes les drôleries qui, moi, m’esclaffe toujours (la toute dernière planche, mais quel régal !). Quel merveilleux personnage ! Quelle trouvaille ! Quel foisonnement d’étonnement et de joyeuseté !
Un excellent opus.
Dans ce second opus, la truanderie le plus crade prend de la place. Lehman prend son temps pour mieux nous faire connaitre et comprendre chacun des personnages (ils sont nombreux). Et chacun, à la lecture, est palpable épidémiquement. On connait avec précision chacune des lignes directrices, chaque chemins pris par les uns et les autres. Ils sont rarement beau, presque toutes et tous cradingues. Et toutes et tous vivent dans une solitude abyssale de part leurs chemins pris. Seule, une jeune femme en vacances veut connaitre l’amour. Son père visiblement foutrement tout en l’air par le biais d’une sorcellerie. La seule et unique de tout le tome.
Lehman conforte son statut de grand narrateur. Saint Elme est désormais un purgatoire. La lecture est faite de constance et de construction méthodique avec des ressorts d’une grande violence, qui soulève le cœur. Il n’y a rien de confortable dans cette histoire. On ne lâche rien, on veut en savoir plus, on compulse les planches avec frénésie.
Pourtant, il ne faut pas. Ce serait dénigrer le travail fabuleux de Peeters. Jouant moins avec les couleurs criardes cette fois-ci, il utilise tout de même toutes les palettes possibles pour sublimer l’intimité des scènes barbares, des tensions psychologiques et des décors de l’île. Son travail privilégie l’oppression de l’intimité, les interactions entre personnages.
Car la qualité première de cet opus est justement cela : l’interconnexion des personnages bougrement bien écrit.
Certes Jean Van Hamme joue un peu trop la carte du « C’est magique » pour construire ses ressorts scénaristiques. Lorsque Jolan retrouve son père enfermé dans le labyrinthe, c’est pousser un peu le bouchon un peu trop loin question ésotérisme. C’est, comme lorsque Aaricia laisse son fils loin d’elle tout à la fin de l’histoire alors qu’elle est prête à assommer l’homme de sa vie pour aller le chercher…on a trouvé mieux comme ressort d’étonnement. C’est carrément capillotracté. Jean Van Hamme abuse un peu trop des twists un peu too much pour intensifier la lecture.
Il n’empêche :
Jean Van Hamme construit un antagonisme absolue incroyable dans le calcul, la bassesse, la logique pure et le raisonnement cartésien en la personne de Shardar. Il est d’ailleurs le protagoniste principal de l’histoire et toute la narration raconte tout le manichéisme et le machiavélisme de son plan. Et, là, les surprises sont totales car d’une logique crasse et indéniable. Tous les autres personnages ne sont que des pions qui racontent si bien son règne. Shardar est un digne représentant de la politique du roi soleil et de sa cour. Une cour en décrépitude, un royaume qui est allé au bout du bout de ce que peut être la tyrannie jusqu’à son inexorable déclin. Shardar, d’ailleurs, décapitera cette cour mortifère. Toute cette structure fait que cet album est génial de bout en bout.
Et, en plus, Rosinski, comme toujours, propose un visuel admirable, des couleurs magnifiques et un dessin qui sublime le propos dans chaque planche, dans chaque case.
1 des plus beaux opus de la série. Peut-être même le plus réussis, le plus allégorique et qui d’ailleurs a obtenu plusieurs prix en son temps.
L’œuvre de Van Hamme raconte la mort et toutes ses turpitudes, toutes ses vanités, toutes ses purulences. La quête de Thorgal et de Shaniah n’est qu’un long périple autour des péchés de l’humanité. Cette quête est d’une beauté visuelle véritable. Rosinski nous offre toutes les palettes de son talent au travers de cet autre monde où se décide la vie et la mort. Van Hamme nous propose sa vision de ce qu’est la mort et, après 40 planches d’une odyssée superbe, il s’amuse à jouer le hasard.
Et Van Hamme nous propose aussi un personnage secondaire qui restera dans les mémoires : Shaniah. Cette petite de 17 ans aura toute la complexité de la naïveté autant que la maturité. Elle sera le destin dans toute s splendeur. C’est par elle que tout a été détruit et c’est par elle que tout peut refleurir. De tous les personnages de la saga, c’est elle qui m’aura le plus marqués. Rosinski, d’ailleurs, la dessinera merveilleusement. Par sa plume, elle sera tout à la fois. Elle sera surtout, dans sa beauté jouvencelle, celle qui sait que tout est fini lorsqu’elle prend la décision que Thorgal n’aura pas su prendre.
Pour moi, l’un des plus beaux albums de la saga mais surtout de tout ce que j’ai pu lire.
Cet album est le second d’une trilogie. Le prochain tome sera le final de l’histoire.
Notre Super groom passe désormais pour un crétin pour l’ensemble de la communauté des super héros du monde. Malgré tout le voici dans un tournoi international après avoir été kidnappé. Seccotine devient…Super Glue (sérieux ???) et même Fantasio se nomme Fantastik (un autre super héros…) Et personne ne sait qui et qui. Fantasio d’ailleurs est une baltringue de première catégorie à ce sujet.
Ça va se bastonner grave. Ça va se faufiler sous la mer, dans les airs, dans les iles. Ça sort un pognon de dingue et impossible de savoir qui est à la tête de ce tournoi ? Sérieux ! Bref rien ne va dans cet opus question narration. Vehlmann veut mettre du sens dans son n’importe quoi ? C’est justement parce qu’il essaye d’en faire que cela ne marche pas. Mais comment Spip peut, en une seule case, aller d’une cave à Bruxelles à une station sous-marine, par exemple ? Et le problème, c’est que des incohérences, il y en a 13 à la douzaine.
Bref, autant j’avais aimé un superhéros dans Bruxelles, autant là, je ne comprends pas pourquoi on essaye de lui donner une notion internationale. Surtout que les autres super héros, je n’en connaissais pas la queue d’un bout d’un… ce qui ne facilite pas l’empathie dans ma lecture. Seul, l’épilogue peut me donner l’envie de lire le 3ème opus, car, lui, donne un enjeu qui donne envie.
