Vous utilisez « Adblock » ou un autre logiciel qui bloque les zones publicitaires. Ces emplacements publicitaires sont une source de revenus indispensable à l'activité de notre site.
Depuis la création des site bdgest.com et bedetheque.com, nous nous sommes fait une règle de refuser tous les formats publicitaires dits "intrusifs". Notre conviction est qu'une publicité de qualité et bien intégrée dans le design du site sera beaucoup mieux perçue par nos visiteurs.
Pour continuer à apprécier notre contenu tout en gardant une bonne expérience de lecture, nous vous proposons soit :
Copyright © 1998-2026 Home Solutions
• CGU Site
• CGU Logiciel
• CGV
• Cookies
• Design by Home Solutions
Page générée le 08/04/2026 à 03:42:42 en 0.1545 sec
Tant au scénario qu’au dessin, j’adore Mike Mignola. Mais je dois bien avouer que je préfère lorsqu’il se charge des deux. Malheureusement, si l’on fait exception de la palanquée de jolies couvertures réalisées pour la série Hellboy et son univers étendu, il se fait de plus en plus rare au dessin. Ainsi, hormis Hellboy en Enfer, il faut remonter à 2008 pour retrouver un comics illustré de sa main (L’Homme à la tête de vis). C’est long, très long, et ce Carnaval des cadavres aurait donc dû m’enthousiasmer plus que ça mais je l’ai trouvé assez nébuleux (Bowling with Corpses and Other Strange Tales from Lands Unknown, 2025).
Sommaire : Quilles et squelettes (18 pages), Le souffle du dragon (4 p.), La naissance du monde (2 p.), Bien mal acquis (10 p.), Le réconfort des dieux (14 p.), Le vétéran et le roi Kobold (12 p.), Una et le diable (12 p.), Una Krone la pirate (9 p.) et Contrées inconnues (6 p.).
Ce mince album réunit donc huit contes, de longueur variable et plus ou moins connectés, qui traitent tous de l’occulte, du macabre et du fantastique comme l’auteur en est friand. Certains sont inspirés de fables aux origines historiques et géographiques diverses tandis que d’autres sont inventés. Au final, je n’ai pas vraiment accroché à la proposition, en particulier aux deux derniers récits relatifs au personnage d’Una. J’ai trouvé cette anthologie très contemplative et la signification des contes pas toujours très limpide. Il s’agit cependant d’un très beau recueil et il n’y a pas lieu d’acheter l’édition en noir et blanc avec d’aussi jolies couleurs par Dave Stewart.
Pour les amateurs, dont je fais partie mais sans attente particulière désormais, une suite se déroulant dans le même univers est très prochainement prévue en VO (Uri Tupka and the Gods : Another Story from Lands Unknown, 2026).
Une jolie couverture de Mike Mignola, il n’en fallait pas davantage pour que j’emprunte cet album à la médiathèque. Au final, c’est une sympathique aventure de zombies à mi-chemin entre la Ligue des gentlemen extraordinaires pour ses personnages caricaturaux et Blake et Mortimer pour son enquête et la ligne claire de son style graphique (ZombieWorld: Champion of the Worms 1997, #1-3).
L’édition de 404 Graphic est particulièrement soignée (préface, postface, croquis et couvertures) et l’album a un bel aspect entre les mains. Du reste, si l’édition est récente, l’histoire a déjà près de trente ans et présente un indéniable aspect vieillot ou rétro selon la tranche d’âge du lecteur. Un sarcophage oublié, une entité maléfique que l’on réveille, des momies et des zombies en pagaille et le tout dans la bonne humeur, c’est une aventure pour les enfants ou pour leurs parents qui souhaiteraient replonger en enfance.
Le trait de Pat McEown est plus proche de celui que l’on attendrait d’une BD franco-belge d’antan (Tintin, Lefranc, Blake et Mortimer, etc.) que d’un comics et cela change un peu de l’ordinaire. En somme, tant pour son scénario que pour son dessin, c’est une réédition qui devrait surtout plaire à un lectorat nostalgique. Pour ma part, j’ai bien aimé mais il ne faut décidément jamais se fier seulement à la couverture lorsqu’on lit un comics…
J’ai relu ce très mince recueil – une soixantaine de planches seulement – à l’occasion de la récente sortie d’un autre album du même genre, Le Carnaval des cadavres, toujours scénarisé et surtout illustré par Mike Mignola (The Amazing Screw-On Head and Other Curious Objects, 2010).
Sommaire : L’Homme à la tête de vis (31 pages), Le cercueil du docteur Gosburo (8 p., N&B), The Mask, Gug Soth-Yog Sugoth (3 p.), Rusty Razorclam, président de Neptune (7 p., N&B), Abu Gung et le haricot (5 p.) et Le magicien et le serpent (6 p., N&B).
Six récits donc, de format et d’intérêt très inégaux, dont un seul, le premier, mérite vraiment de découvrir ou de redécouvrir cet album. L’histoire d’un homme, ou plutôt d’un robot, à la tête de vis qui pourchasse un adversaire à la recherche d’une relique antique. Du Mignola pur jus comme on pourrait en croiser dans Hellboy avec sa dose d’occulte, de macabre et de fantastique et la tranquillité caractéristique de son personnage principal.
Publiées entre 1996 et 2002 dans divers recueils et restées pour certaines en noir et blanc, les autres histoires courtes sont plus anecdotiques mais j’ai apprécié la dernière scénarisée par la fille de Mignola.
De l’abondante production de Scott Snyder en indépendant ces dernières années, il s’agit de ma dernière lecture en date et je n’ai pas adhéré à l’idée originale à la base de cet album. Elle m’a laissé sur un sentiment d’overdose. Il y a un côté Guerre des mondes, un côté Stranger Things aussi, il y a un peu de tout à vrai dire, tant de références éparses que je ne saurais trop dans quelle catégorie ranger ce récit (Duck and Cover 2023, #1-4, publié en VO par Best Jackett Press / Comixology Originals).
L’histoire débute tranquillement en pleine Guerre froide avec des adolescents qui se chamaillent. Et là, c'est le drame ! L’histoire s’accélère et évoque tout d’abord la piste d’une menace nucléaire soviétique, puis finalement celle d’une invasion extraterrestre, avant d’alterner à toute allure entre l’horreur, la science-fiction et enfin le western. On passe d’un genre à l’autre à chaque nouvel épisode, certes de manière parfaitement assumée par l’auteur, et je n’ai pas accroché à ce concept. Il y a bien un propos de fond intéressant sur les affres de l’adolescence et Snyder a sans doute révisé sa culture cinématographique des années 50 qui sert de support à son histoire, mais le tout manque de sérieux.
J’ai en revanche apprécié le dessin de Rafael Albuquerque, déjà admirable sur le titre Huck, sans pour autant que cela ne me fasse aimer l’album. Les planches sont belles mais, dès que le fantastique y pointe le bout de son nez – ou, en l’occurrence, de ses tentacules –, je lis de manière distante.
Sentiment plus que mitigé en refermant cet album tant je ne m’attendais pas à cette conclusion. S’il débute comme un western assez classique seulement saupoudré d’un peu de mystère, il se transforme soudainement, vers le cinquième épisode, en une resucée de film d’horreur dans la veine de Bone Tomahawk (Canary 2022, #1-6, publié en VO par Best Jackett Press / Comixology Originals).
En 1891, Canary est une petite ville du Far West ainsi qu’une mine de cuivre abandonnée. Un sheriff à la réputation élogieuse et un apprenti géologue y débarquent pour mener une enquête sur une série d’évènements violents. Jusque-là, rien d’anormal, on fait tranquillement connaissance avec quelques notables locaux, un secret se dévoile et l’enquête progresse.
À mi-parcours cependant, le scénario de Scott Snyder prend une autre tournure et, à mesure que l’on s’enfonce dans ladite mine, le western vire à l’horreur. Les planches de Dan Panosian ont beau être plutôt plaisantes à l’œil jusqu’au bout, j’ai décroché à ce moment-là. Des mutants / zombies, une sorte de divinité des Enfers, aucune subtilité dans la conclusion de l’intrigue et, en prime, un final à la dynamite. Bref, deux ambiances pour un même album et, à regret, une note moyenne.
Suite et fin, dans ce second tome, de la traque du "tueur de Noël". Difficile de formuler un nouvel avis sans avoir le sentiment de me répéter ; bien que divisé en deux volumes, il s’agit en effet d’une seule et même histoire en neuf épisodes et elle est tout simplement excellente (The Deviant 2023, #5-9).
Des portes se referment, d’autres s’ouvrent et enfin la révélation de l’identité du meurtrier, inattendue en ce qui me concerne, arrive au dernier épisode. James Tynion IV a imaginé un chouette récit, noir et macabre, à l’opposé de l’ambiance traditionnelle des fêtes de Noël, avec en prime un propos de fond – l’homosexualité, la fascination pour la perversion – qui le place dans un registre plus sérieux qu’un bête slasher. Le dessin de Josh Hixson est tout autant excellent et parfaitement adapté à l’ambiance recherchée.
Seul léger regret, cette mini-série en neuf numéros aurait tout à fait pu être éditée en VF en un volume unique au lieu d’être artificiellement divisée en deux. Il faut dire que l’intégrale en douze numéros et en noir et blanc de The Nice House on the Lake, du même auteur, est de fort belle facture et que le trait d’Hixson paraissait tout aussi bien s’y prêter. Mais bon, je pinaille.
J’ai refermé ce premier tome et aussitôt entamé le second tant l’histoire est prenante. J’ai retrouvé dans la traque de ce tueur en série durant les festivités de Noël la même ambiance macabre que dans le reboot de Silent Night, Deadly Night sorti l’année dernière (The Deviant 2023, #1-4).
Le scénario de James Tynion IV alterne entre l’époque actuelle et les années 70, période de libération LGBT et de dépénalisation progressive de l’homosexualité aux États-Unis. La précision pourrait, au premier abord, paraitre hors sujet dans cet avis mais elle est pourtant cruciale tant l’orientation sexuelle revendiquée ou présumée des différents protagonistes est au cœur de l’intrigue. Le "déviant", surnom donné par les médias à notre tueur en série, prend alors un tout autre sens lorsqu’il s’applique aux questionnements du personnage principal, par ailleurs gay et scénariste de comics comme Tynion IV.
Les séquences macabres et celles plus intimes sont bien dosées et l’homosexualité est approchée avec tact sans que le sujet ne prenne le dessus sur ce qui reste tout de même un thriller. Dans l’ensemble, ça papote pas mal tout du long – notamment au parloir, à la manière d’Halloween – mais on ne s’ennuie jamais pour autant et le quatrième épisode se conclue sur un bon cliffhanger.
Le dessin de Josh Hixson, que j’avais déjà particulièrement apprécié sur les séries Shanghai Red et The Plot, est très bon, gras et encré, il colle parfaitement à la noirceur du récit.
Black Widow n’est pas mon personnage préféré, loin de là, mais je lui concède quelques bonnes séries dont celle-ci fait partie avec celle scénarisée par Mark Waid quelques années auparavant. Découpé en trois arcs distincts, cet album est une réussite tant pour les aventures qui y sont racontées que pour la mise en scène de son casting majoritairement féminin (Black Widow 2020, #1-15).
Si Natasha Romanoff et Yelena Belova, inséparables espionnes de la Chambre rouge, sont bien sûr de la partie, le reste du casting est composé de Spider-Girl, d’une certaine Lucy et d’une certaine Madame Hawkeye. Bref, une représentation très majoritairement féminine, orchestrée par Kelly Thompson, qui fait plaisir à voir dans un registre super-héroïque qui a encore tendance à en manquer.
Ce sont d’ailleurs leurs interactions, plus que leurs affrontements contre leurs adversaires du moment (dans l’ordre, Arcade, Apogée et le Sabre vivant), qui m’ont ici plu. Le premier arc, qui voit la Veuve Noire goûter à un semblant de normalité et de vie familiale, est le plus abouti et sert de fil rouge jusqu’au terme du run.
Assistée à l’occasion d’autres dessinateurs, les planches sont essentiellement le travail d’Elena Casagrande et, bien que son trait soit un tantinet trop propre et numérique à mon goût, il n’en demeure pas moins très beau. En particulier les doubles pages décomposant les scènes d’action.
Seul bémol à cette intégrale : la couverture retenue par Panini Comics. Le choix d’une couverture variante réalisée par J. Scott Campbell, connu pour ses personnages féminins aux poses suggestives, me parait en effet inapproprié pour une série qui montre une évidente inclinaison féministe. D’autant plus qu’Adam Hughes est le dessinateur attitré des couvertures régulières de cette série.
C’est l’histoire d’une petite fille, Meg, qui devient arbre. Non pas qu’elle serait atteinte d’une forme ultra sévère d’épidermodysplasie verruciforme, elle se transforme bel et bien en arbre, avec tronc, branches et système racinaire, prête à rejoindre la grande famille des Ents et mener l’espèce humaine à sa perte (Family Tree 2019, #1-12).
J’en plaisante mais ce comics prend la chose très au sérieux. Pourtant, malgré une douzaine d’épisodes, jamais Jeff Lemire ne dévoilera un début d’explication. C’est un mal pour un bien qui affecterait la génétique de la famille Hayes au cœur de l’intrigue et voilà tout. Le lecteur doit accepter ce postulat et subir à longueur d’épisodes une succession d’affrontements armés toujours plus violents contre une secte aux motivations absconses. Faute d’explication, le scénario se réfugie comme souvent dans l’action et la surenchère.
Malgré tout, le dessin de Phil Hestrer étant bon – très anguleux, il me rappelle parfois celui de Mike Mgnola ou de Bones –, j’ai poursuivi la lecture jusqu’au bout avec un certain plaisir mais sans plus rien attendre des derniers épisodes.
C’est en quelque sorte le même procédé que pour The Walking Dead : ne pas dévoiler les origines de l’épidémie mais développer à la place une petite galerie de personnages et leur faire vivre diverses péripéties plus ou moins (in)intéressantes. Une vraie déception donc en refermant cet épais album alors que l’idée me semblait originale et prometteuse si elle s’était muée en fable écologique.
C’est un très bel album, tant l’objet en lui-même que l’histoire qu’il renferme. Celle d’une famille américaine chancelante, en plein déménagement, dont le jeune enfant a peur d’un monstre. À la différence près que ce monstre n’est pas sous son lit comme à l’accoutumée mais dans un placard (The Closet 2022, #1-3).
J’aurais volontiers lu le double voire le triple d’épisodes tant la narration de James Tynion IV et le dessin d’une grande noirceur de Gavin Fullerton m’ont plu. Les auteurs prennent le temps d’installer une légère tension à mesure que l’on comprend mieux les difficultés relationnelles rencontrées par le couple et en particulier la psychologie du père de famille dépassé.
Malheureusement, l’histoire est très courte, moins d’une centaine de pages, et il revient au lecteur de se faire sa propre conclusion. Un procédé que je n’aime pas particulièrement et qui me donne le sentiment d’être abandonné au milieu du gué. S’agit-il d’une métaphore de la violence intrafamiliale ? Le père abuse-t-il de son fils lorsque celui-ci est couché ? Ou peut-être y a-t-il vraiment un monstre dans ce placard ? Chacun aura son interprétation sur ce qui est caché derrière cette porte.
Sur une thématique proche, à mon sens, voir "L’homme en noir" de Di Gregorio et Panaccione.
Spider-Man a porté le costume symbiotique pour la première fois en 1984 lors des Guerres secrètes. Et si, au lieu de s’en débarrasser, Peter Parker avait endossé le costume extra-terrestre ? C’est le point de départ de cette histoire alternative scénarisée par Chip Zdarsky, sorte de What If? étalé sur cinq épisodes (Spider-Man: Spider's Shadow 2021, #1-5).
J’ai le souvenir qu’il ne faut pas confondre ce costume avec le costume noir tout court, simplement destiné à intimider les adversaires de Spider-Man et porté notamment dans l’arc Retour au noir en 2007. Mais la nuance est d’autant moins évidente que l’homme-araignée se montre volontiers plus brutal qu’à l’accoutumée avec les deux versions du justaucorps. Enfin, entre 2019 et 2024, Peter David a scénarisé pas moins de cinq mini-séries dédiées au Symbiote Spider-Man et j’ai un sentiment d’overdose à la simple vue de cette déclinaison du personnage.
Dans cet album, Zdarsky ne propose rien de plus qu’un héros un peu plus irrité et violent envers ses ennemis que d’ordinaire. Jamais cependant il n’oublie de redevenir lui-même une fois sa tempête émotionnelle digérée et toutes les situations sont rapidement désamorcées. Par ailleurs, s’agissant des antagonistes historiques de Spider-Man, je me moque un peu de leur sort et qu’ils puissent passer à trépas dans cette réalité alternative. Je n’ai pas ressenti d’enjeu, il n’y a que l’action à longueur de pages et le dessin de Pasqual Ferry est tout à fait quelconque. Bref, sans intérêt.
J’adore l’écriture de Tom King et cet album constitue sa seule incursion à ce jour dans l’univers Marvel. En effet, avant de devenir un auteur exclusif à DC Comics et d’entamer son immense run sur Batman en 2016, King écrivait déjà pour la concurrence une maxi-série sur le personnage de Vision débutée à l’occasion du dernier relaunch d’alors "All-New, All-Different Marvel" (Vision 2016, #1-12).
Si l’auteur a déjà pu s’exercer et peaufiner son écriture sur des séries comme Grayson, The Omega Men puis The Sheriff of Babylon, il a, avec cette série, définitivement trouvé son style. Un plan à long terme et une forme de tranquillité dans le déroulé du scénario, l’abondance et la répétition du texte, le décalage entre le récitatif et la situation illustrée ; tout ceci concourt à rendre le propos intelligent et intéressant à mon sens. La proposition est certes très différente de ce que l’on attendrait d’un comics de super-héros et pourrait être prise pour de l’esbroufe mais je pense qu’il s’agit surtout d’un souhait de proposer quelque chose de plus subtil et de plus réfléchi que les péripéties et acrobaties habituelles.
Ainsi, il n’y a pas d’action dans cette histoire, ou si peu, et celle-ci se résume à une réflexion sur l’impossible normalité de la vie d’un robot en société. Douze épisodes, joliment illustrés par Gabriel Hernandez Walta (avec en plus de jolies couvertures de Michael Del Mundo), sur la vie de famille, pas si tranquille, du synthézoïde alors qu’il est éloigné de Wanda Maximoff. Pour les amateurs de ces deux personnages, la mini-série télévisée WandaVision sur Disney+ est dans le même ton que le comics et est un bijou de nostalgie.
J’ai lu cette intégrale des quatre premiers tomes et je l’ai refermé avec un sentiment de lassitude. Les deux premiers albums, consacrés à Luke Skywalker puis à Leia Organa, sont à mon avis les plus originaux. Tendres, voire mignons par moments, ils alternent scènes référencées et gags potaches plutôt réussis.
Sans qu’il ne soit nécessaire d’être un fan absolu de Star Wars, il faut au moins avoir quelques bons souvenirs des deux premières trilogies pour apprécier les allusions, les clins d’œil et, de manière générale, l’humour tout en finesse de Jeffrey Brown. Si d’autres parodies du même genre existent, le style est plus enfantin et destiné à un plus jeune public que le Yodablog de Thierry Vivien par exemple (recueilli dans "Les guerres des retours contre-attaquent", en deux volumes).
Le troisième album, dans l’ordre de l’intégrale, explore le thème de l’amitié mais n’a plus vraiment de fil conducteur et mêle tous les personnages de l’univers. Quant au quatrième, sur le thème du sommeil, il n’a plus ni le format ni l’humour des précédents ; il était temps que cela s’arrête.
Dans Snow Angels, il fait froid. Non pas le froid chantant et dansant de la Reine des Neiges mais plutôt un froid implacable et piquant parfaitement retranscris par Jock dans son style reconnaissable entre mille. Si l’atmosphère de cet album est très prenante, j’ai cependant été déçu que le scénario de Jeff Lemire n’ait pas eu plus de choses à raconter (Snow Angels 2022, vol. 1 et 2).
L’histoire débute avec une famille, recomposée, et le récit est raconté du point de vue de la petite fille. On ne sait trop rien, comme nos personnages d’ailleurs, de l’endroit où l’on se trouve si ce n’est que cela commence dans une longue tranchée enneigée. Il y aurait des "tranchéens", des "engelés", un homme des neiges en guise de Père Fouettard, des robots et plus encore mais toute l’histoire repose sur cet environnement désespérément blanc, seulement ponctué de quelques inévitables touches de sang, et sur le mystère – ou la peur – qui l’entoure. L’ambiance m’a rappelé celle du film Alien, premier du nom, dans lequel la tempête était un personnage à part entière et l’élément fantastique demeurait inexpliqué jusqu’à la conclusion de l’histoire.
Même en refermant l’album on ne saura trop rien de ce qui est arrivé. Je ne suis pas réfractaire à l’idée de conserver un peu de mystère mais j’aurais aimé, si ce n’est pour la jeune héroïne au moins pour le lecteur, que certaines idées soient clarifiées. Déjà, pourquoi patiner à longueur de journées dans un désert de glace ? Pour ne pas mourir tel un Transperceneige sur patins à glace ?
Démons, Clear, Canary puis Duck and Cover, à l’occasion de ces vacances d’hiver j’ai souhaité découvrir ou redécouvrir quelques-uns des derniers titres scénarisés par Scott Snyder en indépendant et celui-ci s’avère être aussi bon que le précédent (Clear 2021, #1-6, publié en VO par Best Jackett Press / Comixology Originals).
Développée dans un univers d’anticipation que ne renierait pas Ghost in the Shell ou Blade Runner, l’idée originale de cet album est celle de filtres Instagram appliqués à la réalité. Ils prennent ici le nom de "voiles" et sont très colorés mais leur fonctionnement est identique. La vie est trop injuste ? Hop, un filtre ! Et la population entière finit par vivre dans une bulle, coupée de la réalité, comme droguée aux filtres.
Après une brève introduction à ce concept que j’ai trouvé intéressant, le scénario prend une tournure plus classique et repose sur une enquête menée en solo par notre héros du jour. Ainsi, un jeune détective – qui exècre les filtres évidemment – cherche à élucider le suicide de son ex-femme et va de rebondissement en rebondissement au fil des six épisodes. J’ai bien aimé l’équilibre entre les séquences développant l’intrigue et celles orientées action mais un peu moins le twist qui précède la conclusion.
Le dessin de Francis Manapul est très chouette et tout à fait raccord avec l’histoire, notamment l’alternance entre les scènes "filtrées" et les scènes en "clair". L’idée originale offrait en effet cette possibilité d’être traduite sur papier et de faire découvrir au lecteur une grande variété de réalités fantasmées et l’auteur s’en ait très bien sorti.
D’abord personnage secondaire, Black Widow a tôt fait d’intégrer les Avengers et de voler de ses propres ailes à la fin des années 90. Pour autant, elle continue de partager son titre et la lumière des projecteurs dans les trois premières mini-séries qui lui sont consacrées et qui sont ici recueillies (Black Widow 1999, #1-3, Black Widow 2001, #1-3 et Black Widow: Pale Little Spider 2002, #1-3).
À l’instar de Daredevil et d’autres héros urbains sous-cotés, les premières aventures en solo de la Veuve Noire atterrissent en VO au sein du label Marvel Knights nouvelle créé tandis qu’en VF elles sont publiées dans des magazines et des recueils restés sans lendemain. Il faut dire que celles-ci ne sont pas particulièrement de haute volée et qu’il ne s’agit pas tant des aventures de Natasha Romanoff que de celles de Yelena Belova, son homologue restée fidèle au camp soviétique.
Dans la première mini-série, les deux espionnes se battent pour récupérer une arme chimique quelconque et le scénario de Grayson Devin ne fait aucun effort pour s’éloigner des clichés du genre. Dans la troisième mini-série, estampillée Max Comics, Greg Rucka justifie la tenue moulante en latex noir de son héroïne en l’envoyant en mission dans un club BDSM. Quel raffinement ! Il n’y a bien que la deuxième mini-série, plus réfléchie et très joliment illustrée par Scott Hampton, qui m’ait plu quoique le scénario de Devin et Rucka m’ait un peu trop fait penser au film Volte-face (Travolta et Cage échangeaient déjà leurs visages en 1997).
Bref, c’était le début des années 2000 et ce n’était pas encore d’une grande subtilité, surtout pour les héroïnes de comics. Heureusement, les séries suivantes, et notamment celles de Mark Waid et de Kelly Thompson, développeront et moderniseront le personnage pour lui offrir enfin des aventures dignes de ce nom.
Dès les premières pages, l’album m’a immédiatement fait penser aux 101 Dalmatiens. D’abord parce qu’il y a cette multitude de chiens qui parlent / aboient en permanence mais aussi parce que le dessin de Trish Forstner est très proche de celui que l’on attendrait d’un dessin animé pour enfants. Cependant, le scénario est bien plus sombre que cette première impression laisse présager (Stray Dogs 2021, #1-5 et Stray Dogs: Dog Days 2021, #1-2).
Si, dans les 101 Dalmatiens, Cruella s’empare des chiens pour leur fourrure, le scénario imaginé par Tony Fleecs est tout aussi cruel pour les hommes et les femmes de ce récit que pour leurs fidèles compagnons à quatre pattes. Tous les personnages, humains comme canidés, ne cessent de parler sans jamais se comprendre et, sur cinq épisodes, l’histoire est menée à la manière d’une enquête à hauteur de chien. Un procédé qui m’a rappelé le film Good Boy de Ben Leonberg sorti l’année dernière.
J’ai beaucoup aimé la première mini-série et, si sa conclusion reste convenue, le titre reste particulièrement original. Ce n’est certes pas le premier comics à mettre en avant des chiens et Snoopy gardera toujours ma préférence mais ça n’est pas si courant que ça non plus. La seconde mini-série, consistant essentiellement en une série de prologues, m’a toutefois moins plu. Pour les amateurs, une suite réalisée par les deux mêmes auteurs et cette fois-ci consacrée aux chats – Feral – est en cours de publication.
J’avais énormément apprécié la précédente collaboration de ces deux auteurs, Celui que tu aimes dans les ténèbres, et c’est donc avec enthousiasme que j’ai entamé ce nouvel album. À bien des égards, on y retrouve les mêmes forces et les mêmes rares faiblesses que dans le précédent album ; seul le registre varie et passe du fantastique / horreur au western teinté de fantastique (Ain't No Grave 2024, #1-5).
On y suit une hors-la-loi, Ridge Ryder, qui a volé et tué autant que de besoin au cours de sa vie et qui, aujourd’hui rangée, mère de famille mais surtout malade, cherche à tout prix un moyen d’éviter la mort qui se rapproche inexorablement. Son voyage, plutôt taiseux et seulement entrecoupé des détonations de son revolver, l’amènera à affronter en duel la mort elle-même. Tout ce que l’on peut attendre d’un western classique y passe avec une bonne grosse touche d’extravagance et de fantastique pour dynamiser le récit.
Le scénario de Skottie Young se calque plus ou moins sur les cinq étapes du deuil et ne s’embarrasse pas trop de dialogues ou de récitatifs (l’épisode 4, relatif à la dépression, est entièrement muet par exemple). À mon sens, on parcourt essentiellement cet album pour le superbe dessin de Jorge Corona – que le grand format permet pleinement d’apprécier, notamment la partie de poker – car, si la lecture s’accompagne de quelques notes de musique (possiblement Johnny Cash vu le titre de l’album), elle reste plutôt rapide. J’aurais aimé qu’il y ait plus à raconter mais ça n’en reste pas moins un fort bel ouvrage.
Après Extremity, j’ai poursuivi la relecture – et la critique – d’un second livre de Daniel Warren Johnson avec Murder Falcon à l’occasion de sa récente réédition. Je me souvenais que celui-ci avait pour sujet le heavy metal mais pas que cela soit aussi appuyé. À tel point que, si l’on n’est pas particulièrement fan de ce genre de musique, on risque fort de passer à côté de l’essentiel (Murder Falcon 2018, #1-8).
Shred ceci, shred cela, distorsion et headbanging à chaque page, l’auteur adore le métal et cela se ressent. J’ai apprécié l’originalité du sujet et il m’a paru être traité de manière plus passionnée que dans Batman Metal. Pour autant, l’album est à réserver aux metalleux car le reste de l’intrigue est quand même assez mince. Si l’on excepte l’aspect musical, le scénario se résume en effet à la reformation d’un groupe de hard rock amateur mais surtout à une succession d’affrontements entre de gigantesques créatures et des monstres sortis de nul part.
C’est sympa à voir, les planches sont plutôt jolies, mais c’est quand même très bourrin dans l’ensemble. Si vous avez aimé Extremity, Murder Falcon vous plaira tout autant ; à l’inverse, si l’action immodérée vous rebute, inutile d’entamer la lecture de cet album. À vrai dire, ce ne sont pas tant la musique ou ces monstres qui m’ont poussé à le relire mais le traitement, assez délicat pour le coup, de la lutte désespérée de son personnage principal, Jack, contre le cancer. Distillé tout au long des huit épisodes, non chapitrés, c’est l’aspect le plus intéressant de l’histoire.
Un album qui s’adresse aux amateurs de mockbusters, de type Mega Shark, ou aux lecteurs de comics qui souhaiteraient reposer leur cerveau pour une petite dizaine de minutes voire moins (GrizzlyShark 2016, #1-3).
L’introduction n’en fait pas mystère, c’est un petit délire sans queue ni tête de Ryan Ottley, le dessinateur principal de la série Invincible, et il ne faut rien en attendre de plus. C’est l’histoire d’un requin, qui vit dans les bois et qui bouffe tout ce qui lui passe sous le nez sur trois épisodes.
Le début m’a fait penser au film Cocaine Bear mais l’album est en réalité bien plus déjanté. Les personnages sont stupides, les dialogues sont stupides, l’humour est stupide et, pour une fois, c’est justement ça qui m’a plu. Au milieu d’une pile de BD et de comics bien trop sérieux, GrizzlyShark est une lecture rafraichissante et j’aurais volontiers repris quelques épisodes supplémentaires.
J’ai découvert Daniel Warren Johnson à la sortie de cet album en VF et, malgré un très bon dessin, je n’ai pas du tout accroché au scénario et à son abondance d’action. Depuis, j’ai gardé cette première impression d’un auteur un peu bourrin. La couverture est en ce sens bien représentative du contenu : une jeune fille à la main coupée, du sang et des morts en pagaille et quelques croquis qui s’envolent pour tenter d’atténuer la violence générale du propos (Extremity 2017, #1-12).
L’univers d’Extremity est un mélange de science-fiction et de fantastique – on s’y déplace en vaisseau spatial autant qu’à dos de dragon et on s’y bat au canon autant qu’à l’épée – et son monde est ravagé par une guerre absurde entre les rouges, les Roto, et les verts, les Paznina. Notre héroïne, Théa, une artiste, après avoir trucidé tout ce qui bougeait sur une première moitié d’album se dit que, peut-être, ce n’est pas la solution pour une paix durable. Elle va donc chercher bonheur ailleurs jusqu’à ce que l’histoire s’achève, à nouveau, par une immense bataille entre monstres, méchas et autre artillerie lourde.
Sur douze épisodes, étonnamment non chapitrés, il s’en passe des choses évidemment mais j’ai le sentiment que les combats et les diverses amputations occupent la moitié des planches. Malgré quelques éclairs de lucidité ("Une main pour une main ne mènera qu’à la perte de la seconde main."), ce n’est pas bien finaud et l’intrigue reste jusqu’au bout bien bourrine. Dommage car le dessin est chouette, on sent que l’auteur maitrise les scènes d’action et autres défouloirs en tout genre, mais j’attends davantage d’un scénario.
Un recueil dans lequel Garth Ennis applique à Fury le traitement qu’il destine au Punisher depuis la fin des années 1990. À tel point que l’on peine à reconnaitre le dirigeant du S.H.I.E.L.D. dans ces deux mini-séries (Fury 2001, #1-6 et Fury: Peacemaker 2006, #1-6).
Dans la première, publiée en VO sous le label Max Comics, un Fury vieillissant abandonne sa vie d’employé de bureau et retourne sur le terrain pour y massacrer quiconque se mettrait en travers de ses idéaux. Point de stratégie, chaque page donne lieu à une scène violente, raciste ou sexiste et, même pour l’époque, ça ne devait pas paraitre particulièrement subtil. Avec ses gros muscles, ses gros flingues, sa vulgarité et son idéologie digne de la guerre froide, c’est Rambo en plus bête.
Dans la seconde mini-série, publiée en VO sous le label Marvel Knights, l’auteur nous raconte une séquence de la jeunesse de Fury, entre la Tunisie et l’Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale. Comme la précédente, cette seconde histoire n’a rien de bien subtil à raconter à ses lecteurs. Ceux-ci n’auront droit qu’à un vague complot nazi et à une énième variation sur la raison pour laquelle Fury a perdu l’usage de son œil gauche.
Bref, une vingtaine d’années ont passé depuis la publication initiale de ces séries et cela se ressent. Outre l’aspect daté, Ennis ne parait même pas avoir compris le caractère de son personnage tant il en fait un gros bourrin qui ressemble plus à Frank Castle qu’à Nick Fury. Quant au dessin de Darick Robertson, constant sur les douze épisodes et avec qui Ennis créera The Boys en 2006, il est dans la même veine que le scénario. Au contraire de la jolie couverture de Bill Sienkiewicz qui promeut l’album, le trait est grossier et ne m’a jamais plu.
J’ai feuilleté l’album en médiathèque, trouvé le dessin de Juni Ba plutôt agréable et décidé de l’emprunter. Au final, il n’y avait bien que le dessin qui soit bon, car en ce qui concerne le scénario c’est du grand n’importe quoi (Monkey Meat 2022, #1-5).
J’ai vaguement compris qu’il y avait une histoire de viande de singe ("monkey meat") et d’âmes liquéfiées ("soul juice") mais le scénario part rapidement dans tous les sens et ressemble essentiellement à un grand affrontement entre robots, monstres et autres esprits pour un stock de boites de conserves. Je note bien quelques influences africaines originales dans le design des personnages mais le scénario reste très faible.
En refermant l’album, je ne suis pas certain d’avoir tout saisi du propos de l’auteur. Et au fond, je ne pense pas qu’il y ait autre chose à y voir qu’un délire sur une usine de viande de singe.
Suite directe de Demon Days, Demon Wars reprend le même concept et poursuit le développement de cet univers Marvel alternatif, teinté de folklore japonais, créé de toutes pièces par Peach Momoko (Demon Wars: The Iron Samurai 2022, #1, Demon Wars: Shield of Justice 2023, #1, Demon Wars: Down in Flames 2023, #1 et Demon Wars: Scarlet Sin 2023, #1).
Le dessin aquarellé, léger, qui était selon moi la grande force et originalité du premier volume, s’est encore amélioré et c’est à nouveau un plaisir de parcourir les planches de ces quatre épisodes. Mariko reste l’héroïne de cette suite, toujours dans la veine d’Alice aux Pays des Merveilles, qui met cette fois-ci en scène une réinvention des Avengers – Iron Man, le Faucon, Captain America, Black Panther ou Spider-Man – dans un scénario qui rappellera aux connaisseurs celui de Civil War. Menée à grand renfort de combats, l’intrigue me parait cependant un peu moins originale que la précédente mais n’en demeure pas moins très agréable à lire.
Objet à mi-chemin entre le manga et le comics, l’album a été édité en deux formats radicalement différents. Tout d’abord un grand format cartonné type Marvel Prestige comme l’éditeur les aime depuis quelques années (24 €) puis une réédition en petit format souple à peine plus grand qu’un manga (11 €). Pour avoir tenu les deux versions en main, on n’est pas du tout sur le même rapport au livre et l’expérience de lecture s’en trouve nettement altérée.
Enfin, pour les amateurs, l’auteur est en charge depuis l’année dernière, tant au scénario qu’au dessin et aux couleurs, du retour des Ultimate X-Men. Une tâche menée dans le même esprit que ses deux précédentes incursions chez Marvel.
J’ai par le passé lu des mangas tels que Batman : Justice Buster et ses suites, d’un niveau nettement inférieur, One Operation Joker et Superman : Gourmet of Steel. Des adaptations peu convaincantes voire risibles pour ces dernières séries. Surtout, j’ai eu le sentiment d’être face à un exercice de style contraint où le comics et le manga se rencontraient pour ne produire autre chose qu’un résultat quelque peu bâtard.
Avec Demon Days, la tâche est prise différemment : c’est assurément un comics mais l’univers Marvel est entièrement réinventé par Peach Momoko au prisme du folklore japonais (Demon Days: X-Men 2021, #1, Demon Days: Mariko 2021, #1, Demon Days: Cursed Web 2021, #1, Demon Days: Rising Storm 2022, #1 et Demon Days: Blood Feud 2022, #1).
Et j’ai adoré ! Le dessin aquarellé est superbe, c’est un régal pour les yeux dès les premières planches. Alors que le comics nous habitue à un trait standardisé presque impersonnel, il est ici, à l’inverse, original, léger et proche du dessin animé. Bref, j’ai adoré la proposition artistique. Si les aventures de son héroïne, Mariko, racontées dans ces cinq épisodes sont relativement classiques, les décors, les costumes des personnages et leurs attitudes ne ressemblent en rien à un comics ordinaire et c’est tant mieux. Les personnages mis en scène, majoritairement féminins – Psylocke, Black Widow, Mystique, Gwen Stacy ou Tornade – et issus pour partie des X-Men, ne portent même pas leurs noms occidentaux. L’immersion est complète et la lecture rafraichissante.