Question dessin, faut aimer et ce n’est pas ma came…mais question action Yoann connait son affaire et ça déchire.
Après 3 tomes qui prouvaient le talent des auteurs mais remplient de facilités scénaristiques et de trames assez conventionnelles, voici la 1ère des histoires qui défonce sa race !
D’abord tout se tient avec une rare pertinence, chaque ressort narratif, chaque virage émotionnel font sens. Il n’y pas une ombre, un hasard heureux. Van Hamme tient sa trame avec un savoir-faire époustouflant. Il rajoute à cela des effets émotionnels qui bouleversent, des destructions qui submergent. Enfin Van Hamme brosse tous les personnages avec un talent fou. Iarl Ewing, le prince Veronar, Caleb…Tous racontent avec caractère un archétype parfait de seconds rôles. Et Van Hamme nous emporte dans les vents de la plaine comme dans le huis clos d’une galère avec un talent fou.
Et il y a bien sur Shaniah
Elle est le cœur même de la destruction et Rosinski la sublime dans un trait superbe. Cette jeune fille de 16 ans est tout à la fois sous le crayon de Rosinski : sublime, naïve, enfantine, succube et le mal incarné. Elle est tout cela dans les planches magnifiques du maitre génial. Car il sait tout dessiner : l’ambiance brulante des cales d’une galère, un village prospère et chaleureux, les vastes vallées et l’océan à perte de vue. Sublimissime.
Ceci, d’ailleurs, et le début d’une histoire en trilogie (« La galère noire », « Au-delà des ombres » et « La chute de Brek Zarith ».
Avec un 1er tome qui posait sagement et parfaitement les bases, voici un second qui construit une continuité tout aussi malaisante. Cet utopie-là pue et pas qu’un peu. Il suffit pour cela de suivre le reconditionnement du personnage principal pour le constater. Personnage principal qui se fait bringuebaler entre les autorités et les résistants et qui n’a pas le moindre engagement de sa part. Alors pourquoi lui ? Pour l’instant, on n’en sait rien.
Tout est affaire de pilule et de traceur et d’inhibiteur tout comme Matrix et tous les autres univers de ce type au cinéma et littérature. Bref, et malgré quelques surprises narratives qui donnent du corps à l’intrigue, il n’y a rien de neuf au soleil. Rodolphe maitrise son sujet, (ah, ça c’est sûr !) mais un peu d’éblouissements n’aurait pas fait de mal.
Griffo est lui aussi dans le classicisme le plus classique et remet une copie sans faute. Mais là encore, j’aurais préféré un peu plus d’âme et un peu plus d’ambiance qui nous immergerez dans cette utopie là.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cet opus n’est pas le tout 1er de Christin et Tardi. Valérian, la croisière des oubliés existent déjà et «la véritable histoire du soldat inconnu » aussi. Et déjà Christin et Tardi avaient déjà prouvé leurs savoir-faire et leurs talents. Et ce n’est pas avec cette histoire qu’ils le prouvent vraiment. Oh que non.
Christin construit une histoire sans enjeux, qui se veut drôle et qui ne l’est pas, avec un petit peuple de légende qui fait la nique au capitaliste en plein Aveyron. Et rien ne va. Le petit peuple est d’une totale immaturité, les capitalistes sont là pour ne prendre que des coups de pieds au cul. La construction narrative est d’un vrai amateurisme avec ce besoin toujours de mettre bien en avant le sens profond de la vie. Et on s’ennuie ferme dans ce mélo idéologique de soixante-huitard.
Tardi maitrise évidemment son noir et blanc à la perfection. Il y a des planches superbes mais aucun mouvement, pas de rythme dans les cases et parfois même des gribouillis qui font un fond de décor.
Bref, rien ne va. A lire uniquement pour les amoureux de Tardi et de Christin tel que moi.
Et si le sentiment d’insécurité, exprimé si souvent par nos médias d’aujourd’hui, existait dans notre société française depuis 1907 ? C’est en tout cas ce que nous raconte ce one-shot d’une efficacité redoutable.
Au travers de l’affaire Soleilland ou 1 homme a tué et violé une enfant nommé Marthe (et qui a eu droit à une chanson sur sa mort violente) Sylvain Venayre monte un scénario, historiquement exact et narrativement fort pertinent. Car l’auteur, par son travail minutieux, ne cesse de pointer les résonnances médiatiques incroyables entre cette période et la nôtre. Car il y a l’enquête évidemment qui n’en est vraiment pas une (les reporters suivent comme des bons toutous ce que la police veut bien leurs donner à manger dans leurs articles) et des discussions entre protagonistes qui racontent l’exactitude de l’époque dans son besoin de voyeurisme, de raconter le fait divers pour vendre beaucoup et faire oublier les vrais scandales car ces journaux appartiennent à de grands millionnaires.
Et c’est incroyable que rien n’est changé, incroyable que la nature humaine ait toujours autant besoin de sang. Cet œuvre qui va à cent à l’heure dans son narratif philosophique comme sociétal nous le raconte avec une grande maturité et sans être donneur de leçon. Elle ne fait que constater par les nombreuses preuves factuelles. Ils étaient presque 100 000 personnes à l’enterrement de la petite Marthe.
Le dessin d’Hugues Micol est une vraie réussite. Surtout dans sa couleur et le choix de faire souvent des doubles pages silencieuses pour que vivent en grand le Paris de 1907.
Voilà une petite pépite qui vous fera bien réfléchir sur notre société actuelle.
Voilà une sacrée bonne idée de départ : Un parc d’attraction obsolète, des robots samouraïs et un enfant qu’il faut sauver. Simple et efficace, Sylvain Repos traite son sujet avec une vraie pertinence en privilégiant la quête plutôt que l’univers. Car on ne sait rien ou presque de cette société, visiblement, dictatoriale. On ne sait pas pourquoi elle l’est, pourquoi le père a été assassiné (une scène d’une crudité et cruauté incroyable) et pourquoi on veut tuer l’enfant. Il y a en effet un autre personnage derrière tout cela mais tout est en hors champ et c’est très bien ainsi.
L’auteur suit l’enfant et les robots, leurs constitue une humanité ainsi que du ridicule comme de grandes techniques de combat. Cette équipe iconoclaste traverse un univers fait de trouvailles foisonnantes. Ce 1er tome est d’une inventivité folle ! Et il n’est pas volubile. Ce 1er tome est également prolixe en narration visuelle silencieuse qui raconte tant. On sent d’ailleurs les inspirations de l’auteur vers Leone et Kurosawa.
Et j’aurais pu être rebuter par le visuel manga (ce n’est pas ma tasse de thé) mais l’auteur rajoute du franco-belge même s’il utilise avec talent toutes les techniques du Manga dans les scènes d’actions.
Bref, ce 1er opus est une vraie réussite. On espère vite à lire la suite !
Gess, tout seul, construirais-t-il son chef d’œuvre dans cette série ? Ce n’est pas loin quand même. Et, d’ailleurs, Delcourt pense le croire en nous offrant un très bel objet.
Car, d’abord, c’est un bel objet de collection, avec cette tranche en tissus, la qualité des bordures et la taille du format. L’objet déjà raconte quelque chose comme un vieux livre qui propose un témoignage unique. Même les pages sont délavées, trempées de couleurs bleuâtres offrant un objet qui a vécu et prit l’eau au fond d’une cave.
Gess, lui, décide de ne pas utiliser de règle pour dessiner ses cadres ce qui donne des planches qui oscillent dans la folie, le rêve, l’a peu prés. Et c’est beau comme ces couleurs en aquarelles, ces images dont les traits vont à l’essentiel de l’icône, dans une ambiance parisienne tout en ocre et légende urbaine. Sublime.
La narration suit un personnage d’une grande profondeur et Gess prend le temps de nous le raconter assassin froid, amoureux de poésie, homme simple qui fait du bien autour de lui. Gess nous permet de longues scènes autant vives que contemplatives pour nous présenter tous les personnages avec raffinement.
La structure est, quant à elle, assez commune mais très efficace d’onirisme, de glauque et baroque et d’actions autour d’un personnage qui désire se découvrir. Et la lecture est particulièrement immersive autant dans les scènes réelles que celles allégoriques des rêves.
Je regrette juste que les explicatifs sur le passé de Babel soit, parfois, liés à des hasards heureux de rencontres de personnages qui, ça tombe bien, passe par là par hasard.
A part ce petit défaut, ce 1er tome est une réussite d’immersion, d’allégorie et d’actions.
Madeleine de Proust (encore!)
Il est rare que ce soit 2 femmes qui illustrent 2 comics sur 4 dans un périodique des années 80. Et c’est vraiment à signaler dans ce monde de mâle.
Chez Alpha Flight, c’est June Brigman qui débute sa carrière. C’est plutôt chouette mais peu iconique et assez plat. L’illustratrice démontre qu’elle a un grand talent mais est en phase d’apprentissage. L’histoire, elle, sort direct d’un nid de coucou. Le vol des protagonistes dans le schizophrène et le bi polaire rend un peu dingue. Ils sont tous pété du bulbe dans cette équipe et ça se bastonne entre eux. Le hic, c’est que je ne comprends pas les interconnections entre eux. Dommage. C’était une belle promesse émotionnelle que tant d’instabilité au cœur d’une équipe de super héros.
J’adore le début du nouvel arc narratif chez Spiderman. Un père violent et largué travaillant pour la pègre, des enfants qui tentent de sauver leurs peaux, une maman qui voit des ombres, protectrices et peut être folle vraiment…et un Spiderman hors de ses sentiers battus. Il y a le lugubre du propos, le glauque de la narration. Et cela change tellement des arcs narratifs habituels de ce super héros. Et j’adore aussi les dessins de Cindy Martin qui est, également, iconoclaste et différent de ce qu’on regarde d’habitude.
Ça se bastonne chez Iron Man, avec un wokiste bodybuildé (sisi, je vous jure !!) au début puis avec le fantôme ensuite (c’est la fin de l’arc narratif le concernant). Rien de bien neuf au soleil à part que c’est efficace et bien dessiné. Bright et Layton savent y faire.
John Buscema est au crayon et Tom Palmer à l’ancrage pour les Vengeurs. Et ce binôme fait un très bon travail à l’ancienne qui, perso, me plait beaucoup. Roger Stern, lui, nous raconte les super héros de l’équipe avec des petites histoires entre eux bien sympatoche aussi. Et, il change de base secrète…A part ça…rien de plus.
Journal d’Italie pas du tout en Italie. Puisque l’auteur raconte son Japon à lui (en 2005) par le biais une nouvelle fois de multiples petites histoires.
David B. est moins bon. Dans le 1er opus, le plaisir était vraiment dans la narration de petites histoires (vrais ou fausses…peu importe). Ici, il se perd dans l’explicatif des fantômes. Quelques histoires sont charmantes certes mais ce côté scolaire construit quelques ventres mous.
De plus, David B. est un merveilleux dessinateur. Faussement naïf, son trait est allégorique parfois même iconique, burlesque, tout en mouvement et baroque. Perso, j’adore. Sauf que là, j’ai l’impression qu’il se sert de son narratif pour pouvoir dessiner tous les fantômes qu’il a envie. La narration n’est plus alors qu’un prétexte au dessin. Ce qui, une nouvelle fois, fait perdre le plaisir de lecture bien que le plaisir visuel soit total. Mais une BD est d’abord un art pour raconter une histoire et non un dessin.
Dommage….
Nous sommes en 1945. Les personnages que nous avons tant aimés où détester dans leurs profondes humanités et leurs failles ont connu la guerre. Et les revoici après l’enfer, ou presque…Car beaucoup manque à l’appel et ce second tome raconte plus les absents que les présents, narre d’avantage le hors champ que la case. Et c’est, pour moi, ce qui fait toute la réussite de cette conclusion. Raconter les absents sans savoir vraiment qui ils étaient et ce qu’ils sont devenus. Ce tome raconte l’absence mais aussi la lâcheté, les faux semblants, les perceptions des uns et des autres toujours fausses. Car la guerre est passée par là. Car la guerre a révélé les femmes et les hommes de ce récit dans tout ce qu’ils avaient de meilleurs ou de pire.