Seul bémol : il me semble préférable d’avoir un bon petit bagage en matière de super-héros Marvel pour reconnaitre tous ces personnages au risque de passer à côté de cet aspect essentiel de l’album.
Dernier album que j’ai lu cette année durant les fêtes, The Good Asian s’est révélé être une belle surprise. Un très bon polar, par deux auteurs que je ne connaissais pas, de facture relativement classique pour qui serait habitué à en lire mais dont le contexte m’a paru plutôt original ; en l’occurrence, celui de l’immigration chinoise aux États-Unis dans les années 1930 (The Good Asian 2021, #1-10).
L’ouvrage développe abondamment ce pan méconnu de l’Histoire américaine qui fournit autant son contexte à l’intrigue, à San Francisco en 1936, que la motivation, voire la raison d’être, de son personnage principal. Edison Hark est en effet un détective américain d’origine chinoise et toute l’histoire tourne autour des allégeances et des compromissions qui façonnent sa double culture. Son enquête en viendrait presque à passer au second plan. Quoique les dix épisodes soient forts diserts à ce sujet – l’introduction, les couvertures alternatives et les notes en fin de recueil en rajoutent encore une couche –, il n’est heureusement pas nécessaire d’être immigré ou binational pour apprécier la lecture de cet album. Certains traits du personnage parleront sans doute plus à certains lecteurs qu’à d’autres mais l’on comprend aisément la difficulté pour notre homme à jouer sur les deux tableaux.
Au-delà de ce seul sujet, c’est un très bon polar qu’a imaginé Pornsak Pichetshote, assez bavard, qui prend le temps de faire interagir tous ses personnages, préciser leurs liens de parenté et jongler à chaque épisode entre le passé et le présent. Il y a la matière pour un chouette moment de lecture d’autant plus que le trait d’Alex Tefenkgi, à la fois simple et précis, est tout aussi agréable.
En 2017, la mini-série Batman: Metal mettait en scène des versions alternatives et perverties du Chevalier noir. De ce multivers plus ou moins imbitable, le Snyderverse, sortait cependant un personnage qui tirait son épingle du jeu et que j’avais alors particulièrement apprécié : le Batman qui rit, une itération maléfique d’un Batman perverti par le Joker et antagoniste principal du récit imaginé par Scott Snyder. C’est l’histoire de ce personnage dont il est question dans cet album (The Batman Who Laughs 2019, #1-7 et The Batman Who Laughs: The Grim Knight 2019, #1).
En une phrase, le scénario pourrait se résumer à Batman contre Batman contre Batman ; une version intoxiquée de l’un affronte une version maléfique de l’autre tandis qu’une troisième version meurtrière se mêle à la partie. C’est basique, on nage en plein multivers noir – et je ne retiens pas un mot de cet aspect – mais l’histoire reste malgré tout plutôt terre-à-terre, du moins jusqu’aux deux derniers épisodes. L’idée de Snyder tourne autour du sombre destin qui attendait Bruce Wayne s’il avait pris une trajectoire plus violente lorsque ses parents se sont fait descendre. Alors qu’il pourchasse à longueur de temps des adversaires toujours plus dangereux, on pourrait comprendre son souhait d’user de méthodes plus définitives…
À l’exception d’un épisode illustré par Eduardo Risso consacré au Batman des forces spéciales, la mini-série est dessinée par Jock qui retrouve ici Snyder près d’une dizaine d’années après leur collaboration sur Batman : Sombre reflet (où le commissaire Gordon et son fils jouaient déjà les premiers rôles). Son trait est reconnaissable entre mille et j’ai aimé la radicalité de sa proposition qui correspond bien à la noirceur de l’intrigue. Je m’étonne d’ailleurs beaucoup que la couverture retenue par Urban Comics ne soit pas de l’auteur, cela paraissait être une évidence pourtant.
Scott Snyder et Greg Capullo forment un duo d’auteurs indissociable du personnage de Batman. Depuis leurs très bons débuts sur la série régulière en 2011 jusqu’aux mini-séries foutraques plus récentes que j’ai adoré détester Batman: Metal, Batman: Death Metal puis Batman: Last Knight on Earth. Au terme de leur collaboration, ceux-ci se retrouvent une dernière fois en indépendant dans un tout autre registre (We Have Demons 2021, #1-3, publié en VO par Best Jackett Press / Comixology Originals).
Cet album m’a immédiatement fait penser à Reborn. Pas seulement parce qu’il s’agit du même dessinateur mais aussi parce que le scénario de Mark Millar imaginait déjà en 2016 une jeune fille combattre des monstres pour le salut de l’humanité. À peu de chose près, l’intrigue est en effet la même et se lit avec le même détachement. J’ai bien aimé l’entrée en matière progressive – Snyder sait particulièrement bien entamer ses histoires – mais j’ai moins aimé la suite qui vire à l’affrontement bourrin entre humains et monstres. On sent toutefois que les auteurs assument le côté rock'n'roll voire grand-guignolesque de leur récit et la violence graphique qui s’en dégage.
À ce sujet, le dessin de Capullo est parfait. Accompagné des deux mêmes encreur (Jonathan Glapion) et coloriste (Dave McCaig) que d’habitude, la centaine de jolies planches rappelle indubitablement ses précédents travaux sur Spawn ou Batman et la nostalgie joue à plein. À vrai dire, comme pour Reborn que j’ai relu à cette occasion, c’est surtout pour son superbe dessin que j’ai emprunté cet album. Un bel exemple qu’un scénario un peu faiblard peut être rattrapé par son dessin et former ensemble une sympathique lecture récréative.
Je ne connaissais jusqu’alors le travail de Jock essentiellement qu’au travers de ses séries relatives au personnage de Batman que j’affectionne particulièrement (Sombre reflet, Le Batman qui rit et One Dark Knight). Feuilletant rapidement le livre avant de l’emprunter, l’auteur embarque le lecteur dans une aventure spatiale très sombre, fidèle à son encrage très prononcé en quelque sorte, à la manière de films de science-fiction comme Alien, Life ou The Cloverfield Paradox (Gone 2024, #1-3, publié en VO par DSTLRY).
On y suit Abi, une adolescente qui chaparde de la nourriture sur des vaisseaux spatiaux au cours de leur escale sur Terre et qui, immanquablement au vu du titre de l’album, finit par y rester coincée. S’ensuit une longue escapade spatiale plutôt mouvementée entre une rébellion armée, un culte religieux sous acide et une violente confrontation avec son père.
L’intrigue progresse à un rythme rapide, on ne se repose qu’en de rares occasions et l’héroïne parait prendre dix ans à chaque nouvel épisode. Le dessin de Jock – soit dit en passant la raison principale pour laquelle j’aime son Batman –, est reconnaissable entre mille mais, sur cet album en particulier, un peu moins caricatural que lorsqu’il dessine le Chevalier noir. C’est sombre à souhait et l’immensité de l’espace comme l’atmosphère oppressante de son vaisseau sont bien transcrits. Bref, en dehors du fait que j’aurais aimé que ça aille un tantinet moins vite, ce fut une lecture fort agréable.
Épais volume de 360 pages, ce troisième tome renferme deux crossovers : Knight Terrors, scénarisé par Joshua Williamson et publié à l’été 2023, puis The Gotham War, scénarisé par Chip Zdarsky et publié à l’automne 2023. Du premier crossover, seuls les deux épisodes relatifs au Chevalier noir sont ici recueillis et l’on aurait tout à fait pu s’en passer (les amateurs iront lire l’album dédié). Quant au second crossover, ce n’est qu’un long affrontement un tantinet bourrin auquel je n’ai pas adhéré un seul instant (Knight Terrors: Batman 2023, #1-2 ; Batman 2016, #136-138 ; Batman/Catwoman: The Gotham War: Red Hood 2023, #1-2 ; Batman/Catwoman: The Gotham War: Battle Lines 2023, #1 ; Catwoman 2018, #57-58 ; Batman/Catwoman: The Gotham War: Scorched Earth 2023, #1).
Grosso modo, Catwoman et le reste de la Bat-family décident soudainement d’affronter Batman. Pour la propre santé mentale de ce dernier ! Là où les deux volumes précédents esquissaient une relation plutôt saine entre le Chevalier noir et son entourage, cet album les voit s’opposer et, inévitablement, se battre au prétexte fallacieux d’empêcher Batman de nuire trop ouvertement aux criminels. Même sorti de la bouche fielleuse de Catwoman ça n’a aucun sens et je n’ai jamais cru à ces combats artificiels vite oubliés lorsque Vandal Savage, Ra's al Ghul et tant d’autres vilains font leur apparition en ville.
J’ai l’habitude de lire mes comics d’une traite et celui-ci présente beaucoup trop d’action pour trop peu de réflexion. Avec une dizaine d’épisodes au sommaire, cela ne pardonne pas et cela rend la lecture indigeste. Quitte à ce que ce genre d’évènement soit un passage obligé et revienne à échéance régulière chez les deux principaux éditeurs, peut-être faudrait-il un jour apprendre à proposer un contenu plus subtil.
Exécuté par Failsafe et laissé pour mort en guise de cliffhanger au tome précédent, Batman n’est évidemment pas passé à trépas mais inexplicablement expédié dans un autre univers. À Gotham certes mais dans une version alternative privée de justicier. Autant le dire d’entrée de jeu, je n’ai aimé ni la proposition scénaristique de Chip Zdarsky, ni le dessin qui l’accompagne. Le dernier épisode suffit toutefois, à lui seul, à rehausser d’une étoile la note de ce deuxième tome (Batman 2016, #131-135).
Tout d’abord, lorsque l’on sort d’un premier tome superbement illustré par Jorge Jiménez, on peut légitimement avoir un peu de mal à poursuivre la lecture avec le dessin de Mike Hawthorne franchement pas au même niveau. À ce dessin déjà pas fameux, s’ajoute ici la pirouette scénaristique du multivers utilisée à tout bout de champ, en l’occurrence pour faire revenir Batman d’entre les morts. Qu’il s’agisse de son adversaire du moment – Red Mask / Darwin Halliday –, de son multivers imbitable ou de ses explications confuses sur un proto-Joker, Batman n’avait à mon sens rien à faire dans cette aventure foireuse.
Mais voilà qu’arrive l’épisode 135 en conclusion de cet album. Si l’on se fie à sa numérotation historique, cet épisode est le 900e de la série régulière et il sortait en VO, courant 2023, peu de temps avant le film The Flash réalisé par Andy Muschietti. J’ai eu plaisir à lire cet hommage et à y retrouver, entre autres, le trait de Mikel Janin. Bien qu’il ne rattrape pas le mauvais scénario d’ensemble – Batman fait encore du surf sur un requin dans l’espace –, il prend au fil des pages une direction intéressante en convoquant avec réussite, à l’instar du film qui explorait ce même thème, les multiples itérations passées du Chevalier noir.
Après Tom King (Batman Rebirth, 12 tomes), James Tynion IV et, brièvement, Joshua Williamson (Batman Joker War et Batman Infinite, 3 et 4 tomes), ce fut au tour de Chip Zdarsky de reprendre les rênes de la série régulière en 2022 à partir de l’épisode 125. Quelques mois auparavant, l’auteur s’était déjà frotté au personnage, avec une certaine réussite à mon avis, sur la mini-série Batman : The Knight qui narrait les premières années d’entrainement du Chevalier noir. Loin d’être un néophyte en matière de super-héros, Zdarsky menait en parallèle, depuis 2019 chez l’éditeur concurrent, l’écriture d’une excellente série Daredevil en compagnie de Marco Checchetto au dessin. Grand amateur de Batman comme de Daredevil, deux personnages traditionnellement attachés à des univers urbains, c’est donc avec enthousiasme que j’ai entamé la lecture de ce premier tome (Batman 2016, #125-130).
Et dans son ensemble, j’ai beaucoup aimé cet album ! Le premier épisode, notamment, est excellent et constitue une porte d’entrée idéale pour de nouveaux lecteurs. L’adversaire principal de cet arc, Failsafe – un redoutable robot destiné à protéger Batman de lui-même s’il venait à déraper –, est plutôt bien campé et constitue une menace crédible même si son design ressemble un peu trop à celui de Peacekeeper-X rencontré dans les tomes précédents.
Opposé au Batman de Zurr-En-Arrh, dont l’accoutrement violet délicieusement rétro ravira les fans de Grant Morrison, les épisodes suivants se montrent cependant très orientés vers l’action. Le propos de fond, sur les limites à opposer au combat légitime de Batman, se retrouve alors noyé sous les affrontements avec Catwoman, la Bat-family ou encore la Ligue de Justice.
À l’exception des back-up à l’intérêt discutable, les six épisodes réunis ici sont illustrés par Jorge Jiménez et c’est un régal à la lecture. Déjà présent au dessin depuis la seconde moitié du run de Tynion IV, son trait, son encrage et les couleurs de Tomeu Morey sont superbes et on ne peut que se réjouir de le voir poursuivre sur la série.
Dans le deuxième tome de cette très médiocre série, Gerry Duggan reprend les mêmes personnages que dans le premier, y ajoute Docteur Strange et Fatalis, mélange le tout et pond une nouvelle bagarre magique sans le moindre intérêt. Pas étonnant qu’avec des bêtises pareilles Marvel ait perdu les droits du personnage en 2022 (Savage Avengers 2019, #6-10 et Annual #1).
Dans cet album, Conan joue de la mitrailleuse, massacre des proxénètes, mange de la dinde et remplace "Putain !" par "Crom !" à tout bout de champ. Certes, le Barbare n’est pas une flèche mais le scénariste ne lui donne pas non plus trop à réfléchir. Il pense manifestement avec sa grosse épée et parait un peu perdu en Latvérie tout du long de ce deuxième arc. À vrai dire, moi-même je ne sais pas pourquoi j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque. Ça se lit en cinq minutes et on n’en ressort pas plus instruit.
En plus d’être nullissime, ces épisodes ne sont mêmes pas beaux à voir ; Mike Deodato Jr. n’aura en effet illustré que l’arc inaugural. Et comme pour le premier tome, celui-ci use à nouveau de la technique de truand devenue une habitude dans les comics : une jolie couverture de Valerio Giangiordano qui ne reflète en rien le contenu de l’album.
Après avoir relu Supergirl : Woman of Tomorrow, par Tom King et Bilquis Evely, j’ai immédiatement sauté sur cet album sorti récemment en librairie par la même équipe créative, coloriste compris. Outre leurs auteurs, leurs histoires ont quelques thèmes en commun : le fantastique bien sûr mais aussi le deuil, leurs personnages féminins, leurs récitatifs prolixes et le goût de leur héroïne respective pour la boisson. Et peut-être est-ce seulement leur lecture successive qui m’a donné cette impression mais le duo formé par Helen et sa gouvernante m’a tout de suite fait penser à la dynamique entre Supergirl et sa commanditaire extraterrestre (Helen of Wyndhorn 2024, #1-6).
Helen est une jeune fille désœuvrée qui noie sa mélancolie et le chagrin de la mort de son père dans l’alcool. Sa vie change soudainement lorsque, accompagnée d’une gouvernante de bonne éducation, elle est invitée au manoir familial où une aventure fantastique l’attend. À l’instar de l’armoire magique de Narnia, le manoir est en effet ouvert sur un monde imaginaire peuplé de créatures d’heroic-fantasy qu’Helen rencontrera ou combattra en compagnie de la figure héroïque de son grand-père.
Comme souvent, King instille dans son intrigue un parallèle avec les comics qui, à mon sens, invite ici à s’évader dans la lecture. Du reste, je ne suis pas certain d’avoir saisi tout le sens de cette aventure si ce n’est de faire son deuil, de se réconcilier avec sa famille et d’aller de l’avant.
Mais peu importe que la conclusion soit alambiquée, on passe un fort agréable moment de lecture à tourner les pages de ces six épisodes. C’est un bel ouvrage, un dessin magnifique, l’Eisner Awards 2025 pour Evely est assurément mérité et la version en couleurs est à privilégier à celle en noir et blanc tant les couleurs de Matheus Lopes sont lumineuses.
Je n’avais jusqu’alors jamais lu d’album dédié au personnage de Supergirl ; tout juste apparaissait-elle parfois au détour d’une aventure de Superman en compagnie d’autres kryptoniens. Le personnage en lui-même ne m’intéresse pas spécialement et le film du DC Universe, à venir l’année prochaine, ne me tente pas plus que ça. En fait, c’est surtout pour Tom King, un scénariste dont j’apprécie généralement le travail, que je me suis laissé tenter par cette lecture (Supergirl: Woman of Tomorrow 2021, #1-8).
Narrée sous la forme d’un livre de voyage, l’histoire use abondamment des récitatifs – ces cartouches de texte plus ou moins denses dont raffole la série Blake & Mortimer par exemple – pour faire progresser son intrigue. Au-delà de ces récitatifs un tantinet longuets, l’élocution des personnages est particulièrement soutenue ; il est donc préférable d’aimer ce style pour apprécier pleinement ce récit. Pour le reste, il s’agit d’une aventure classique mêlant fantastique et science-fiction à la manière d’un Star Wars où l’on navigue en un clin d’œil d’un univers à l’autre en découvrant au passage son bestiaire et ses personnages atypiques.
On suit ici une jeune femme, Ruthye, qui vient de perdre son père et qui, dans sa quête de vengeance, recrute Supergirl pour retrouver la trace de son assassin. Malgré la nature violente de la quête et du péril des situations rencontrées, y compris par Supergirl, le ton reste léger et l’ambiance colorée. Le dessin de Bilquis Evely, découverte précédemment sur la série Woman Wonder, est superbe et les jolies couleurs de Matheus Lopes participent à rendre l’album très agréable à l’œil.
Bref, malgré mon relatif désintérêt pour le personnage, ce fut un beau moment de lecture. Du reste, j’aurais aimé une conclusion plus heureuse mais ainsi va le monde aujourd’hui…
Des mêmes auteurs, il faut lire Helen de Wyndhorn.
En 2019, Marvel récupérait les droits de Conan le Barbare. Il avait alors tôt fait de se joindre aux seconds couteaux des Avengers dans la mini-série Avengers: No Road Home et de débarquer en Terre sauvage. Dans cet album qui en est la suite directe, le Cimmérien croise le fer en compagnie de cinq nouveaux super-héros dans un premier arc aux allures de boucherie (Savage Avengers 2019, #1-5).