Warnauts et Raives racontent avec brio l’humanité, les petites histoires qui font la grande. Le personnage principal est le seul qui n’a eu aucune révélation sauf celle peut être de sa profonde lâcheté alors qu’il avait tant été véhément dans le 1er tome. Et on suit, au travers de son regard fuyant, la destinée de tous les autres (présents comme absents). La narration est d’une grande pertinence.
Même le graphisme me plait. Peut-être justement le temps de planches silencieuses qui racontent tant. Ce blanc maculé qui illumine des paysages magnifiques. Et même si j’ai toujours quelques difficultés avec cet ancrage presque inexistant, je trouve les planches très belles.
J’adore Warnauts et Raives. Lou Cale et le Congo ainsi que des one shot dans « à suivre » ? La régalade.
Ici, nous sommes en 1938 dans un endroit paumé de Belgique ou un frérot rentre au pays de la colonie. Bien sûr il y a un triangle amoureux lié au passé, une Madone superbe qui a quitté la guerre civile d’Espagne, un curé qui n’en à cure et se donne le rôle de témoin. Et forcément, il y a le fascisme ambiant qui s’imprègne partout jusque dans les moindres recoins.
Les auteurs construisent un 1er épisode solide avec de beaux personnages. Et, dans ce trou paumé, on peut ressentir avec délectation narrative l’histoire de le Belgique tout entière. C’est justement parce que c’est un trou paumé que les interactions entre personnages sont bougrement efficaces avec, en toile de fond, la folie furieuse de l’avenir.
Du côté du dessin, je préfère nos auteurs avec des couleurs en aplat. Ici, cette tentative de couleur directe n’est pas à mon gout. Trop blanc, trop d’ancrage effacé, trop d’ombres colorés…Parce que sinon, comme toujours, les planches sont pertinentes à la narration.
Un bon 1er tome qui donne bon espoir pour le second.
Runberg maitrise son scénario. Il n’y a aucun doute là-dessus. De facture certes classique, il est haletant. Chaque scène fait évoluer la narration mais aussi l’ambiance. Il n’y a pas un élément qui ne sert à rien, pas un dialogue inutile. On ne traine pas et ça file à tout berzingue. Bien sûr, les enjeux sont assez communs mais ils s’emmêlent parfaitement les uns aux autres. Et il y a du polar là-dessous.
Pelé dessine merveilleusement. La série Orbital est unique dans l’identification visuelle. Et c’est un visuel immersif qui fera, sans aucun doute, la force de la série.
Reste que les personnages principaux sont bien brossés. Mézoké tout d’abord qui donne tellement envie d’en savoir plus. Et si Caleb est encore un peu inconsistant (il est surtout le regard du lecteur qui découvre encore l’univers), il y a Angus qui, elle ou lui, intrigue incroyablement.
J’ai hâte de connaitre la suite.
Voici un 1er tome de très bon augure !
Car, du côté des dessins déjà, c’est franchement de la bombé bébé. L’univers est immersif dès les premières planches, la couleur grise de notes grisées dans une texture si vaporeuse offre toutes les caractéristiques d’un monde à part et unique. Pellé a un talent fou sur le détail et les peuples extraterrestres. C’est plus que du plaisir visuel, c’est un plongeon dans un ailleurs. Même les visages des humains (bien plus naïf dans leurs physionomie) racontent quelque chose d’autres. Orbital est déjà différente, en cela, des sagas souvent interchangeables dans le 9ème art. Tant mieux.
Runberg pose les bases de sa série dans ce 1er tome. La charpente est solide. Elle n’est pas exceptionnelle dans sa structure. Bien au contraire. Runberg utilise plusieurs thématiques de scénarios maintes fois déjà usés. Mais il le fait bien et c’est déjà ça. Petit désappointement tout de même: que les êtres humains soient les seules sales cons de la galaxie m’a un peu houspillé. Certes les autres races en ont quelques-uns aussi de défauts Mais ça n’a aucune commune mesure avec la race humaine. Pour moi, ce parti pris est un peu trop.
Mais, à part cela, le plaisir est là. Du bel ouvrage donc. Peu d’étonnements certes mais un vrai désir d’en savoir d’avantage et vite. Et ça c’est très bon signe.
Deux aventures encore et curieusement la seconde est meilleure que la 1ère (qui est pourtant le titre de l’album)
La 1ère aventure, c’est « Gorille dans la brume » à la sauce colonialisme 1959. Tout de suite mettons de côté notre œil d’aujourd’hui sur un album de 1959, belge de surcroit avec sa fierté de Congo Belge. Oui, ça sent le suprématiste blanc et, oui, les « p’tits nafricains » parlent en « Nafricains » avec des lèvres bien grosses et roses. Certes Spirou et Fantasio restent profondément humanistes mais ne s’inquiètent que modérément de la disparition d’un des porteurs. Toutefois, ne taxons pas Franquin de quoi que ce soit. Il suffit de relire « les Idées noires » pour se rendre compte de l’incroyable humaniste qu’il était… Il n’empêche l’histoire est de bonne facture. Sans être haletant, il se lit sans déplaisir. Même si les passages avec le Marsupilami sont, eux, parfaitement sublimes de drôleries. Question dessin, c’est superbe avec mention spéciale pour les premières planches dans la ville de Belgique.
La seconde, elle, est irrésistible. On pourrait l’appeler « Spirou et les voitures ». Franquin s’en donne à cœur joie dans l’urbanisme des villes mais aussi les bagnoles rutilantes. Franquin aime les voitures et nous en mets plein de mirette de carlingue. De plus, il y a une vraie drôlerie dans cette palanquée de personnages tous plus croquignoles les uns que les autres. L’histoire est simple mais les ressorts sont tellement drôles et tellement vrombissant d’énergie ! En plus, il y a Gaston qui passe deux fois sa tête pour faire des siennes…Perso, je n’en demande pas mieux !