Je ne m'attendais à rien et je suis quand même déçu. Bon, avec un titre pareil, je m’attendais quand même un petit peu à ce que Savage Avengers ne soit pas bien finaud. Et puis la jolie couverture de David Finch ne réunissait pas non plus les premiers de la classe. Malgré ces avertissements j’ai lu ce premier tome et nos gros bourrins – Wolverine, Elektra, Docteur Vaudou, le Punisher et Venom – y passent le plus clair de leur temps à affronter les ninjas de la Main, le sorcier Kulan Gath et enfin une sorte de cyclope géant subtilement appelé le dieu médullaire. Tous leurs adversaires se font démembrer, à chaque page le sang coule à flot et le scénario de Gerry Duggan se limite à ça. Heureusement, il reste le dessin correct de Mike Deodato Jr. mais il ne faut pas non plus être trop exigent de ce côté-là.
En 2018, Brian M. Bendis arrive chez DC Comics sur les titres touchant à l’univers de Superman et prépare au long cours l’event Leviathan qui pourrait se résumer à une longue et sombre enquête super-héroïque teintée d’espionnage. À l’issue de cet évènement estival, deux maxi-séries virent le jour sur des personnages ayant plus ou moins directement contribué à cette enquête : Jimmy Olsen et Lois Lane, respectivement photographe et journaliste au Daily Planet. Cette dernière, déjà apparue à maintes reprises aux côtés de Superman – à ce sujet, lire la jolie préface retraçant la carrière éditoriale du personnage –, décroche ici sa première série dont elle tient le rôle-titre. Thriller journalistique sombre tant dans son écriture que dans son dessin, l’intrigue débute d’excellente manière mais se conclue malheureusement de façon précipitée (Lois Lane 2019, #1-12).
Scénarisée par Greg Rucka, la série a des allures de thriller / polar à la Gotham Central, Checkmate ou encore Lazarus, une série certes super-héroïque mais qui se veut sérieuse dans son propos. Le dessin très encré de Mike Perkins participe évidemment pleinement à cette ambiance et rappelle ses travaux passés sur Captain America. Enfin, à l’instar d’une série comme Jessica Jones à la tonalité également plutôt sombre, les personnages féminins des deux camps tiennent ici les premiers rôles.
Ainsi, l’intrigue débute par le meurtre d’une journaliste russe et Lois Lane mène l’enquête tout en travaillant à ses propres révélations sur la politique migratoire des États-Unis. On est alors en 2019, en plein premier mandant de Donald Trump, et le sujet est porteur quand bien même son prédécesseur à la Maison-Blanche a un bilan comparable en la matière. Cependant, si la première partie de l’histoire est prometteuse, la seconde change brusquement d’orientation, met de côté de l’aspect journalistique et politique et se concentre sur la petite personne de Lois Lane et la tentative d’assassinat du Baiser de la mort. Exit le thriller et bienvenue à la magie, à l’occultisme et à ce foutu multivers qui j'exècre. Bref, une conclusion bâclée qui me fait refermer l’album déçu.
J’ai emprunté l’album à la médiathèque après l’avoir feuilleté sans trop de conviction et je le rendrai sans regret de ne pas en avoir fait l’achat. Ce fut une lecture expéditive pour une intrigue à 100 % tournée vers l’action. Alors dans le fond, pourquoi pas – c’est presque un exercice de style à la manière de la série The Shaolin Cowboy par Geof Darrow –, mais j’aurais tout de même préféré qu’un maigre scénario enveloppe ces quelques 130 pages de défouloir (Kali, 2022).
En bref, Kali est une motarde badass à la Sarah Connor qui poursuit son ancien gang de motardes pour se venger de leur supposée trahison. Ça n’a donc absolument rien de subtil et l’histoire racontée par Dan Freedman se résume à une longue course-poursuite dans un univers post-apocalyptique. On flingue et on s’entretue presque à chaque page, les cadavres s’amoncellent par dizaines et notre héroïne s’en tire évidemment à chaque fois sans trop de difficulté. Bref, ça oscille entre Mad Max : Fusiosa et John Wick : Ballerina.
Seul point positif, malgré une coloration brunâtre qui écrase son trait, les planches de Robert Sammelin sont plutôt jolies. Malgré cela, si l’on devine certes que les auteurs s’amusent, que rien de tout ceci ne doit être pris au sérieux, ça ne vole quand même pas plus haut qu’un téléfilm d’action. Se lit une fois puis s’oublie en somme.
Autant l’avouer en avant-propos, je ne suis pas un grand lecteur du Punisher. J’ai en effet toujours trouvé cet anti-héros plutôt bourrin, nihiliste et inutilement violent. Et, si je connais certes un peu l’apport de Garth Ennis au personnage, c’est donc en néophyte que j’ai récemment découvert deux mini-séries illustrées par Jacen Burrows. Seconde lecture : Get Fury où l’énième déploiement de Frank Castle au Vietnam (Punisher: Get Fury 2024, #1-6).
Depuis son premier scénario sur ce personnage en 1995, Ennis aura, par trois fois au moins, expédié Castle dans les affres de la guerre du Vietnam dans les mini-séries Born, The Platoon et cet album-ci. Dans le même temps, il a fait vivre le même enfer à Nick Fury en autant d’occasion. C’est donc en terrain connu que nos deux anti-héros vont se croiser au cours d’une mission de sauvetage sur fond de trafic de drogue. Le scénario n’est pas franchement recherché et ressemble à s’y méprendre à celui de Rambo II auquel on aurait saupoudré une touche d’American Gangster.
Reste le trait de Burrows qui, comme sur l’album Soviet lu auparavant, est plutôt bon. Sans me répéter, ce dessin permet au lecteur que je suis d’y trouver son compte malgré la pauvreté de l’intrigue. Ça ne m’encourage pour autant pas à lire plus assidument les aventures du Punisher.
Autant l’avouer en avant-propos, je ne suis pas un grand lecteur du Punisher. J’ai en effet toujours trouvé cet anti-héros plutôt bourrin, nihiliste et inutilement violent. Et, si je connais certes un peu l’apport de Garth Ennis au personnage, c’est donc en néophyte que j’ai récemment découvert deux mini-séries illustrées par Jacen Burrows. Première lecture : Soviet où l’Afghanistan qui se rappelle au bon souvenir de Frank Castle (Punisher: Soviet 2020, #1-6).
Dans cette histoire, le Punisher m’est apparu plutôt en retrait. L’essentiel du récit se déroule dans le passé et est narré au travers d’une longue série de récitatifs. En résumé, Castle rencontre un vétéran de la guerre d’Afghanistan – celle des années 80, quoique les talibans soient toujours les mêmes aujourd’hui – et nos deux soldats à la gâchette facile deviennent potes le temps d’une brève mission. Le scénario est extrêmement mince, sans surprise et, à l’instar de Rambo III, repose essentiellement sur l’art de jouer de la mitrailleuse. Il faut plus que quelques soldats soviétiques écorchés pour faire une bonne histoire…
Le trait de Burrows est plutôt bon, précis et propre, voire trop propre. Hormis la curiosité de re-découvrir le Punisher, c’est surtout pour ce dessin que j’ai lu cet album. Ça n’excuse pas la pauvreté de l’intrigue mais ça rend au moins la lecture des six épisodes plaisante.
Ni un comics, ni un manga ; il ne s’agit pas d’une bande dessinée mais d’un texte de Greg Rucka illustré par Yoshitaka Amano. Je n’ai jamais été attiré par ce type d’ouvrage hybride ; c’est sa réédition en milieu d’année qui m’a finalement poussé à le lire (Elektra and Wolverine: The Redeemer 2001, #1-3).
Rucka débute sa carrière comme romancier mais ce n’est assurément pas ce récit que l’on retiendra de lui. À tour de rôle, il met en scène Elektra et Wolverine s’affrontant puis protégeant une mystérieuse adolescente prénommée Avery. Celle-ci ressemble bigrement à la future X-23 et, dans l’ensemble, la trame suit celle du film Logan réalisé par James Mangold en 2017. Évidemment, cet album précède chronologiquement le film mais je n’ai pas trouvé l’histoire franchement originale. Le coup des super-héros qui s’opposent avant de conclure une alliance de circonstance contre un tiers est depuis longtemps éculé.
Quant au dessin d’Amano, il a le mérite de proposer une vision radicalement différente de ces deux personnages mais c’est tout ce que j’en retiens. Je ne connais pas l’auteur, semble-t-il associé à l’univers du jeu vidéo Final Fantasy, mais c’est un illustrateur et non un dessinateur de comics et cela se ressent. L’album me fait penser à un artbook dans lequel une succession de tableaux en pleine page illustre le texte de Rucka. À réserver aux amateurs ; pour ma part je n’ai pas été convaincu par cette proposition.
J’achève ce T4 et je rédige dans la foulée ce bref avis avec une motivation au ras des pâquerettes. À sa publication, je m’aperçois qu’il s’agit de mon 400e avis, un achèvement qui restera marqué par cette dernière lecture désespérante. Certes, je m’y attendais mais j’ai rarement été aussi satisfait de refermer un comics pour ne plus jamais devoir le rouvrir (Dark Nights: Death Metal - The Last Stories of the DC Universe 2020, #1, Dark Nights: Death Metal 2020, #6-7, Dark Nights: Death Metal - The Secret Origin 2020, #1 et Dark Nights: Death Metal - The Last 52: War of the Multiverses 2020, #1).
Pas moins d’une soixantaine d’auteurs – scénaristes, dessinateurs, coloristes et encreurs – ont contribué à la réalisation de cet album, la faute à cette multiplication de ties-in sur encore près de 300 pages. Las, je tourne une dernière fois les pages avec désinvolture et je ne m’arrête que lorsque le dessin me plait (Greg Capullo, Alex Maleev) ou que le scénario ressemble à autre chose qu’une causerie d’avant-match.
On approche enfin du terme de cette aventure cosmique et j’attends beaucoup de la conclusion de Scott Snyder. Je plaisante ! Il ne s’agit que d’un affrontement final basique, de quelques envolées philosophiques nébuleuses sur le multivers et tout est bien qui finit bien (enfin, sauf pour Wonder Woman, la véritable héroïne de cette histoire). Dans l’ensemble, Batman : Death Metal est une mini-série boursouflée qui surexploite jusqu’à la nausée le Batman-qui-rit qui constituait pourtant à l’origine une bonne idée. Bref, Snyder en fait trop.
Empruntée il y a quelques années à la médiathèque, je n’ai jamais réussi à poursuivre cette mini-série foutraque au-delà de son deuxième volume. La grandiloquence et le verbiage de Scott Snyder eurent, dès les premières pages du premier épisode, raison de ma patience. Magnanime, j’ai récemment souhaité lui donner une seconde chance en concentrant mon attention sur la lecture de la trame principale. Malheureusement, même cette dernière va de Charybde en Scylla (Justice League 2018, #53-57, Dark Nights: Death Metal - Infinite Hour Exxxtreme! 2020, #1, Dark Nights: Death Metal 2020, #5 et Dark Nights: Death Metal - The Multiverse Who Laughs 2020, #1).
Les ties-in ont pour vocation de développer certaines intrigues ou personnages secondaires d’une plus grande histoire (tout en permettant à l’éditeur d’engranger quelques ventes supplémentaires). Dans le cas présent, ils sont beaucoup trop nombreux et, recueillis de manière exhaustive par Urban Comics, ils ne contribuent qu’à noyer le lecteur. Ainsi, il n’y a dans ce T3 qu’un seul épisode de la série principale. Des seconds couteaux de la Ligue de Justice jusqu’à cet idiot de Lobo, tout le reste du contenu n’est que remplissage à l’intérêt discutable. À l’échelle de la série, les 7 épisodes de Batman : Death Metal sont ainsi dilués dans près de 1000 pages de ties-in accessoires.
Les pages se tournent donc avec indifférence et, aux deux tiers de l’album, lorsque l’on retrouve enfin le cinquième épisode de la trame principale et le joli trait de Greg Capullo, l’intérêt pour ce gloubi-boulga d’anti-crise et de multivers noir a disparu.
En 2017, Enrico Marini, qui alterne alors chaque année entre un album du Scorpion et un autre des Aigles de Rome, se lance dans un nouveau projet dont on sent à la kyrielle de remerciements en début d’ouvrage qu’il a adoré l’exercice : adapter Batman. Publié chez Dargaud au format standard franco-belge, l’album préfigure en quelque sorte la collection DC Black Label qui débutera l’année suivante chez Urban Comics et qui laisse à une variété d’auteurs américains comme européens la possibilité de s’exprimer dans un univers alternatif du Chevalier noir.
Je suis d’ordinaire plutôt un amateur du Batman canonique – publié ces dernières années dans les séries Rebirth, Joker War, Infinite puis Dark City – et la proposition de Marini se révèle très classique. Toutefois, bien que le cahier des charges d’un bon Batman soit rempli, le scénario m’a paru sans surprise. À buter tous ses partenaires, le comportement du Joker est en effet calqué sur celui du Dark Knight de Christopher Nolan ; Harley Quinn est une bimbo écervelée ; l’album repose beaucoup sur l’action, en particulier sur les courses-poursuites ; mais surtout on devine bien trop rapidement la parenté qui lie la jeune fille et le Joker alors que celle-ci sert de révélation finale. Je ne suis pas non plus certain que sa mère ait été si consentante ou "charmée" que ça…
Bref, comme souvent chez Marini, ça se lit très rapidement car ça manque un peu de fond. Dommage car l’album est très joliment illustré (quoique la mâchoire carrée de Batman et la plastique sexy d’Harley Quinn m’aient rappelé tous les personnages de l’auteur depuis Rapaces).
Scott Snyder sur Batman, c’est une histoire qui remonte déjà à 2011. Il y a eu du très bon, notamment au début avec la Cour des hiboux, puis une succession de séries grand-guignolesques – Metal, Death Metal, Last Knight on Earth – qui m’amènent aujourd’hui à me méfier de tout nouveau travail sur le personnage. C’est donc sans grande attente mais avec tout de même une once de curiosité que j’ai entamé cette nouvelle série (Absolute Batman 2024, #1-6).
Estampillée "Absolute", un équivalent de l’univers Ultimate chez Marvel, la série fonctionne pour l’heure de manière assez classique : un nouvel adversaire en la personne de Black Mask est introduit, une thématique actuelle – la cryptomonnaie – sert l’intrigue de ce premier arc et on navigue à chaque nouvel épisode entre le passé et le présent du personnage. Sur le fond, rien de bien exceptionnel donc pour qui aurait l’habitude de lire du Batman ces dernières années.
C’est sur la forme que la série s’éloigne fortement du classicisme du Chevalier noir. Tout d’abord, comme le montre la couverture, le design retenu pour le personnage par Nick Dragotta est massif et plus proche de celui que l’on attribuerait à Bane qu’à Batman. Ensuite, cette musculature sous stéroïdes est mise au service d’une grande violence graphique et, s’il ne tue heureusement toujours pas, Batman n’hésite désormais plus à gravement blesser tous celles et ceux qui se mettent en travers de son chemin.
J’ai trouvé décevante cette vision du personnage, assez éloignée de l’idée que je m’en fais, et j’ai eu l’impression de retrouver dans ce gros bourrin le Dark Knight de Frank Miller mais en plus jeune. Il y a pourtant de chouettes idées pour réinventer la mythologie du personnage – son origine sociale, ses proches – mais je n’arrive pas à faire abstraction de ce constant besoin d’exagération.
À la faveur d’un documentaire sur la récente dissolution du PKK, j’ai eu envie de relire à la suite les deux témoignages en BD de Zerocalcare sur cette région kurde située entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Second volume : No sleep till Shengal, publié en 2021.
Si l’on a peu gouté, comme cela fut mon cas, au style tant graphique que narratif de cet auteur italien sur sa précédente incursion au Moyen-Orient, on risque fort de ne pas l’apprécier à nouveau et je ne me répèterai pas dans ce second avis. Je persiste en effet à penser qu’il y a des sujets trop sérieux et complexes pour qu’ils soient traités avec un tel détachement.
Après la Syrie, Michele Rech est invité à donner une suite à son premier témoignage et à se rendre en Irak, dans le Sinjar, pour raconter le quotidien des Yézidis, autre minorité persécutée ou abandonnée à la persécution depuis des lustres par les différentes puissances en place. Toujours à la manière d’un blog, une bonne partie de l’album est consacrée à son périple en voiture car, qui l’eût cru, se rendre dans une zone de guerre quand on n’a rien à y faire reste une gageure. Et Zerocalcare de découvrir un peu naïvement à cette occasion toutes les difficultés administratives et sécuritaires locales.
Bref, une fois sur place, ce récit prend peu ou prou la même tournure que le précédent. De banales tranches de vie, des esquisses des différentes responsabilités dans les massacres perpétrés quelques années plus tôt, le tout en évitant poliment les sujets qui fâchent comme la responsabilité des Peshmerga en 2014, l’autodétermination, le pétrole ou la religion. L’auteur s’efforce tout de même, dans une brève séquence, d’interroger la partie adverse mais est aussitôt rabroué. Là-dessus, j’achève la lecture de ce second album avec le sentiment d’être face à une situation tristement inextricable.
À la faveur d’un documentaire sur la récente dissolution du PKK, j’ai souhaité relire à la suite les deux témoignages en BD de Zerocalcare sur cette région kurde située entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Premier volume : Kobane calling, publié en 2014.
D’entrée, je me suis rappelé que j’allais encore avoir un peu mal avec le style de cet auteur italien – mi-pipelette mi-comique – à mon humble avis relativement inapproprié à la gravité des évènements racontés. Entre ses mille et une références italiano-romaines, sa naïveté en matière de géopolitique, son humour incessant et ses personnages de dessin animé – au premier rang desquels son tatou et Ken le Survivant –, tout concourt à désamorcer les différentes situations rencontrées et à rendre finalement acceptable pour le lecteur la violence du sujet.
Point de journalisme ici mais un récit déroulé à la manière d’un blog, son support originel, au gré du périple de Michele Rech entre les villes Mehser, Kobané, Erbil ou encore Kandil. Une succession de scénettes diverses et variées nous fait ainsi découvrir un conflit à hauteur d’homme et on passe par exemple, sur le même ton et sans trop de transition, de la semoule aux exécutions sommaires. Tout au long de l’album, seul le point de vue kurde sera développé et on sent que Zerocalcare, manifestement engagé à gauche, est tombé sous le charme de cette organisation sociale et politique inédite au Moyen-Orient.
L’auteur évite cependant soigneusement les questions qui fâcheraient ses hôtes ou nuanceraient son propos. Ainsi donc, les origines du conflit ne sont pas traitées et l’État islamique est réduit à une bande de types encagoulés sans motivation apparente. S’il existe heureusement des documentaires qui illustrent toute la complexité de cette région du Rojava, le témoignage, courageux mais un brin inconscient, de Zerocalcare reste pour autant intéressant en ce qu’il dépeint l’ordinaire d’un quotidien en temps de guerre.