Le travail de Lehman et Peeters m’a toujours subjugué.
Et ce 1er tome de leur nouvelle série ne fait pas exception à la règle. Parce que Peeters ose toujours dans son visuel. Ici, et au-delà de sa force de crayon qui est toujours sublime, il propose une saturation dans les couleurs. Et c’est bougrement efficace pour construire une ambiance spectrale au-delà de la légende. Ces saturations permettent d’aller au-delà de l’âme humaine, leurs déchirures, leurs failles mais aussi leurs nihilismes, leurs abyssales désirs à détruire. Des lieux entiers de cette île enclenche ce désir de destruction, de fin du monde. Dès le départ, on ressent l’idée que cela finira mal et que ce mal absolue va vampiriser tous les personnages si bien écrits par Lehman.
Et c’est la seconde force de ce 1er tome : des personnages qui, avec peu, sont identifiables, parfois même iconiques. Les scènes entre eux sont toujours d’une grande violence, les interactions entre eux présument aussi d’une dislocation intégrale dans cette île, si bretonne dans ses somptueux décors et si Bâton Rouge dans sa tradition mythique : L’antre du mal.
D’habitude les 1er tomes de minisérie posent le décor et les personnages seulement. Ici et dès le départ, tout est dynamité…
Quelle claque en préambule.
C’est avec beaucoup d’appréhension que j’ai acheté cette BD. Luz peut être parfois moralisateur et juge. L’homme ayant connu l’attentat de Charlie Hebdo a d’excellente raison de l’être et il a d’ailleurs toute légitimité à l’être. Mais cela ne fait pas forcément de bonnes BD.
Sauf qu’ici, tout est parfait.
D’abord l’art du cadre. C’est au travers d’une peinture que Luz décline son histoire. Et il y a des cadres au-delà du cadre, des jeux multiples dans le gaufrier, des petites histoires qui se racontent au travers de la grande. Une multiplicité de lecture, une richesse qui résonne merveilleusement. L’ambiance des multiples périodes que traversent ces « 2 filles nues ». Il y a des tableaux qui seront brulés et que Luz ramène en souvenir triste. Il y a des hommages qui, comme si de rien n’était, raconte tant. Luz privilégie une narration visuelle à s’y perdre dans les couloirs, dans le noir obscur des chemises, dans les méandres d’un wagon, dans une salle…partout.
Luz choisit aussi la lenteur narrative. Il a raison. Son tableau est un miroir des âmes qui s’ébrouent, gesticulent, se détruisent. On voit passer les gens avec leurs folies, leurs injustices, leurs morts certaines devant ce miroir. Nous sommes alors voyeurs de plusieurs époques qui se déclinent, confortablement installé derrière l’œuvre sur notre canapé. Le lecteur est presque dégagé intellectuellement de tout l’innommable qui se construit face à lui.
Et bien sûr que Luz est juge et moraliste dans cette œuvre. Il a raison encore. Car il a un tel génie à nous avoir mis pépère en voyeur qu’il peut asséner sa pensée avec des symboles rentre-dedans efficace. Et puis il nous prouve que c’est un grand de la BD, qu’il connait les codes de cet art et sait en jouer.
Et puis ça finit bien. Ou plutôt ça fini moins pire que cela aurait dû l’être. Et Luz nous propose enfin une respiration heureuse tout à la fin. Avec cet homme qui regarde l’œuvre durant plusieurs planches avec une multiplicité d’émotion sur le visage, Luz nous ramène à l’œuvre que nous avons suivi tout le long. Une œuvre qui, au départ, n’a été créé que pour susciter de l’émotion….
Voilà t’y pas Dark Vador ? Le méchant pas gentil est tout rabougri car plutôt mal dessiné. Sauf qu’il est bien méchant, tel qu’on le voit dans l’épisode 4 (le 1er pour ceux né en 1975) et, clairement, il nous prépare un plan machiavélique pas gentil non plus…et ça marche plutôt carrément bien ! Etonnant non ?
Sinon Hulk est partout. Chez Machine Man et dessiné par Sal Buscema. Et cet Hulk-là, il déchire visuellement sa mère ! Sal est un génie et peut être celui qui a le mieux illustré notre bonhomme tout vert colère (à l’époque). Et, sincèrement, je me régale de madeleine ! Surtout qu’il désosse littéralement notre Machine Man. Il est aussi chez Dazzler avec qui il se cogne aussi…Bon ce n’est pas hyper bien dessiné. Mais deux Hulk pour le prix d’un à une époque où il pète tout dès que Bruce est stressé…ça me rappelle le bon vieux temps !
Sinon, Mikros démarre une nouvelle aventure. Dès le départ ça file vite. Une question de vengeance, une balle mutante et quelques sous pour revivre dans l’Empire State Building ! Dès le départ Jean Yves nous le fait dans le croquignolesque. Savoureux d’absurdité et de l’énergie à déborder !
Nic et Cauvin, Deuxième La période est bien décriée pour les aficionados de la série. Et malheureusement avec raison.
Explication :
D’abord nos deux auteurs n’ont pas le droit d’utiliser les personnages secondaires, les engins et les zones géographiques et les bestioles de l’univers Spirou. Voilà pourquoi ils tentent un nouvel univers avec de nouveaux personnages. Voilà pourquoi ils doivent reconstruire tout à zéro un univers qui était foisonnant.
Hélas Cauvin s’y prend mal. Ces personnages secondaires sont des placébos plutôt mal goupillés de ce qui fut avant. Assez grossier, plutôt caricaturaux, ils pâtissent de la comparaison.
Ensuite Cauvin construit des ressorts scénaristiques qui ne sont pas piqués de hannetons. Imaginez donc : Voilà une communication visuelle entre deux planètes pour causer à des personnages de tout et de rien. Imaginez un méchant qui picole son café au troquet et qui, par hasard, découvre que nos héros sont vivants alors qu’il ne les avait jamais vu. Et ça continue comme ça tout le long.