Au menu de ce troisième et dernier volume : Jonathan Crane à visage découvert, Harley Quinn et Poison Ivy qui se retrouvent – et dont la présence dans l’intrigue, jusqu’ici incongrue, trouve enfin son utilité – et un énième mano a mano entre le Chevalier noir et Peacekeeper-01 pour conclure de manière bourrine cet "État de terreur" qui n’aura véritablement atterré que le lecteur que je suis (Batman 2016, #115-117, Nightwing 2016 #85-86, Batman: Fear State Omega #1 et Batman: Secret Files - The Gardener #1).
Au final, le run de James Tynion IV m’a paru d’un niveau assez moyen ; en tout cas pas au niveau de ceux de Scott Snyder et de Tom King qui les ont précédés. Certes, ces deux auteurs ont bénéficié d’un relaunch complet et ont également connu le creux de la vague – le Bat-lapin pour le premier, le mariage avorté pour le second – mais le travail de Tynion IV ne m’aura jamais emballé. C’est un Batman certes correct mais pas mémorable, il aura cependant eu le mérite de bénéficier tout du long du superbe dessin de Jorge Jiménez. Le découpage du run, en VF, en deux séries distinctes de format différent n’aura pas non plus contribué à le percevoir comme un ensemble cohérent.
Enfin, un mot sur les couvertures de ces trois tomes. Si j’ai adoré la première, réalisée par Jorge Jiménez et parfaitement appropriée, je n’ai absolument pas compris le choix d’Urban Comics pour les deux tomes suivants. La couverture du tome 2 est en effet une reprise d’une planche intérieure et non une véritable illustration de couverture ; quant à celle du tome 3, elle est tirée d’un épisode qui ne se trouve même dans l’album. Bref, des choix regrettables d’autant plus qu’il existait deux jolis triptyques par Jorge Molina.
Ce deuxième volume est indissociable du troisième puisqu’ils forment ensemble l’évènement "État de terreur" (Fear State, en VO). Au vu des trois seuls épisodes de la série régulière Batman présents au sommaire, on imagine à raison que l’intrigue ne progressera que très peu. Ainsi, plusieurs séries relatives à la Bat-family – au premier rang desquelles celle consacrée à Nightwing – viennent grossir l’album et raconter les conséquences de la dispersion de la toxine de l’Épouvantail sur nos super-héros et la ville de Gotham (Batman 2016, #112-114, Nightwing 2016, #84, Batman: Fear State Alpha #1 et Batman: Secret Files - Miracle Molly #1 et Peacekeeper-01 #1).
Ce deuxième tome développe essentiellement les à-côtés de l’intrigue et le passé de ses nouveaux protagonistes tels Miracle Molly et Sean Mahoney avant qu’il ne devienne Peacekeeper-01 (des épisodes d’ailleurs joliment illustrés respectivement par Dani et Joshua Hixson).
Ce n’est ni totalement inutile ni rigoureusement indispensable, tout juste s’agit-il d’un Batman très classique. Après tout, n’est-ce pas ce qui est demandé à son auteur ? Je suis peut-être trop vieux désormais pour encore m’émerveiller en lisant du Batman mais j’attendais mieux de ce run. Une fois encore, James Tynion IV monte en épingle les justifications simplistes de Jonathan Crane, alors adolescent, quand son propre scénario s’achève sur une confrontation téléphonée entre le Chevalier noir et un nouveau super-soldat habilement baptisé Peacekeeper-X (à qui l’on a en plus donné un costume noir pour montrer qu’il était plus badass que le précédent).
Après Scott Snyder (2011-2016, 9 tomes) et Tom King (2016-2020, 12 tomes), la série régulière Batman est reprise par James Tynion IV en janvier 2020 à partir de l’épisode 86. Le personnage est loin de lui être inconnu puisqu’il a œuvré sous l’aile de Snyder durant plusieurs années. Désormais seul aux commandes, son run s’étalera jusqu’à l’épisode 117, soit sur une trentaine d’épisodes au total couvrant près de deux années de publication.
En français, pour d’obscures raisons éditoriales que seuls quelques initiés comprendront, Urban Comics a publié ce run dans deux séries distinctes : Batman Joker War tout d’abord (3 tomes, grand format) puis, notez la cohérence, Batman Infinite (4 tomes, petit format). La première série se concentre sur le Joker tandis que la seconde est consacrée à une machination orchestrée par Jonathan Crane alias l’Épouvantail, toutefois les deux sont liées et les ressorts scénaristiques de Tynion IV sont les mêmes : beaucoup de personnages et beaucoup d’action. Si vous attendiez un peu de finesse, dénichez vous donc une autre lecture.
Je recommanderais bien sûr de commencer par le commencement mais cette seconde moitié de run peut aussi faire office de porte d’entrée. Contrairement à ce qu’annonce l’introduction, les conséquences de Batman Joker War sont mineures et ne bouleversent pas le statu quo ; quelles que soient les épreuves traversées, le Chevalier noir passe toujours aisément d’un adversaire à l’autre.
Dès le début, il n’est pas fait de mystère que l’Épouvantail sera au cœur de l’intrigue mais, dans ce premier volume, c’est surtout de Christopher Nakano, un ex-flic devenu maire, et de Simon Saint, un scientifique mégalomaniaque, dont il sera question. Le scénario esquisse un discours autour de la peur, du contrôle et de la manipulation de masse mais ne s’appesantit pas sur le sujet. Point de politique, ou si peu avec le collectif anarchiste Unsanity, c’est par un combat contre un super-soldat subtilement nommé Peacekeeper-01 que l’on referme l’album (Infinite Frontier 2021, #0 et Batman 2016, #106-111).
Les premiers lecteurs auront patienté trois ans et demi avant de voir Mike Mignola illustrer le dixième et dernier épisode de cette mini-série. Ça fait long pour connaitre la fin des aventures d’Hellboy en Enfer qui, au final, auront surtout constitué une errance dans les Limbes non pas dénuée de tout intérêt mais dont le scénario reste essentiellement contemplatif et introspectif (Hellboy in Hell 2012, #6-10).
À l’instar du tome précédent, notre démon préféré continue sa lente traversée des Enfers ; il tombe malade, rencontre une famille et une épouse revanchardes et se refuse toujours à endosser la couronne de roi des Enfers qui lui tend les bras. La fin m’a laissé dubitatif. D’un côté, je suis heureux qu’Hellboy ait enfin trouvé la paix à laquelle il aspirait ; de l’autre, cette mini-série n’aura été qu’une succession d’épisodes disparates. Voilà, Hellboy est mort et c’est tout, le rideau est tombé.
Le véritable intérêt de cette errance réside selon moi surtout dans le retour au dessin de Mignola, plutôt habitué ces dernières années à déléguer cet exercice alors qu’il s’agissait de son point fort. Les deux albums en noir et blanc, et en grand format, sont certes superbes mais restent des objets pour collectionneur ; je recommanderais de lire l’édition standard avec les belles couleurs de Dave Stewart.
J’apprécie tout particulièrement la série principale Hellboy, un peu moins son univers étendu et sa kyrielle de séries secondaires, et je me suis récemment attaché à regarder sa quatrième et dernière adaptation sur grand écran Hellboy : The Crooked Man. Pas de surprise, le film est aussi indigent qu’attendu et ressemble à film d’horreur à tout petit budget. Alors, pour noyer mon chagrin, je me suis replongé dans les comics de Mike Mignola (Hellboy in Hell 2012, #1-5).
Si le scénario du film s’inspire du tome 11 "L’Homme tordu", il est recommandé, si ce n’est impératif, d’avoir lu jusqu’au tome 13 "L’Ultime tempête" avant d’entamer cette mini-série qui voit Hellboy être tué par un dragon / sorcière et envoyé en Enfer. Celle-ci fait en effet abondamment référence aux nombreux amis et ennemis rencontrés par Hellboy dans ses aventures précédentes et n’est donc pas à recommander aux lecteurs néophytes.
Du reste, notre démon préféré reste relativement spectateur dans cette histoire, comme un peu perdu dans son propre royaume, et se contente de suivre ses guides successifs et de placer un bon mot de temps à autre. On retrouve avec plaisir la nonchalance du personnage et son contraste avec le sérieux de la situation mais il faut quand même aimer la mythologie des Enfers et ses références bibliques pour ne pas s’ennuyer à la lecture.
Ce dix-neuvième volume des aventures de Hellboy, "Hellboy in Love", voit notre démon préféré s’engager timidement dans une relation amoureuse (Hellboy in Love 2022, #1-5). Enfin !
Si Hellboy a déjà été brièvement marié, au cours d’une enivrante virée au Mexique, ce n’était qu’après avoir été trompé sur la nature réelle de sa partenaire (voir le tome 12). Le reste du temps, il ne peut compter que sur son imposante main droite… Mais cela va changer car, dans cet album, il a les idées claires et entame une idylle aussi embarrassante qu’hésitante avec l’archéologue Anastasia Bransfield. Si celle-ci se prête plutôt volontiers au jeu de la séduction, Hellboy se complait dans le rôle du nigaud pas très à l’aise dans l’expression de ses sentiments.
Le scénario de Mike Mignola et de Christopher Golden, accompagnés au dessin par Matt Smith, ne s’attarde malheureusement guère sur leur relation. Au contraire, il s’agit pour l’essentiel d’une aventure ordinaire qui mènera, en 1979, nos deux amoureux de l’Angleterre à l’Inde en passant par la Turquie à la poursuite d’une organisation secrète. Une occasion manquée à mon avis tant cela aurait pu amener un peu de nouveauté dans la vie terriblement solitaire d’Hellboy et en même temps offrir au lecteur autre chose que de la dose habituelle de castagne.
Ce dix-huitième volume des aventures de Hellboy, "Le Club de la lanterne d’argent", voit notre démon préféré attablé dans un bar en Angleterre, en 1953, en compagnie de son mentor, le professeur Bruttenholm, mourant d’ennui à écouter les récits abracadabrantesques d’un vieil oncle (Hellboy: The Silver Lantern Club 2021, #1-5).
J’exagère à peine, ce n’est pas le tome le plus remuant ni le plus intéressant de la série. Hellboy y reste en effet assis dans son fauteuil, à enchainer les pintes autant que les histoires plus surnaturelles les unes que les autres d’un petit groupe de détectives occultes. La formule me fait penser à la Ligue des gentlemen extraordinaires d’Alan Moore mais dans un format plus ramassé.
Chaque épisode est un prétexte pour que Mike Mignola et Chris Roberson nous racontent les péripéties et les victoires remportées tantôt contre un esprit, tantôt contre une grosse araignée, un démon, un loup-garou ou un chien des Enfers. Le dessin, principalement réalisé par Christopher Mitten et accompagné par Ben Stenbeck, est tout à fait correct et dans la norme de ce que l’on retrouve d’ordinaire sur la série. Bref, comme pour le précédent album, s’il n’est pas mauvais, il est clairement dispensable en cela qu’il se contente de développer le Hellboyverse et les à-côtés du personnage.
Adaptation en comics du roman illustré du même nom publié vingt ans plus tôt, ce dix-septième volume des aventures de Hellboy, "Les Os des géants", envoi notre démon préféré en Suède, en 1988, pour revisiter succinctement, en compagnie du B.P.R.D., la mythologie nordique (Hellboy: The Bones of Giants 2021, #1-4).
Le marteau Mjöllnir, les elfes noirs Svartálfar, les nains Nidavellim ou encore les Valkyries, Mike Mignola et Christopher Golden convoquent une partie des mythes scandinaves et font plus ou moins revenir à la vie Thrym, le roi des géants des glaces. Pas pour bien longtemps cependant, le temps de quatre petits épisodes, mais cela suffit pour qu’Hellboy le renvoie aussitôt à Jötunheim d’une habituelle et expéditive droite de l’Enfer.
Bref, c’est très rapide, le scénario réutilise certes çà et là quelques légendes locales mais ne s’appesantit jamais dessus. Un tome qui plaira aux lecteurs de Thor, chez Marvel, avec son univers prétexte à la castagne. Quant au dessin de Matt Smith, il est tout à fait correct et correspond au style attendu sur la série. En conclusion, ce n’est pas un mauvais album et il reste agréable de retrouver le sarcasme de Hellboy mais ça manque un peu de profondeur. On pourrait appliquer le même traitement à toutes les mythologies du monde que le personnage n’évoluerait pas.
Entre l’inévitable Batman : Année Un, Batman : Un Long Halloween et sa suite Batman : Amère Victoire, les premières années d’exercice du Chevalier noir sont bien documentées. Celles qui le sont moins, ce sont les années qui précèdent et c’est compréhensible car elles sont aussi les moins intéressantes. Scott Snyder s’y est essayé sans trop de réussite il y a une dizaine d’années avec Batman : L’An Zéro et désormais Chip Zdarsky s’attache lui aussi à enrichir cette période (Batman: The Knight 2022, #1-10).
Débuté en 2022, peu avant l’arrivée de Zdarsky sur la série régulière (voir Batman : Dark City, en VF), Batman : The Knight est en quelque sorte le programme d’entrainement du Chevalier noir. Avide de connaissance dans tous les domaines – arts martiaux, infiltration, maniement des armes à feu, sciences occultes – mais en fait surtout dans le combat rapproché, Bruce Wayne va parcourir le monde entier, en commençant par Paris, pour se préparer physiquement et mentalement à prendre sa revanche contre le crime.
Le scénario rappelle nécessairement celui du film Batman Begins, réalisé par Christopher Nolan en 2005, encore plus lorsque Ra's al Ghul fait son apparition. Les rencontres avec des protagonistes plus ou moins connus sont intéressantes et le binôme que Bruce Wayne forme avec Anton est sympa à suivre quand on connait le futur du personnage (voir Batman Infinite, en VF). Quant au dessin de Carmine Di Giandomenico, il est plutôt réussi et constant tout au long des dix épisodes même si ce style n’a pas forcément ma préférence. Cependant, s’il s’agit d’une lecture agréable, Batman sans son costume ça n’est pas tout à fait Batman.
La Seconde guerre mondiale, sur le front de l’Est. Sara est une tireuse d’élite soviétique froide, redoutable mais aussi emplie de doutes quant au bien-fondé de sa mission, un personnage très librement inspiré par Lioudmila Pavlitchenko, une tireuse d’élite bien réelle aux 309 tués. Un récit de guerre sobre et sérieux par deux auteurs habitués à ce genre mais qu’ils appliquent d’ordinaire à leurs super-héros favoris : Garth Ennis avec le Punisher et Steve Epting avec Captain America (Sara 2018, #1-6).
Le dessin d’Epting justement est superbe, bien documenté semble-t-il et parfaitement adapté au sujet quoiqu’un peu trop propre. J’aurais volontiers lu le double d’épisodes pour en apprendre davantage sur l’héroïne et ses camarades, elle qui n’aura au final été qu’un instrument froid et meurtrier dans un conflit qui lui échappe. À l’exception de quelques bribes d’entrainement ou de brefs échanges entre camarades, on ne saura trop rien de la vie antérieure de Sara. Jusqu’à la dernière page, elle est une machine de guerre au service d’un idéal et d’un pays qui le lui rend fort mal. Il y a certes, en creux, une critique du rôle des commissaires politiques auprès des troupes ou des pratiques abjectes de l’armée soviétique contre sa propre population mais le scénario se concentre sur l’aspect technique du tir d’élite et, plus généralement, sur le combat. Il n’y a pas de place, ou si peu, pour les sentiments et ce sera mon seul bémol.
Ce sixième tome de la série Batman : One Bad Day, consacré à Catwoman, a des allures d’Ocean's 8 sans en avoir le casting pourtant éminemment féminin. C’est un casse somme toute banal et d’une simplicité étonnante pour un bijou sans valeur autre que sentimentale.
Déjà habituée aux aventures de plusieurs super-héroïnes (Mystique, Ms. Marvel, Wonder Woman, Poison Ivy), j’ai trouvé le scénario de G. Willow Wilson assez plat et sans surprise. Quant au dessin de Jamie McKelvie, il est beaucoup trop lisse et informatisé pour me plaire. Ces deux auteurs avaient déjà collaboré sur Young Avengers en 2013 et je me rappelle avoir eu la même aversion pour ce style.
En fin de compte, ce n’est même pas une vraie mauvaise journée pour Selina Kyle ; juste une journée de cambriolage ordinaire avec son lot d’adrénaline, de joie puis de déception. À la limite, pour les passionnés de joaillerie, il y a bien une idée autour de l’Oiseau en cage puis de l’Oiseau libéré, créé par Jeanne Toussaint pour Cartier pendant la Seconde guerre mondiale, mais le sujet est à peine effleuré.
Bref, je ne vois pas quoi ajouter de plus, il s’agit du plus faible album de la série àmha.
Dans ce quatrième album de la série Batman : One Bad Day, on s’intéresse cette fois-ci à Mr. Freeze. Comme pour plusieurs autres volumes de la série, j’ai passé un agréable moment de lecture – quoique bref, format d’une soixantaine de pages oblige – et le personnage est, par certains aspects de sa vie antérieure au crime, rendu presque sympathique.
Le dessin de Matteo Scalera, qui sur certaines planches me fait penser à celui Sean G. Murphy avec lequel il a justement collaboré sur Batman: White Knight presents Harley Quinn, est très beau et se démarque véritablement du reste de la production super-héroïque. Il me parait même encore plus agréable à l’œil dans les scènes les plus calmes et touchantes de l’album.
S’il s’agit certes d’un bon album, le scénario de Gerry Duggan ne s’intéresse finalement que fort peu à cette journée si particulière qui aurait vu le scientifique basculer. Sans l’occulter totalement bien sûr, il s’agit plutôt ici d’une tentative désespérée de Batman – et de Robin – de remettre Mr. Freeze dans le droit chemin. Naturellement, ceux-ci échouent dans leur tâche et l’album prend alors une direction assez classique orientée vers l’action. Je regrette par exemple que la psychologie de Victor Fries, pourtant décrit comme un homme réfléchi et intelligent, n’ait pas été plus développée alors que le concept l’y invitait ou que son épouse malade, Nora, n’ait guère davantage été au centre de ses préoccupations.
Bien qu’il y ait l’ombre de Batman en couverture (très jolie, réalisée par Jorge Molina, mais sans rapport avec le style intérieur de Phil Hester, au demeurant très réussi également), Gotham dans le titre, la famille Wayne au cœur de l’intrigue et quelques noms familiers – Crime Alley, Ace Chemicals –, l’histoire pourrait tout autant ne pas se situer dans l’univers de Batman, quasiment absent de l’album par ailleurs (Gotham City: Year One 2022, #1-6).