Hélas Nic n’est pas un dessinateur et ça se voit carrément. Et Nic pâtit, lui aussi, de la comparaison avec outrance du côté de chez Franquin mais aussi du côté de Fournier.
Ce n’est clairement pas mauvais et c’est même parfois rigolo. Mais on ressent bien que les éditions Spirou ont filé la patate chaude à des auteurs qui ne savaient pas quoi en faire. Et le résultat n’est évidemment pas à la hauteur de l’enjeu.
Construire une uchronie n’est pas chose simple. Cela a tant été fait déjà et souvent avec maestria. Le « Metropolis » de Fritz Lang étant le "Number one" chef d’œuvre de tous pour moi. Dans cette 1ère partie, il y a beaucoup de Métropolis "formule édulcorée sévère". Rodolphe pose les bases de sa narration. Ici nous vivons dans un monde post communisme ou la norme est l’unicité du propos. Rodolphe y intègre d’ailleurs la machine, l’androïde qui est les yeux et les oreilles de cette unicité. Ici, ceux d’en haut sont heureux, naïfs, réglementés et vivent dans une harmonie absolue. Un petit paradis uniforme et aseptisé. Pour ceux d’en bas, bien sûr, ce n’est pas la même.
Et, forcément c’est l’un d’en haut qui deviendra le rouage qui va gripper et c’est, pour sûr, par le biais d’un livre mais aussi une histoire d’amour et de sexe que le rouage va faire couac. Bref, rien de neuf au soleil, mais Rodolphe, en vétéran de la narration, construit son histoire avec efficacité.
Griffo, lui aussi, sait dessiner. Là encore rien de neuf mais le visuel est joli, académique mais joli. Le plaisir de lecture, est bien présent, confortable mais sympathique.
Bref, tout est posé avec pertinence mais sans grande nouveauté. Et j’espère sincèrement que les prochains tomes permettront l’étonnement.
Madeleine de Proust (encore!)
Du côté de la division Alfa de June Brigman c'est sympa sans plus. Le scénario de Bill Mantlo est toujours incompréhensible (trop de références dans trop d’épisodes précédents) mais ça commence à raccrocher les wagons en toute fin de l’épisode. Oh ! Ce ne sont pas les débuts de Whilce Portaccio à l’ancrage ? Cool le début!
Du côté de Spidey, c’est chouette. Le dessin me plait beaucoup. Car Alex Savilik (que je ne connaissais pas) a certes un dessin peu iconique avec des cadrages assez conventionnels mais son trait est fin, précieux. Nous sommes dans la période du costume noir. Et David Micheline nous raconte une belle histoire d’amour et de confiance entre nos deux tourtereaux.
Du côté d’Iron Man, Bob Layton est à la barre. Malgré quelques situations ubuesques, il y a un mort violent, des méchants qui se cognent entre eux et 2 armures. Et c’est un vrai plaisir de revoir l’ancienne armure, celle qui a fait les beaux jours de la série. Une régalade avec de beaux dessins et de beaux cadrages.
Chez les Vengeurs, on est plutôt dans l’introspection, les conversations qui n’en finissent pas avec des réflexions humaines qui font sens. Perso j’aime bien ce genre d’épisodes. Sal Buscema est au dessin. Et Sal est un grand du comics.
Cet album a peut-être déjà l’une des plus belles couvertures de la série. Parce que, dès le 3ème opus de la série, Rosinski rend une copie de toute beauté, bourré de détails et d’ambiance sublime. L’immersion est totale dans ce pays d’Aran. Et si l’on croit si facilement une histoire tant abracadabrantesque, c’est aussi que l’illustrateur est un génie.
Car, du côté de la narration, on se régale quand même à partir du moment où l’on est bon public. Car Jean Van Hamme sait écrire une histoire pleine de punch, de mystères avec des allers retour temporales qui semblent possible. L’aventure est intense sans le moindre temps mort avec un vrai plaisir juvénile à lire de l’héroïque fantaisies sans prétention mais ardant et endiablée.
Parce que tout de même, si on se pose trois petites minutes, on se rend compte vite des facilités scénaristiques. Les 3 clefs qui faut avoir et les protagonistes qui doivent s'attendre. Les concurrents qui sont tous pas gentils du tout. Les 3 portes prises aux hasards et notre héros qui a une chance de cocu pour ne pas mourir aussi sec.
Et Aaricia…Dans cet épisode, elle est conne ou elle est conne ? Malgré un moment de pure intelligence, elle se comporte comme une crétine de 1ère catégorie. Tous les soucis que rencontrent Thorgal sont liés à son comportement de jouvencelle.
Sinon, il y a aussi Volfsung de Nichor qui est un salop absolument extraordinaire et la gardienne des clefs qui, en plus d’être superbe, raconte à elle toute seule dans cet épisode ce que deviendra la série plus tard : Un enchantement.
De bien belles gammes mais pas encore un merveilleux concerto.
Second tome et final du dyptique avec le précédent ? Pas certain.
Car, si dans le 1er tome on ressent l’envie de bien faire dans un one shot sans prétention, ici on ressent plus le désir de construire une saga avec des personnages qui ont un passé extraordinaire comme devraient être leurs avenirs. Et, pour cela, Van Hamme essaye de bourrer, avec un chausse pied, toute sa boulimie narrative en un final très verbeux et avec une ambition de la « méchante » un peu casse gueule quand même.
Parce ce que tout ça pour que sa fille ait un enfant de l’enfant des étoiles en définitive ? Et pourquoi donc ? Pour quelle finalité, quel enjeu autre que faire un bébé ?
Mais ce n’est pas grave si le final est un peu aux fraises. Car on ressent une vraie ambition de la part du scénariste. On sent qu’il l’aime bougrement son personnage, qu’il a mille envies pour lui et que ses envies là sont débridées d’imaginaire ! De plus, l’opus, tout comme le premier, fonctionne à merveille dans l’action, l’énergie, les ressorts qui fonctionnent presque tous (oui, parce que les méchants comme le fiston qui ne sont que des méchants ayant tous les défauts du monde, bof) donnent une intensité folle à la lecture.
Du côté du dessin, Rosinski est déjà un génie. La mer démontée, cette île gelée, ce froid glacial jusqu’à l’âtre chaude et les visages de ces personnages burinés par la vie. Déjà du grand art.
Soyons clair. J’adore Christin. Illustré par Bilal, Julliard, Goetzinger, Vern et bien sûr Mézière, j’apprécie énormément sa narration. Chez Valérian, jusqu’au Foudres d’Hypsis, j’ai adoré. Puis, petit à petit, les histoires furent plus anecdotiques.
Et voici le second tome de la trilogie qui clôture la série culte.
Et c’est le bordel.
Dans ce grand rien, il y a tellement de personnages ! Et tous ont des enjeux tellement différents et tellement incompréhensibles ! Le foutraque est total. Les interconnexions entre eux tellement insondables. Même que leurs enjeux changent suivant le besoin de la narration. Le problème c’est que tous ne savent pas vraiment ce qu’ils cherchent vraiment. Un idéal ? Un paradis ? Ce n’est pas clair. Et par-dessus tout ça, Pierrot rajoute des enjeux économiques, politiques, mafieux. Et le bordel est plus insondable encore.
Mais je crois que la fragilité véritable se trouve chez nos héros. Même eux vont à l’aventure, suivant des aventuriers, pour tâtonner à l’aveugle. Ils cherchent leur terre mais ils ne savent pas comment, n’ont aucun indice et vont au petit bonheur la chance.
Et puis Christin ramène d’anciens personnages qui sont justes inquiets. Et c’est peut-être la seule chose compréhensible. Et puis Il y a même des méchants tous droits sortis de « 2001, l’Odyssée de l’espace ». Des monolithes, pas gentils, qui sont la personnification du mal absolue et qui n’ont forcément aucunes âmes, ni aucuns enjeux. Juste être méchants.
Bref, Christin veut beaucoup trop raconter en 47 planches. Il y a des morts de personnages auxquels on n’est pas attaché. Il y a un peuple nouveau qui se pointe aussi vite qu’il repart. La force de Christin à raconter des civilisations entières n’est même plus présente.
Même Mézières est moins bon. Ce génie est désormais assez agé. Alors forcément le trait est moins illustratif, moins réussi. Toutefois il nous régale quand même avec des décors sublimes en couleurs directes, des illustrations allégoriques splendides. Il reste et restera un grand monsieur de la bande dessiné.
Deux épisodes extraordinaires ou se télescopent des inhumains, un clone, un père et sa fille qui e déchirent et …Ultron qui veut tataner sévère Daredevil à cause du Docteur Fatalis. Tout un programme qui part en sucette. Sauf que non. Il n’y a pas de n’importe quoi dans la narration. Et si, parfois elle tient avec de grosses faciles, l’histoire se déroule avec des personnages d’un richesse inouïe.
Ultron par exemple est d’une multitude de personnalité. Son errance est si palpable. Son incompréhension à être nombreux dans un seule corps mécanique le rend autant inquiétant que touchant, autant violent que seul. Sa quête de compréhension au monde le rend gosse. Sa force de frappe d’une puissance colossale le rend tyran. Et, puis il y a numéro 9, qui se cherche entre programme et réalité, soumission et indépendance. Quant aux inhumains, ils cherchent un enfant qui, visiblement, serait l’antéchrist. Il le cherche uniquement parce qu'un enfant doit être dans les bras de sa mère (Médusa). Restent un papa et sa fille qui se crêpent le chignon pour des notions d’humanité majeures.
Quelle densité dans les dialogues ! Quelles quêtes de soi si incompréhensibles ! Rarement un comics des années 90 fut aussi mature dans le dilemme humain, la science maudite, les destins à tordre.
En plus de cette intensité, vous rajoutez un dessin absolument sublime et iconique d’un Romita junior qui aère ses cases, les transcendent dans le trait qui raconte tout simplement mais avec un tel brio. Et vous rajoutez l’ancrage de Williamson qui sublime le tout.
Et voila un arc narratif majeur chez Daredevil.
Enfin, Jeannot est libre !!!!!Le voici quittant Novedi pour tenter l’édition familiale avec l’un de ses fils (Philippe) qui travaille déjà avec lui pour, essentiellement, les repérages. Il aura désormais plus de temps pour construire des histoires plus solides ? Nous verrons bien…
Ici, l’album est un génial documentaire sur le « Paris Dakar » à la Thierry Sabine. Il mourra 4 ans plus tard avec Balavoine dans le fameux Hélicoptère. Michel Vaillant ne fait quasiment que de la figuration car la part sera belle à Julie Wood.
En effet, pour des raisons commerciales, Graton doit cesser la série « Julie Wood » mais il veut garder son héroïne principale et l’intègre dans la saga familiale. Il a bien raison. Elle a du tempérament. Elle sera le personnage principal de ce tome. On la suivra sur sa moto tout le long de la course. Bon, Jeannot intègre aussi un méchant pas gentil qui veut lui faire du mal juste parce que c’est un méchant pas gentil et pis c’est tout. De ce ressort scénaristique tout pété, il en ressortira tout de même une scène de baston jovial et qui renoue les liens amicaux. Il y a même Claude Brasseur et Jacky Ickx hilares.
Et puis il y a Steeve qui revient. Il revient en une case en disant un « Salut tout le monde ! » et tout est oublié. On aura pu espérer une narration plus fouillée pour les retrouvailles comme dans « le retour de Steeve Warson » mais Jean Graton fait un autre choix.
Et je trouve qu’il a raison de faire ce choix là. Avec les vrais amis, on oublie vite. Il suffit juste d’un large sourire, un « Salut tout le monde » et tout repart comme avant. La vraie amitié, c’est ça. Et, puis Steeve n’est pas partie en salop. Il a juste fui une histoire d’amour qui l’a dévasté. D’ailleurs, une autre semble venir à l’horizon….