C’est en fait un polar assez classique avec son détective privé, Slam Bradley, au bout du rouleau, qui boit, qui fume, qui couche et qui se lance bien malgré lui à la recherche d’une enfant kidnappée. Mais cette disparition n’est en réalité qu’un prétexte destiné à narrer, longs récitatifs à l’appui, les débuts parallèles de la ville de Gotham et de la famille Wayne. Et le véritable propos de Tom King me parait même être ailleurs.
L’auteur insiste en effet lourdement, surtout dans la seconde moitié de l’album, sur la question du racisme (la ségrégation spatiale, les inégalités sociales, les violences policières et urbaines). J’ai beau avoir lu pas mal d’histoires dans l’univers de Batman, je n’avais jamais perçu que ce sujet était particulièrement prégnant à Gotham. King souligne aussi à plusieurs reprises les origines mulâtresses de son personnage principal quand bien même le dessinateur lui donne, sans confusion possible, l’apparence d’un blanc tout au long de ses planches. Enfin, l’histoire s’achève sur une sorte de non-dit quant au métissage de Batman via son grand-père…
Bref, le traitement moralisateur du sujet n’est pas très subtil et laisse de côté un aspect à mon sens essentiel de l’intrigue : Queenie Lydell et Constance Wayne, pourtant toutes deux complices d’homicide involontaire, à des degrés différents, s’en tirent sans être inquiétées.
À la fin du premier tome, nous avions laissé Emily Star, la nouvelle coéquipière d’Easton Newburn en bien mauvaise posture. Dans ce second tome, son passé trouble refait surface, celui de son patron et partenaire s’éclaircit également mais, si Newburn parait moins monolithique qu’auparavant, il n’en demeure pas moins un personnage irrésistible (Newburn 2021, #9-16).
La série n’est pas découpée en arcs scénaristiques et ce second volume est la suite directe de l’intrigue entamée précédemment. Il est donc préférable de lire les deux albums d’une traite afin de ne rien perdre de cette histoire de mafia / trahison / double jeu. Pour pimenter un peu l’affaire, Chip Zdarsky amène une journaliste et un ex-petit ami d’Emily dans l’équation mais ce sont surtout la relation professionnelle naissante entre Newburn et sa coéquipière et leur passé respectif dont il est question dans ce tome.
Auteur très en vue ces dernières années, je ne connaissais jusqu’alors Zdarsky que pour ses travaux super-héroïques notamment sur Daredevil, Batman ou Spider-Man. Ses débuts dans le registre du polar sont intéressants et le dessin de Jacob Phillips est encore une fois très réussi mais je ne me vois pas pour autant mettre plus de trois étoiles. C’est une bonne mini-série d’après la grille de notation du site mais sans plus. Des séries récentes comme celles produites chaque année à la chaine par Ed Brubaker et Sean Phillips ou des séries plus anciennes tel Sin City, 100 Bullets, Gotham Central ou encore Scalped m’ont paru plus originales et mémorables.
Dès les premières pages, Newburn évoque une parenté évidente avec Criminal, le comics polar par excellence par Ed Brubaker et Sean Phillips ; au point qu’il est étonnant que cet album soit édité en français par Urban Comics et non par Delcourt (quoiqu’il y ait déjà eu une exception avec la réédition de Sleeper en 2022). Car Newburn est un polar extrêmement classique où un personnage énigmatique, Easton Newburn, navigue entre la police et les mafias new-yorkaises non pas à vue mais avec dix coups d’avance (Newburn 2021, #1-8).
On ne saura jamais trop rien de Newburn, même au terme de ces huit premiers épisodes, si ce n’est qu’il rend étonnamment autant service à la police qu’aux familles mafieuses qui paient cher son entregent. Le personnage est froid, calculateur et aussi doué d’esprit qu’arme à la main. C’est la caricature d’un vieux détective privé trop parfait, à qui tout réussit et personne ne résiste. Pour l’instant du moins, car l’histoire débute lorsque celui-ci s’adjoint les services d’une jeune femme, Emily Star, amenée à devenir sa coéquipière.
Il est certes appréciable de voir enfin Chip Zdarsky œuvrer dans un registre autre que super-héroïque mais on repassera pour l’originalité. D’autant plus que si le dessin et la couleur sont très bons, ils rappellent inévitablement Criminal et tous ces polars dans la même veine puisque Jacob Phillips en est le coloriste attitré. Bref, c’est un bon premier album mais dont ni le scénario, ni le dessin ne m’ont paru apporter de réelle nouveauté au genre.
Tiré d’une série anthologique, ce court album présente la première rencontre entre Batman, dans sa première année d’exercice, et le Joker, déjà au meilleur de sa forme (Batman: The Brave and the Bold 2023, #1, 2, 5 et 9).
Je commencerais par ce que je n’ai pas aimé : le langage grossier. Plusieurs personnages jurent comme des charretiers et, quand bien même la situation le justifierait, cette multiplication de mots censurés – %!#&@ – devient rapidement lassante à l’écrit. Un récit estampillé "pour lecteurs avertis" pourrait bien s’autoriser quelques jurons.
À part ça, j’adore Tom King, nombre de ses scénarios me paraissent d’excellente facture et c’est toujours un plaisir de retrouver ses tics d’écriture au premier rang desquels la répétition des scènes, des points de vue, des dialogues, etc. Ça peut certes paraitre facile, voire prétentieux, de bâtir une carrière sur un découpage mais ça fonctionne encore une fois super bien ici.
Accompagné par Mitch Gerads au dessin, superbe au demeurant, avec qui il collabore régulièrement (Sheriff of Babylon, Mister Miracle ou, plus récemment, Strange Adventures), c’est un très bon récit dans lequel Batman découvre le Joker, le prend d’abord à la légère – ou à la rigolade – avant de comprendre la folie qui l’anime. Batman finit même par se prêter au jeu de la blague Carambar, à ses dépens à mon avis tant le Joker parait maitriser son sujet.
Au final, et bien qu’il s’agisse d’un très bon album, on perçoit que, dès leur premier face-à-face, le Chevalier noir perdra éternellement son combat contre le Clown prince du crime. Parce que leurs morales sont antinomiques, parce que le Joker n’a aucune limite, il tuera encore et encore et Batman le laissera courir, d'accord, d'accord. Aux grands maux, les grands remèdes ; ce n’est pas Batman mais le Punisher que Gordon devrait appeler.
Avant d’acquérir cet album, je l’avais d’abord emprunté à la bibliothèque car sa couverture m’avait intrigué. Un rapide feuilletage m’a convaincu de me laisser tenter et puis le livre en lui-même est vraiment un très bel objet (une habitude désormais chez 404 Graphic, avec cette attention portée à la maquette, au papier, au sommaire et à l’ours, le tout pour un prix correct). C’est un récit que l’on rangerait au premier abord en science-fiction mais qui, à mesure que l’on progresse dans l’histoire, tient davantage du drame doublé d’une réflexion sur la guerre froide (Strange Skies Over East Berlin 2019, #1-4).
Le scénario de Jeff Loveness est relativement simple, contraint sans doute par son format en quatre petits épisodes, mais l’essentiel est de toute évidence ailleurs : dans l’ambiance que dégage cette histoire et dans la rédemption recherchée par son protagoniste principal. On y suit, en 1973, un espion américain envoyé à Berlin-Est pour retrouver la trace d’une apparition d’origine extra-terrestre. S’il parvient à ses fins, la créature se montre plus retord que prévu, et ce, pour les deux camps et les hommes et les femmes qui jouent habituellement leur partition dans l’ombre vont découvrir le risque de manipuler la vérité et le mensonge.
En somme, un agréable moment de lecture pour un récit peu bavard mais, à l’inverse, très introspectif. J’aurais volontiers lu quelques épisodes supplémentaires afin d’éclaircir le mystère de cette apparition, ses motivations laissées de côté ainsi que celles du personnage principal qui m’apparait quelque peu apathique par moments. Le dessin en grandes cases de Lisandro Estherren, les aquarelles du coloriste et le design original de la créature sont également très bons et cette ambiance m’a beaucoup fait penser à la série télévisée française Totems.
J’ai récemment achevé de regarder l’excellente mini-série The Penguin, avec Colin Farell méconnaissable dans le rôle-titre, et j’ai voulu voir ce qu’un comics centré sur ce personnage pouvait apporter. Le premier volume de la série Batman : One Bad Day était très bon alors j’ai pioché dans celle-ci mais, malheureusement, je n’y ai pas du tout retrouvé la qualité d’écriture et de dessin de l’album consacré au Sphinx.
La mini-série et le comics ont pourtant un point commun : ils proposent tous deux comme point de départ un Pingouin au plus bas qui monte petit à petit en puissance en gagnant puis perdant quelques associés au passage. Mais la comparaison s’arrête là. Le Pingouin de John Ridley est triste, sans envergure et ne se réveille enfin qu’à l’avant-dernière page. Son acolyte principal est une version féminine de One-Punch Man que j’ai trouvé ridicule. Et son adversaire du jour, censé lui avoir volé son empire criminel, ne fait que de la figuration. Bref, le scénario m’a paru assez faible, du moins sans originalité.
Même le dessin, qui dans le domaine de la BD franco-belge comme du comics peut parfois suffire à lui seul à rattraper, si ce n’est à sauver, un mauvais scénario, m’a paru quelconque. Ici, celui de Giuseppe Camuncoli est dans les standards actuels du comics, ni bon ni mauvais, ni fin ni grossier, juste passe-partout. Je suis persuadé que personne ne reconnaitrait la patte de cet auteur dans ces planches.
Après un rapide feuilletage, les origines d’Oswald Cobblepot me paraissent bien plus intéressantes dans La Splendeur du Pingouin par Gregg Hurwitz et Szymon Kudranski.
La série Batman : One Bad Day réécrit les origines de huit des principaux adversaires de Batman et, en particulier, le jour où ces derniers ont basculé dans le crime. En seulement une soixantaine de pages, le concept se calque dans l’esprit de son illustre prédécesseur Batman : The Killing Joke, par Alan Moore et Brian Bolland, dans lequel le Joker prononçait cette phrase en anglais : "All it takes is one bad day to reduce the sanest man alive to lunacy".
Chaque album est réalisé par un duo d’auteurs différent et c’est avec un plaisir certain que je retrouve pour ce premier volume Tom King et Mitch Gerads, déjà rencontrés à plusieurs reprises sur les titres Sheriff of Babylon, Mister Miracle ou, plus récemment, Strange Adventures. En un mot, j’ai adoré ce premier album consacré au Sphinx. Tant l’enquête, sans véritable indice et plutôt bavarde, concoctée par le scénariste que le trait posé, régulier et la grande attention portée à la mise en page, du dessinateur.
Quelques libertés me paraissent toutefois prises ici avec le concept "One Bad Day" puisqu'environ la moitié de l'histoire se déroule sous forme de flash-back. Ce n’est donc pas en une journée mais bien à force d’humiliations répétées de la part de son père et proviseur que l’on apprend comment un gamin surdoué – Edward Tierney – est devenu le criminel que l’on connait. Aussi, je n'ai pas été véritablement convaincu par la justification criminelle alambiquée du Sphinx et la menace qu'il ferait peser sur ses gardes me rappelle curieusement le procédé déjà utilisé par King en 2017 dans Batman #25.
On retrouve dans ce deuxième tome, tous les ingrédients qui m’avaient ravi à la lecture du premier volume : le réalisme de ses personnages, notamment la relation conflictuelle entre un père et son fils, l’intelligence et la noirceur de son scénario, son appel constant à l’Histoire et surtout le superbe dessin de Jason Shawn Alexander (Killadelphia 2019, #7-12).
Si elles sont bien sûr toujours omniprésentes, les références à l’Histoire et à la culture afro-américaine m’ont paru moins diverses que dans le premier tome. En raison de leur immortalité, la plupart des vampires voient leur histoire personnelle racontée par le prisme de l’esclavage. Mais cet élément m’a surtout paru servir de justification à toutes sortes de vengeances gores. Puisqu’il faut bien faire avancer l’histoire et se débarrasser des vampires qui pullulent désormais à Philadelphie, le scénario de Rodney Barnes est maintenant orienté vers l’action et s’achève dans un voyage fantastique vers l’au-delà et les différentes incarnations de la mort.
Le dessin d’Alexander me plait toujours autant. J’adore son trait gras et encré qui correspond parfaitement à l’ambiance nocturne et horrifique de la série. Son style photoréaliste, décrit pas à pas dans le premier volume, est très réussi et me rappelle celui d’Alex Maleev et de Michael Lark sur Daredevil, de Tomm Coker sur Black Monday Murders ou encore de Martin Simmonds sur The Department of Truth.
L’album s’achève sur un cliffhanger, il faut donc obligatoirement poursuivre avec le troisième tome. Malheureusement, alors qu’une vingtaine d’épisodes reste à ce jour inédits en VF, la suite parait compromise. Dommage car une trentaine de planches en noir et blanc, encore une fois superbes, achevait de nous teaser, par ses ties-in, l’arrivée d’une horde de loups-garous inspirés par les idées révolutionnaires de Malcom X (Elysium Gardens 2020, #1-6).
C’est après vu Sinners au cinéma le week-end passé, réalisé par Ryan Coogler avec Michael B. Jordan dans le(s) rôle(s) principal(ux), que j’ai eu envie de relire cette série horrifique. Le film et le comics partagent en effet, au-delà de leur sujet central évident – les vampires –, un même intérêt marqué pour l’Histoire des États-Unis et en particulier celle des afro-américains (Killadelphia 2019, #1-6).
L’histoire débute comme un polar classique, sur un rythme calme et se concentre d’abord sur la relation complexe entre un père et son fils, tous deux policiers, avant de nous faire progressivement découvrir les vampires. On sent par-là que Rodney Barnes écrit à l’origine pour la télévision. J’ai trouvé ses personnages bien campés et assez réalistes et ses vampires sont plus subtils que l’image gore et froide que l’on s’en fait habituellement. Certes, à un moment donné, il faut bien sortir les crocs et faire gicler le sang mais le scénario reste davantage orienté vers le thriller que vers l’horreur.
Surtout, au-delà des vampires, le scénariste parle de la ville de Philadelphie, de sa population majoritairement afro-américaine, de l’Histoire des États-Unis (notamment de John Adams, le deuxième Président américain, et de la guerre de Sécession), de l’esclavage, des discriminations raciales persistantes et plus généralement de la politique de son pays. Ainsi, il est utile d’avoir un minimum de culture américaine pour apprécier toutes les références rencontrées.
Loin d’être un comics woke pour autant, ces éléments forment un contexte intéressant et original pour une histoire à mi-chemin entre la série policière et la série sur le vampirisme. Bref, un excellent premier arc, intelligent, qui plus est superbement illustré par Jason Shawn Alexander, dont le sujet et son traitement historique m’ont beaucoup fait penser à American Vampire par Scott Snyder et Rafael Albuquerque.
J’ai achevé la lecture des cinq volumes de DCeased ce week-end, hors-séries compris ; pour résumer sommairement mon avis, j’ai trouvé ça affligeant et ce troisième tome de la série principale est le plus abscons de tous (DCeased: War of the Undead Gods 2022, #1-8).
Rétrospectivement pourtant, le premier tome ne s’en tirait pas encore trop mal ; son histoire était basique, linéaire et les zombies se contentaient de s’écharper et de se morde joyeusement. Un scénario d’une grande stupidité certes mais aussi d’une grande simplicité. Dès le deuxième tome cependant, et malgré le bon dessin de Trevor Hairsine, les choses se complexifiaient ; la trinité représentée par Batman, Superman et Wonder Woman n’était plus celle que l’on connait et l’histoire se perdait dans une quête superflue menée par John Constantine et ses compagnons d’infortune de seconde zone. Préférant les histoires du Chevalier noir de facture classique, je n’ai pas adhéré à ce virage magique et j’ai donc également détesté ce troisième tome et son délire cosmique.
Si le scénario prend son origine dans une expérience de Darkseid, et bien que celui-ci soit censé être mort, Tom Taylor trouve opportunément le moyen de le faire revenir à la vie et d’embarquer dans son sillage une kyrielle de héros et de vilains venus de l’espace. Ainsi, l’histoire voit défiler les Green Lanterns, Lobo, Erebos, le Dieu de la guerre, le Spectre, Mxyzptlk et tant d’autres personnages mineurs qui vont passer le plus clair de leur temps à s’invectiver et à s’affronter dans des scènes toujours plus grandiloquentes les unes que les autres. Au bout de quelques épisodes et après une overdose de combats bourrins, j’ai lâché l’affaire et j’ai parcouru le reste du livre sans rien comprendre à cette "guerre des dieux morts". Un bel exemple de ce que le comics à de pire à offrir.
Offrir une suite à DCeased était-il nécessaire ? Absolument pas. Objectivement, c’est très mauvais, il n’y a pas de scénario et le jeu consiste bêtement à transformer tous les héros et vilains en zombies. Et pourtant, la première saison ayant semble-t-il été un curieux succès commercial, voici que la même équipe créative – Tom Taylor et Trevor Hairsine – récidive et réussit à faire pire que le précédent opus (DCeased: Dead Planet 2020, #1-7).
Mais que raconter de neuf lorsque l’on a déjà infecté, ou zombifié, la majeure partie des personnages dans le tome précédent ? Batman, Superman et Wonder Woman ont rapidement été mis hors-jeu et ne sont donc plus disponibles. C’est là que Taylor sort le joker Terre-2. Pour rappel, Terre-2 est l’une des très nombreuses planètes alternatives de l’univers DC Comics. Ce concept fumeux permet de multiplier à l’infini les versions de la Ligue de Justice et de raconter, grosso merdo, tout et son contraire (les plus curieux – les plus téméraires surtout vu le côté imbitable du truc – iront lire "The Multiversity" de Grant Morrison).
Bref, une jeune génération de héros réfugiés sur Terre-2 enfile les costumes de Batman, Superman et Wonder Woman, retourne sur leur "planète morte" et c’est reparti pour un tour. On leur adjoint une tripotée de super-héros de seconde zone (John Constantine, Swamp Thing, Zatanna, Mister Miracle, etc.), on saupoudre le tout d’une bonne dose de magie et l’équation d’anti-vie devient encore plus nébuleuse à comprendre qu’à l’accoutumé. Au final, c’est un sacré foutoir et je ne suis jamais vraiment rentré dans l’histoire. Tout juste y a-t-il à sauver le dessin de Hairsine qui, sans être exceptionnel, est tout à fait correct voire joli sur quelques planches et les couvertures de David Finch à retrouver en fin de volume.
Par bien des aspects, cet album m’a refait penser à Happy Tree Friends, cette série animée gore du début des années 2000. La consonance de son titre tout d’abord, conservé en anglais, puis le côté mignon de ses animaux anthropomorphiques mais surtout le décalage entre la légèreté du dessin et la violence du propos (Beneath the Trees Where Nobody Sees 2023, #1-6).
Samantha Strong est une oursonne, elle travaille dans le magasin de bricolage de la petite ville de Woodbrook et mène une vie en apparence ordinaire. En apparence seulement car on apprend rapidement qu’elle compte une quarantaine de meurtres à son actif. On ne saura rien de ses motivations – et c’est un peu dommage – si ce n’est que sa petite vie tranquille et son terrible secret sont menacés lorsqu’un second meurtrier fait son apparition en ville.
Comme le représente parfaitement la couverture boisée, tout l’intérêt de l’histoire repose sur le décalage entre la forme et le fond. Le dessin, aquarellé et coloré, et l’univers, peuplé d’animaux et de bons sentiments, pourraient être ceux d’un livre pour enfants tel que Winnie l’ourson. Tandis que l’enlèvement, le meurtre et le dépeçage de victimes innocentes lorgnent plutôt du côté de l’horreur.
Le scénario de Patrick Horvath, un auteur qui m’était inconnu jusque-là, est cynique et dénué de morale et pourtant l’album est très agréable à lire. Certes, notre oursonne n’est qu’un ersatz de Dexter mais cela reste suffisamment rare en comics pour demeurer une proposition intéressante. Je regrette juste que l’on en sache finalement si peu sur le passé de l’héroïne et son inclination pour le meurtre mais une suite est actuellement en préparation et elle nous livrera peut-être quelques éléments à ce sujet.
Après avoir lu Pulp, puis Night Fever, des récits certes intéressants mais simplistes, j’ai entamé cet autre récit complet de l’indéfectible duo formé par Ed Brubaker et Sean Phillips et son scénario m’a paru un peu plus fouillé que pour les deux précédents (Houses of the Unholy, 2024).
Bien qu’il s’agisse d’un thriller voire d’un polar, comme souvent avec Brubaker et Phillips, celui-ci est ici teinté de surnaturel, de satanisme et traite de sujets tels que la psychose collective, la prudence à observer vis-à-vis de la parole accusatrice d’un enfant et le complotisme. Des sujets qui font de temps à autre l’actualité judiciaire, ici ou aux États-Unis, et qui placent cet album dans un contexte intéressant.
Pour le reste, c’est une histoire finalement assez classique et sans grosse surprise, qui alterne entre le présent et le passé, et dans laquelle l’héroïne, Natalie Burns, part à la recherche de ses anciens camarades d’école et de son frère en compagnie d’un policier désabusé. En dehors de son contexte, l’histoire n’est donc pas très originale, sans suspense et l’histoire se conclue de manière abrupte, et quelque peu stupide à vrai dire, en laissant au lecteur le soin d’imaginer ce qu’il advient de son héroïne.
Le dessin de Phillips est, comme d’habitude, très réussi, en particulier les couleurs de son fils Jacob qui retranscrivent bien, par séquence, l’ambiance satanique du récit. Ainsi, quelle que soit la faiblesse du scénario, ces planches constituent encore un très agréable moment de lecture.
Ed Brubaker et Sean Phillips forme un duo prolifique et, après avoir travaillé ensemble sur de multiples mini-séries – Criminal, Fatale, Fondu au noir ou Killed or be killed, pour ne citer qu’elles –, ces derniers se lancent dans une série de one-shot (Pulp, Night Fever, Là où gisait le corps et La maison des impies). Dans cet album, les auteurs nous racontent la folle nuit européenne d’un médiocre agent littéraire (Night Fever, 2023).
Ainsi, Jonathan Webb est un agent littéraire qui effectue son travail avec désinvolture et qui considère avoir raté sa vie car il souhaitait devenir écrivain. À l’occasion d’un salon littéraire en Europe et ne parvenant pas à trouver le sommeil, il déambule dans la ville et, une chose en entrainant une autre, une incursion dans une soirée déguisée mondaine l’amène à s’initier au poker, à la bagarre, au sexe, à la drogue, au meurtre, etc.
Ça fait beaucoup en une nuit, ou presque, pour un homme d’une grande banalité et il ne parait jamais prendre conscience de la bascule qui s’opère petit à petit. Il me fait penser au personnage incarné par Samuel L. Jackson dans Die Hard 3 sauf que ce dernier protestait et ne se laissait pas volontiers embarquer dans les emmerdes. Je ne suis jamais vraiment rentré dans l’histoire faute d’y croire suffisamment mais l’album reste un agréable moment de lecture bien aidé, comme d’habitude, par le dessin très gras de Phillips et les couleurs de son fils, Jacob.
J’apprécie généralement le travail d’Ed Brubaker, notamment sur Captain America puis Daredevil en matière de super-héros. En indépendant, chez Image Comics, je l’apprécie tout particulièrement lorsque celui-ci est associé à Sean Phillips au dessin et leurs précédentes collaborations – Criminal, Fatale, Fondu au noir ou Killed or be killed, pour ne citer que ces mini-séries – m’ont souvent enthousiasmées. Avec ce nouvel album, un one-shot, le prolifique duo se reforme pour un bref thriller, comme à l’accoutumée, cette fois-ci teinté de western (Pulp, 2020).
L’album est mince, une soixantaine de planches seulement, et se lit donc très rapidement. Il s’agit essentiellement des souvenirs de jeunesse d’un vieux hors-la-loi, Max Winters / Red River Kid, devenu auteur de bande dessinée sans le sou à qui l’on propose de replonger pour réaliser un dernier braquage. Format contraint oblige, le scénario et les personnages de Brubaker ne sont pas très développés et, bien qu’il y ait quelques éléments de contexte intéressants – le droit d’auteur dans le domaine du comics, les Pinkertons, le nazisme aux États-Unis en 1939 –, ils ne sont finalement que survolés. Charge au lecteur de faire ses propres recherches par la suite si ces sujets lui parlent.
Le dessin très gras de Phillips et les couleurs de son fils, Jacob, sont très bons comme d’habitude et forts agréables à parcourir. J’ai cependant été moins convaincu par les couleurs des planches censées reproduire la qualité d’impression médiocre des magazines "pulps" mais au moins elles se distinguent du reste.
Situé chronologiquement après les événements de Dark Knight III, par Frank Miller et Andy Kubert, cet album n’a pourtant que bien peu de lien avec ce dernier et peut être abordé de manière indépendante. Il ne s’agit d’ailleurs pas véritablement d’un album de Batman puisque celui-ci ne met pas en scène le Chevalier noir mais Batwoman / Carrie Kelley et les enfants de Superman et Wonder Woman, Lara et Jonathan – c’est lui, l’Enfant d’Or –, dans un long et prétentieux combat contre Darkseid (Dark Knight Returns: The Golden Child 2019, #1).
Publié aux États-Unis en décembre 2019, soit à la veille d’une année électorale, l’histoire fait référence à l’élection présidentielle américaine et manifeste une curieuse hostilité à l’égard de Donald Trump alors que l’on a connu le scénariste plutôt très à droite. Pour autant, il ne s’agit que d’un contexte sans importance et l’histoire ne s’appesantit pas sur le sujet. À vrai dire, il n’est pas fait étalage d’une quelconque conviction politique, tout juste Lara dégobille-t-elle sa haine des Hommes et Darkseid débite-t-il un verbiage interminable. En somme, le scénario de Miller est basique et se résume à un bête affrontement entre nos trois jeunes héros et le Joker mais surtout Darkseid.
Tout au long de cet album, les scènes sont parsemées de bulles reprenant les réflexions, ou élucubrations, succinctes et répétitives des différents protagonistes dans un style qui devient vite rébarbatif. Quant au dessin de Rafael Grampá, s’il ne correspond pas au trait que j’affectionne le plus – il me parait parfois tremblotant –, je reconnais qu’il se différencie nettement du reste de la production super-héroïque.
Enfin, annoncé à 136 pages, l’album ne comporte en réalité que 48 planches puisque sa version encrée, sans texte, suit la version en couleurs. Une pratique à l’intérêt discutable lorsque les bonus prennent le pas sur le contenu principal.
Dix-sept ans après la sortie d’un premier album de la collection Marvel Deluxe réunissant le début des aventures de Daredevil par Kevin Smith, Joe Quesada et David Mack, sa suite est enfin publiée au même format grâce à l’exposition médiatique conférée par la sortie de la série Daredevil: Born Again sur Disney+. S’il ne s’agit certes pas d’une première édition en français pour les trois histoires qui composent cet album – celles-ci furent déjà publiées dans le magazine Daredevil (Marvel Knights) en 2001 –, je leur reconnais un petit côté nostalgique fort agréable (Daredevil 1998, #16-25 et Daredevil: Ninja 2000, #1-3).
Dans la première histoire ("Cauchemar"), Brian M. Bendis fait ses débuts sur la série régulière et il ne la quittera plus pour les cinq prochaines années. Son scénario s’éloigne ses pirouettes auxquelles le personnage nous a jusqu’à présent habitué et se penche sur le cas d’un enfant traumatisé par la mort de son père lors d’un combat contre Daredevil. Touchante, racontée du point de vue d’un journaliste, l’histoire est en plus superbement illustrée par David Mack dont les multiples styles de dessin et les aquarelles tranchent avec le dessin stéréotypé du comics de super-héros.
La deuxième histoire ("La grande parade") dispose d’un bon scénario de Bob Gale – elle fait s’affronter Matt Murdock, l’avocat, et Daredevil, le justicier –, malheureusement le dessin de Phil Winslade et de David Ross n’est pas particulièrement beau et leur Daredevil tout en muscle et en costume moulant jusqu’à l’entrejambe m’a fortement déplu. Enfin, l’album s’achève sur une mini-série qui envoie Daredevil affronter des ninjas de la Main au Japon. Ce n’est ni bon ni beau mais c’est scénarisé par Bendis donc cela valait probablement le coup de l’inclure dans ce recueil afin d’être exhaustif.
Avec cet album, une grande partie de l’ère moderne de Daredevil est désormais disponible au format Deluxe : Bendis (4 volumes), Brubaker (4 volumes) et Zdarsky (bientôt 4 volumes). À la lecture comme à la relecture, le meilleur des traitements proposé à un super-héros Marvel.
Daredevil aura toujours été, avec Batman chez l’éditeur concurrent, mon super-héros préféré. Parce qu’il ne dispose pas de pouvoirs et qu’il ne peut compter que sur une bonne condition physique et quelques gadgets pour s’en sortir. En français, j’ai découvert Daredevil avec le run de Brian M. Bendis, dans la collection 100% Marvel, et son approche très sombre et urbaine qui aura durablement marqué le personnage et mon goût pour les comics du même acabit. Avant lui, Kevin Smith, Joe Quesada et David Mack auront inauguré à la fin des années 90 une aire plus moderne mais encore bien différente du personnage que l’on connait aujourd’hui (Daredevil 1998, #1-15 et ½).
La première chose qui surprend à la relecture de ces premières aventures, c’est que le dessin parait assez daté, un brin caricatural et encore très coloré. Il y a quelques bonnes idées de mise en page certes mais, dans l’ensemble, je n’aime pas le style de Quesada et pourtant je lis des comics depuis pas mal de temps. L’écriture de Smith et de Mack, elle, est en revanche plutôt moderne et aborde des sujets sérieux comme la foi ou le SIDA et leurs personnages féminins sont bien campés avec la mort de Karen Page dans la première histoire ("Sous l’aile du diable") et les débuts d’Écho dans la seconde ("Tranches de vide").
Bref, si le scénario est correct (pour qu’il me paraisse bon, il eut fallu éviter ce défilé incessant de héros et de vilains), c’est vraiment le dessin qui me rebute. Et comme Quesada réalise la grande majorité des quinze épisodes de cet album, il a fallu le supporter jusqu’au bout…
En ce qui concerne l’édition, c’est un épais volume de 376 pages, le premier de la collection Marvel Deluxe à avoir rejoint ma bibliothèque en 2008. Dommage qu’il ait fallu attendre 2025 – c’est-à-dire 17 ans et la sortie opportune de la série Daredevil: Born Again sur Disney+ – pour que la suite finisse par être publiée dans la même collection.
En 2023, près de trente ans après leur première double rencontre – ou confrontation devrais-je dire –, Spawn et Batman se retrouvent à nouveau. Entre temps, Spawn, sous l’invariable direction de Todd McFarlane, aura dépassé les 300 épisodes et Batman aura été relaunché deux fois. Greg Capullo aura lui travaillé successivement sur les deux séries et aura durablement marqué de son trait leurs imaginaires respectifs. C’est donc tout naturellement que McFarlane et Capullo se retrouvent sur ce nouveau crossover plutôt réussi (Batman/Spawn 2023, #1).
Batman, puis Batman : Metal, puis Batman : Last Knight on Earth et enfin Batman : Death Metal, j’aurai suivi Capullo dans bien des albums et bien des délires jusqu’aux plus imbitables. Retraité du Chevalier noir, Capullo aura ensuite œuvré sur les mini-séries Reborn (avec Mark Millar) puis Démons (avec Scott Snyder, son partenaire de longue date) avant de retrouver quelques années plus tard ses héros ou anti-héros favoris. Et, sans surprise, son dessin est toujours aussi excellent, son encrage – également réalisé par McFarlane – est toujours aussi profond, c’est un véritable plaisir de parcourir ses planches et de retrouver "son" Batman et "son" Spawn. Je trouve qu’il y a même un petit côté nostalgique à revoir l’auteur dessiner Bruce Wayne et Al Simmons dans leurs costumes classiques.
Le scénario de McFarlane, qui fait de la Cour des hiboux – tirée de la série Batman – l’adversaire de notre duo d’encapés, évite de répéter le principal défaut des précédents crossover et réduit l’affrontement à son strict minimum pour ensuite faire véritablement collaborer les deux personnages. En somme, il s’agit de loin du meilleur crossover des trois.
Je regrette cependant qu’Urban Comics ait choisi d’éditer cette histoire dans un album distinct des deux autres crossover. Ce choix implique de remplir coûte que coûte l’album avec du contenu inutile et, aussi bon Capullo soit-il, on se satisfaisait allégrement de ses 48 planches sans que leurs versions encrées et crayonnées ne soient nécessaires.
Au printemps 1994, Batman et Spawn se rencontrent à deux reprises dans des histoires indépendantes l’une de l’autre, d’une cinquantaine de planches chacune, publiées respectivement par DC Comics et Image Comics. Un crossover étrange tant les univers de ces deux personnages paraissent éloignés et, au final, un résultat particulièrement bourrin où l’affrontement et les dialogues caricaturaux prennent le pas sur le scénario (Batman/Spawn: War Devil 1994, #1 et Spawn/Batman 1994, #1).
Ce crossover en deux parties a initialement été publié en français par Semic dans les magazines Spawn n° 66 et Spawn hors-série n° 1. Près de trente ans après leur publication aux États-Unis, Urban Comics les réunit pour la première fois en librairie à l’occasion de la sortie simultanée d’un troisième épisode (illustré par Greg Capullo, dont la couverture retenue pour cet album rend hommage à l’originale de Todd McFarlane, elle-même déjà un hommage au Batman de Frank Miller). Mais, trente ans c’est long et, nécessairement, le scénario, le dessin et les couleurs ont pris un coup de vieux.
À vrai dire, cela vaut surtout pour la première histoire, illustrée par Klaus Janson, qui est par moment vraiment imbuvable. Bruce Wayne / Batman et Al Simmons / Spawn enquêtent chacun de leur côté, s’affrontent brièvement avant de comprendre qu’ils sont dans le même camp et finissent par régler son compte à leur adversaire caricatural du jour. Bref, c’est franchement mauvais. Quelle déception lorsqu’on est lecteur des deux encapés ! Heureusement, la seconde histoire est largement meilleure. Scénarisée par Miller et illustrée par McFarlane, elle est écrite avec plus de maitrise et dessinée avec bien plus de finesse. Bien qu’elle se résume elle aussi à un long affrontement, elle donne le sentiment d’une plus grande compréhension de ce qui fait un bon crossover. Et quelle superbe dernière planche ! Dommage toutefois que les répliques échangées par les deux protagonistes donnent l’impression d’avoir affaire à des gamins.
C’est en relisant Spider-Man : L’histoire d’une vie, par Zdarsky et Bagley, récemment réédité au format Deluxe, que j’ai découvert que le concept avait également été appliqué aux Quatre Fantastiques quelques années plus tard. Mais, même si l’idée reste aussi simple qu’originale, son exécution ne m’a pas non plus vraiment emballée (Fantastic Four: Life Story 2021, #1-6).
Il est certes plaisant de voir l’équipe se reformer une énième fois, vieillir, se chamailler et se rabibocher aussitôt. Bien que je n’ai jamais été un grand lecteur des Quatre Fantastiques, ma préférence est toujours allée à Ben Grimm / la Chose qui occupe d’ailleurs une place de choix dans cette histoire. L’importance donnée au contexte de la guerre froide est aussi appréciable bien qu’il ne soit finalement que survolé. Et le dessin de Sean Izaakse, que je ne connaissais pas et qui assure l’essentiel du travail sur les six épisodes, est plutôt bon même s’il est aussi très typé comics de super-héros et plutôt impersonnel.
En fait, j’ai surtout eu du mal à apprécier le rythme du scénario de Mark Russell – un auteur que je ne connaissais pas non plus –, qui file à toute allure et dont les résolutions successives sont extrêmement rapides. Ce format contraint oblige évidemment à une certaine concision mais on ne s’appesantit ici sur aucun enjeu. Aussi, Galactus, l’antagonisme ultime des Quatre Fantastiques, est-il défait en un simple bourre-pif alors que la menace qu’il représente grandissait à chaque épisode. Enfin, outre Galactus, j’ai eu le sentiment de tourner un peu en rond avec un nombre assez limité d’autres personnages et de revoir sans cesse le Penseur fou, Docteur Fatalis ou le Surfeur d’argent.
Le personnage de Maya Lopez – alias Écho – apparait pour la première fois dans la série Daredevil en 1999 sous la plume et le trait de David Mack et de Joe Quesada. D’abord manipulée par le Caïd dans le but de tuer Matt Murdock / Daredevil, elle finit par en tomber amoureuse au terme d’un combat où la surdité de l’une répond à la cécité de l’autre. Mais en plus d’être sourde, Écho a pour autre caractéristique notable d’être amérindienne et ce sont ses origines autochtones que David Mack nous raconte ici quelques années plus tard (Daredevil 1998, #51-55).
Il s’agit en fait d’une pause dans le long run de Brian M. Bendis et d’Alex Maleev. Une respiration tant pour ces auteurs que pour le super-héros puisqu’il ne s’agit pas d’une aventure de Daredevil mais plutôt d’une longue introspection à laquelle se livre Écho, seulement entrecoupée de quelques rares dialogues avec Daredevil ou Wolverine par exemple. Sur cinq épisodes, les origines du personnage nous sont ainsi racontées depuis sa conception jusqu’à sa rencontre avec son antagoniste.