Rien d’extraordinaire donc mais pour tous ceux, comme moi, qui aime la série pour sa saga et ses personnages, cet album nous permet d’être chez soi. Confortable et en famille.
Et Voici notre Spirou en superhéros…Et en même temps pas tant que ça.
Vehlmann nous le présente au tout début de l’opus comme un personnage largué, un peu has been. Et, pour redorer le blason de son journal qui porte son nom, le voici désirant faire de la pub sur le thème du moment : Les super héros. Et, avec un copain comme Champignac (le Géo Trouvetout de la saga), on ne peut qu’avoir une panoplie idéale !
Sauf que Spirou se prend les pieds dans le tapis durant ses exploits et cesse aussi sec la campagne publicitaire. Sauf que les exploits en question font des émules du côté des gentils (mais n’ayant pas la même idéologie que lui) comme des méchants. Et Vehlmann utilise à la perfection tous les ressorts classiques des comics, et les transposent avec talent sur la terre de Bruxelles.
Alors que j’ai démarré la lecture avec ce gout mercantile (et donc très désagréable) en bouche, je me suis surpris à aimer l’énergie du bousin, mais aussi sa narration pétée de ressorts intelligents. Les personnages sont particulièrement bien écrits : Spirou voulant faire un peu de promo, construit, par devers lui, tout un univers. Et c’est réjouissant de le voir patiner dans la semoule à vouloir réparer ses fautes.
Du côté du dessin, j’avoue qu’apprécier modérément le trait de Yoan qui lorgne du côté du manga. Beaucoup de trait mouvementé, des sentiments faciaux à la limite de la caricature et des décors à leurs plus simples expressions…Mais ça c’est une histoire de gout. Car sinon ces planches là fonctionnent parfaitement quand il s’agit de coller à l’histoire.
Voici le 1er tome d’une série qui, à la fois, fera date et sera aussi bougrement rémunératrice.
Sorti en 1980 mais publié par épisodes dans le journal Tintin en 1977, rien ne prévoyait un tel engouement. Van Hamme construit une histoire percutante et sans temps mort mais avec un certain nombre de hasard heureux.
Dès la 1ère planche, on est dans le dur, l’aventure, l’action et jamais cela ne cesse jusqu’au final. Dans cet opus, si l’univers Thorgalien est encore à ses prémisses, Van Hamme raconte bien une narration imbibée déjà de magie et patinée également d’humanité morbide, mortifère en la personne de Gandalf le fou mais aussi de Slide, la fameuse magicienne trahie.
Du côté du dessin, Rosinski fait ses gammes. Maitrisé mais pas encore sublime, son trait est en devenir.
La preuve en est sur la seconde histoire ou l’illustration est superbe. Rosinski est un orfèvre de l’ambiance, de l’action et du décor comme des personnages. D’ailleurs cette seconde histoire est bien meilleure en termes de narration. Van Hamme nous propose une courte histoire d’une grande qualité jusqu’au final qui raconte parfaitement ce que deviendra la série.
Mais, ne boudons pas notre plaisir. Les grandes séries, parfois, débutent avec amateurisme durant cette époque. Ce n’est pas le cas ici. Si Rosinski est encore en dessous de son savoir-faire, Van Hamme sait déjà raconter même s’il utilise parfois des raccourcis pour que l’action soit sans temps mort.
Voici deux histoires sous cocaïne.
Tardi nous raconte un rêve dans le 1er récit et une certaine vision des choses dans le second. Faussement décousus, les narrations racontent la folie, les cauchemars de deux protagonistes. Ecrivain raté pour le 1er qui sera hanté par les décors et les personnages, tous plus cradingues les uns que les autres, de son imaginaire, il deviendra le symbole le plus absolu du patriotisme. Assassin morbide pour le second, on suivra sa vision du monde jusqu’à la bascule. Et personnellement j’aime ces BD qui racontent des trucs sous expédient, mais qui, malgré tout, se clôture de manière logique et sensée. Et c’est le cas par deux fois ici. On dirait deux pulps à la Métal Hurlant ou le déroulement est d’une totale poésie débridée autant que cauchemardesque en diable et le final, dans les dernières cases, hausse la surprise. C’est le cas ici.
Et Tardi nous régale d’un dessin superbe en noir et blanc ! Car, il s’amuse avec tous les décors et les personnages. Il y a du Lovecraft, de l’ésotérique, du Lynch et beaucoup d’érotisme cradingue. C’est d’ailleurs l’album ou il y a le plus de cul chez Tardi.
Edité dans les années 70, ces 2 œuvres racontent aussi une période de la BD Franco-Belge ou on ne croit plus en rien. Mais moi, cette période, je l’aime beaucoup.
Ce n’est peut-être pas un classique chez Tardi mais cela reste une vraie pépite de savoir-faire. Surtout à la plume, c’est sûr Mais au scénario aussi, si on fume des cigarettes qui font rire et pleurer...
Autour des affaires méconnus du docteur Cotton et de Johann Otto Hoch, Grafin et Ropert construise, à nouveau, une histoire autour du quartier de Hells Kitchen qui vit sous la canicule. Après la pluie, voici le soleil et notre héros est toujours aussi Baudelairien dans son comportement même s'il est en plus un don juan véritable envers les femmes.
Comme toujours la narration est solide, les ressorts sont bien huilés et nous avons notre lot de violence et de nihilisme. Il y a dans la lecture de vraies surprises qui émeuvent sèchement. Les auteurs font, de la brutalité, une énergie narrative qui scotche.
Et puis moi j’aime ces œuvres qui nous permettent de nous souvenir des œuvres oubliés : Le New York World tour qui fut la plus grande tour en son temps, La Mano negra et ses débuts dans une ville qui vibrait d’immigration, la grande chaleur et ses milliers de morts. J’aime redécouvrir, par le biais d’une œuvre, les détails de l’humanité, ce qui donne une très belle charpente à la BD que je lis.
Les dessins sont superbes. Bleus au 1er opus, les voici ocre. Ce trait semi réaliste m’a emporté comme la toute 1ère fois.