Le principal intérêt de cette histoire réside selon moi dans la représentation croisée de la culture amérindienne d’Écho et de sa surdité, deux sujets peu fréquents dans le comics. Le style inhabituel de David Mack – jusque-là plus habitué à réaliser de jolies couvertures qu’à illustrer une histoire complète – est particulièrement surprenant pour un comics dit "de super-héros". Ses très belles planches mêlent plusieurs styles graphiques et on s’attarde à parcourir une multitude de détails. Pour autant, j’aurais aimé que l’histoire aille au-delà des seules origines du personnage et que l’auteur ait un peu plus de choses à raconter.
Déjà publiée en 2005 dans un format à part, l’histoire ressort près de vingt ans après dans un bel album de la collection Marvel Prestige à l’occasion de la sortie sur Disney+ d’une mini-série du même nom avec Alaqua Cox dans le rôle-titre (fort peu intéressante au demeurant si ce n’est pour le plaisir de retrouver Vincent D'Onofrio dans le rôle du Caïd).
Je serai honnête, je n’ai pas lu ce troisième tome. Le deux premiers étaient tellement mauvais que je ne me suis pas infligé la lecture du dernier. Je me suis contenté de le feuilleter ; après tout, Daniel Pennac nous a dit en 1992 qu’on avait le droit (DC vs. Vampires 2021, #9-12 et DC vs. Vampires: All-Out War 2022, #5-6).
A vue de nez, c’est la même bouse que pour les deux volumes précédents et il n’y a bien que la série dérivée illustrée par Pasquale Qualano qui continue d’attirer le regard. Il y a aussi Mirka Andolfo qui dessine Poison Ivy en noir et blanc et rouge sur quelques pages et ça c’est plutôt joli à regarder. Une bien maigre consolation, très insuffisante toutefois pour rattraper la médiocrité de l’ensemble. Et dire que cet album s’intitulait "Espoir"…
Par curiosité, j’ai tout de même jeté un œil au dernier épisode et il n’y a même pas de véritable conclusion. Volonté assumée de ne pas proposer de happy end ou de sucer jusqu’à la dernière goutte de sang du lecteur dans une suite (DC vs. Vampires: World War V, à paraitre en avril 2025) ? Peu importe, on peut définitivement passer son chemin, il y a tellement plus intéressant à découvrir.
L’album s’intitule "Purge". Comme une évidence. J’aurais pu m’arrêter là mais mon avis doit nécessairement faire cent caractères alors je vais le délayer un peu (DC vs. Vampires 2021, #7-8 et DC vs. Vampires: All-Out War 2022, #1-4).
Comme le précédent, cet album est bel et bien une purge. Les protagonistes y passent encore le plus clair de leur temps à se battre et à se mordre joyeusement. L’histoire n’avance pas et on rallonge au contraire la sauce avec une série dérivée dont l’objectif parait non pas de ressusciter Batman mais plutôt de donner un temps d’exposition à plusieurs personnages secondaires, voire carrément mineurs, de l’univers DC Comics.
Tout au plus, le dessin en noir et blanc et rouge de Pasquale Qualano sur le spin-off mérite le coup d’œil en cela qu’il rappelle les anthologies Black, White & Blood ou Harley Quinn: Black + White + Red. Et, pour les plus curieux ou les éventuels lecteurs de BD franco-belge qui se risqueraient à lire cet album, il y a quelques planches de Guillaume Singelin (P.T.S.D., Frontier) mais c’est le back-up d’un spin-off donc son intérêt scénaristique est proche du néant.
Bref, si vous aimez vraiment les vampires, faites l’impasse sur cette série et lisez plutôt American Vampire, par Scott Snyder et Rafael Albuquerque, en cinq belles intégrales chronologiques.
DC Vampires est une série-concept à la manière d’Injustice ou de DCeased, toutes deux scénarisées par Tom Taylor. Sous un prétexte spécieux, l’ensemble des super-héros et des super-vilains de l’univers DC Comics est convoqué par James Tynion IV et Matthew Rosenberg pour s’affronter dans un long et pénible combat contre les vampires (DC vs. Vampires 2021, #1-6 ; DC vs. Vampires: Hunters 2022, #1 ; DC vs. Vampires: Killers 2022, #1).
Certes, avec un titre pareil on n’était pas en droit de s’attendre à quelque chose de très intellectuel (un peu comme lorsqu’une série s’intitule Dark Nights Death Metal: The Multiverse Who Laughs). Et de fait, c’est plus ou moins la même recette que DCeased, les mêmes couvertures – empruntées ? – par Francesco Mattina, les mêmes personnages majeurs sacrifiés d’entrée de jeu et surtout la même finesse dans l’écriture (bim bam boum sur douze épisodes et une multitude de spin-off inutiles).
Ainsi, on se contrefiche totalement des enjeux puisqu’ils sont artificiels, tous les coups sont permis alors on ne s’étonne plus de rien, le dessin d’Otto Schmidt n’a aucune personnalité, les personnages parlent comme des adolescents immatures et, contrairement à ce que laisse penser cette couverture trompeuse, Batman n’est pas du tout un vampire. Bref, c’est nul et il n’y a rien à sauver mais ça s’étale quand même sur trois tomes.
En 2020, Panini Comics publiait Spider-Man : L’histoire d’une vie, une réinterprétation par Chip Zdarsky et Mark Bagley de l’histoire du tisseur dans laquelle celui-ci prenait dix ans dans la vue à chaque épisode. Une idée originale mais dont l’exécution à tout berzingue et sans finesse m’a finalement déplu. Un an plus tard, et par les mêmes auteurs, un nouveau numéro consacré au personnage de J. Jonah Jameson parait mais ma déception reste inchangée (Spider-Man: Life Story 2021, Annual #1).
Déjà à l’époque, je m’étonnais de voir cette histoire publiée avec pas moins de six couvertures variantes. La même année, une édition Prestige est même venue compléter l’offre. Et voilà qu’à peine un plus tard, un album famélique de 30 pages, pour 6 €, vient parachever cette aberration éditoriale. Comme cela se pratique d’ordinaire lorsqu’un chapitre supplémentaire ou un épilogue est publié en VO avec un décalage de plusieurs années, l’éditeur l’intègre simplement à une réédition (l’édition Deluxe à venir en 2025 est ainsi complète). Car c’est bien la première fois qu’un épisode unique est publié en VF au format cartonné et je ne suis pas du tout convaincu que voir le rédacteur en chef du Daily Bugle ressasser sa haine de Spider-Man entre quatre murs nécessitait un tel traitement…
Après leur long et excellent run sur Daredevil, Mark Waid et Chris Samnee – en fait, surtout ce dernier d’après l’introduction puisqu’il officie également au scénario – poursuivent leur fructueuse collaboration sur Black Widow. C’est aussi bon que je l’espérais et, dans le ton, assez proche du film de Cate Shortland sorti en 2021 (Black Widow 2016, #1-12).
Avant d’entamer la lecture de ce bel album au format Deluxe, je n’avais jamais vraiment eu de curiosité pour le personnage de la Veuve Noire qui m’a toujours paru secondaire mais ce duo d’auteurs, déjà à l’œuvre sur Daredevil, Captain America ou bientôt Batman & Robin, m’a convaincu de franchir le pas. Et, dès les premières pages, c’est un régal pour les yeux. Le dessin de Samnee est à la fois léger et très encré, Natasha Romanoff est magnifique, la composition de ses planches est une réussite et les couleurs sont adaptées au genre. Aussi, il est agréable de refermer le livre en constatant qu’un unique dessinateur – accompagné d’un unique coloriste, Matthew Wilson – a illustré l’ensemble des douze épisodes et que des back-up ou des fill-in ne furent pas nécessaires pour boucler l’histoire. Une unité d’ensemble assez rare dans ce type de comics, qui plus est pour une maxi-série, qui mérite d’être soulignée.
Le scénario n’est pas en reste et l’histoire se focalise sur l’espionnage – bien aidé il est vrai par de très nombreuses scènes d’action – et n’envoie pas l’héroïne jouer en dehors de sa cour. On est loin du genre super-héroïque, on ne voit pas défiler tous les Avengers et c’est tant mieux ; pour une fois, on reste à hauteur d’homme. En somme, c’est un album très plaisant à lire, ou plutôt à parcourir tant les scènes d’action que les séquences plus calmes sont aussi peu bavardes les uns que les autres. Ce sera mon seul léger bémol : l’histoire va vite, très vite et j’aurais aimé que les résolutions successives soient moins faciles et expéditives.
Je ne suis pas un gros lecteur de manga et ma culture en la matière se limite à de vieux classiques du seinen comme Akira, Blame!, Sanctuary, Monster ou 20th Century Boys. Par curiosité, plus que par réel intérêt, j’ai voulu lire deux récentes adaptations de Batman en manga, Batman and the Justice League et Batman : Justice Buster, et, contrairement au premier, ce dernier album se trouve être une réussite (Batman: Justice Buster 2021, #1-6, publié en VO par Kodansha).
De façon assez classique, Batman se lance dans une enquête essentiellement orientée vers l’action qui l’amène à rencontrer et/ou à croiser le fer avec ses antagonistes habituels tels le Pingouin, Superman, Killer Croc, le Joker, le Sphinx ou encore Deathstroke tandis qu’une intrigue secondaire, mais souvent plus intéressante, se déroule en parallèle avec Robin / Dick Grayson.
Le comics et le manga ont des narrations différentes, il ne faut donc pas s’étonner que le scénario de Eiichi Shimizu sur ce premier tome ne constitue qu’une longue mise en contexte. Et, puisque l’album s’adresse à des lecteurs potentiellement novices, on a aussi inévitablement droit au rappel des bases de Batman. Malgré ces quelques lenteurs au démarrage, l’histoire est agréable à suivre, le dessin de Tomohiro Shimoguchi est superbe et n’est étonnamment pas trop typé manga, et l’album au format légèrement plus grand que le standard du manga est un bel objet.
Je ne suis pas un gros lecteur de manga et ma culture en la matière se limite à de vieux classiques du seinen comme Akira, Blame!, Sanctuary, Monster ou 20th Century Boys. Par curiosité, plus que par réel intérêt, j’ai voulu lire deux récentes adaptations de Batman en manga, Batman and the Justice League et Batman : Justice Buster, et ce premier album se trouve être une déception (Batman and the Justice League 2017, #1-4, publié en VO par Akita Shoten).
Tout d’abord, dès les premières pages et après un rapide feuilletage, on comprend vite qu’il s’agit bien uniquement d’un manga et que son auteur, Shiori Teshirogi, n’a pas du tout pour projet de s’éloigner un tant soit peu de ce genre pour essayer de s’approcher de celui du comics malgré le sujet. Ainsi, le petit format, le découpage, les visages des personnages ou l’abondance d’onomatopées japonaises, tout est plutôt perturbant lorsqu’on n’est pas habitué à lire du manga. Jamais je n’ai eu l’impression d’être à Gotham et j’ai eu peine à en reconnaitre ses super-héros et ses super-vilains.
Bref, je n’ai pas aimé le dessin, je ne suis pas non plus rentré dans cette obscure histoire de "ley lines" et je n’irai pas plus loin que ce premier tome. Je n’ai pas eu le sentiment d’y retrouver la qualité des quelques rares mangas que je connaissais et je n’y ai surtout rien retrouvé du Batman que j’apprécie.
Dès les premières pages, l’histoire me fait immanquablement penser, avec sa guerre entre mechas et kaijus, au manga Neon Genesis Evangelion ou au film Pacific Rim. Sans jamais totalement se défaire du sujet, le scénario de Ram V s’en éloigne progressivement en se concentrant sur l’aspect onirique et romantique de la connexion entre la machine et sa pilote (Dawnrunner 2024, #1-5, publié en VO par Dark Horse Comics).
C’est un bel album en main et le choix d’Hi Comics d’opter pour le grand format est approprié tant le dessin d’Evan Cagle, régulièrement en pleine page, est précis et détaillé. Les couleurs sont aussi réussies, bien qu’un peu sombres par moment à cause de cet usage de la trame noire. Si l’histoire fait nécessairement la part belle aux combats, son principal intérêt réside selon moi dans le lien profond que vont nouer la pilote – Anita Marr – et l’intelligence au cœur de la machine jusqu’à, petit à petit, ne faire plus qu’un. Un beau moment de lecture qui parvient à tirer quelque chose de beau d’un sujet un peu bourrin.
Deux nuances toutefois à cet enthousiasme. Un premier léger bémol à propos du lettrage : j’aurais préféré une typographie plus classique et droite. Mais surtout, quelle déception quant à la conclusion de cette histoire ! Celle-ci est en effet expédiée en deux pages et on referme l’album en laissant de nombreuses questions sans réponse. Elle donne véritablement l’impression que le scénariste a manqué de place et qu’un épisode de plus aurait été nécessaire pour qu’il amène la fin de son histoire de façon moins abrupte. Dommage pour un récit qui, jusqu’alors, prenait le temps de développer ses combats et la psychologie de ses personnages.
Je ne connaissais jusqu’alors Skottie Young que pour sa série I hate Fairyland – une relecture trash et déjantée d’Alice au pays des merveilles – ainsi que pour sa multitude de couvertures variantes, les célèbres "baby variants", qu’il produit pour Marvel depuis plus d’une dizaine d’années. Rien qui ne soit d’ordinaire dans mon registre de prédilection et pourtant cet album m’a énormément plu (The Me You Love in the Dark 2021, #1-5, publié en VO par Image Comics).
On y suit une artiste peintre – Ro Meadows – qui s’installe dans une vieille maison hantée afin de s’y ressourcer et de soigner ce syndrome de la page, ou de la toile, blanche qui la ronge. Bien aidée par le vin autant que par la musique, elle fait rapidement connaissance avec son hôte et en tombe amoureuse jusqu’à en devenir sa prisonnière. C’est une très belle et brève romance, l’héroïne a quelque chose de touchant et j’aurais volontiers apprécié un ou deux épisodes supplémentaires pour que la bascule opérée entre l’amour et la haine soit plus progressive.
Le scénario n’est pas bien bavard et l’histoire repose donc en grande partie sur le superbe dessin de Jorge Corona bien accompagné aux couleurs par Jean-François Beaulieu. De grandes cases, une belle ambiance tantôt sombre tantôt chaleureuse, une jolie manière de représenter la musique et mille yeux et mille dents tapis dans l’ombre. Bref, une agréable découverte.
Les lecteurs qui ont apprécié cet album pourront prolonger le plaisir avec Aucune tombe assez profonde, des mêmes auteurs mais sur un thème différent, paru dernièrement en grand format toujours chez Urban Comics.
Trois numéros, d’une quarantaine de pages pas très bavardes, pour nous expliquer que Robin a besoin de Batman mais que, réciproquement, Batman a aussi besoin de Robin. Voilà qui est maigre (Robin & Batman 2022, #1-3).
C’est après avoir relu Batman : Little Gotham, sorti une dizaine d’années auparavant, que j’ai voulu découvrir ce nouvel album de Dustin Nguyen consacré au Chevalier noir et à son jeune partenaire – ou inversement – et j’ai été plutôt déçu. Certes, son dessin aquarellé est toujours agréable à observer (bien qu’une plus grande attention aux finitions serait nécessaire). Mais c’est bien la seule raison qui m’ait amené à emprunter l’ouvrage à la bibliothèque : juste le plaisir de redécouvrir un style graphique qui détonne véritablement du reste de la production super-héroïque.
Car, pour le reste, l’album est mince, tant en ce qui concerne son scénario que son nombre de pages. Il s’y passe bien peu de choses et l’histoire se résume à la dépendance habituelle entre un mentor et son mentoré ou entre un père et son fils. Jeff Lemire, qui retrouve ici Nguyen après leur collaboration réussie sur Descender / Ascender, n’avait clairement pas grand-chose à raconter sur les prémisses de la relation entre Robin / Dick Grayson et Batman.
Sur le même thème, les amateurs du "duo dynamique" préfèreront assurément la maxi-série Batman & Robin : Year One, par Mark Waid et Chris Samnee, encore en cours de publication en VO.
Publié en septembre 2013 par Urban Comics, en même temps que Punk Rock Jesus, cet album s’en démarque toutefois par plusieurs aspects ainsi que Sean G. Murphy le rappelle lui-même dans sa préface. Et l’auteur de la future trilogie Batman : White Knight d’avoir cette phrase prémonitoire : "À cette époque, je me disais qu’Off Road allait être oublié et que Batman serait la série pour laquelle je serai connu.".
S’il a été publié en français en 2013, Off Road a en fait été réalisé en 2005 et édité en VO chez Oni Press. Il s’agit donc là d’un des tous premiers comics de son auteur et, nécessairement, son dessin a évolué durant ces années. Le trait est devenu beaucoup plus fin, précis et détaillé et un rapide feuilletage du livre permet de constater qu’il n’a plus grand-chose à voir avec les travaux pour lesquels l’auteur est actuellement reconnu. Je l’ai donc surtout lu par curiosité. Même la couverture, réalisée en 2010 pour accompagner une réédition en VO chez IDW Publishing, ne reflète plus tout à fait fidèlement le contenu graphique de l’album. En revanche, celle-ci reste fidèle à l’histoire : celle de trois amis coincés dans une Jeep au milieu d’une mare. Blagues, insultes et disputes potaches, c’est un après-midi de galère entre potes et il ne faut pas en attendre davantage qu’un sympathique moment de divertissement.
Zorro a beau être né dans un pulp en 1919, dans cet album il parait ne pas avoir pris la moindre ride. Sean G. Murphy revisite ici avec une certaine réussite le mythe du "cavalier qui surgit hors de la nuit" entre réinterprétation moderne et hommage sans surprise (Zorro: Man of the Dead 2024, #1-4, publié en VO par Massive Publishing).
Tout d’abord, je soulignerais que le choix du grand format est très appréciable. Agréable à tenir et créé par Urban Comics pour atténuer la distinction entre le comics et la BD franco-belge, il permet d’apprécier en détail le superbe trait de Murphy, que ce soit dans l’édition en couleurs ou celle en noir et blanc. De fait, j’ai acheté l’album uniquement pour le dessin de son auteur.
Si le scénario est aussi intéressant, celui-ci fait toujours de Zorro un personnage d’une autre époque. Ringard ou vintage, selon l’âge du lecteur, il reste dépeint comme un homme hors de son temps. Ainsi, sa croisade contre les cartels il la mènera sans flingue ni bagnole mais rapière en main et à cheval. Et si les héros actuels s’accommodent de parts d’ombre et de zones grises, Zorro ne nourrit que de nobles et ennuyeuses aspirations. Bref, si le cahier des charges est respecté et si l’histoire est agréable à lire, quoiqu’assez manichéenne, Zorro demeure coincé dans le passé et j’aurais aimé une plus grande prise de risque.
Des personnages de fiction venus d’univers différents acquièrent une conscience, s’évadent de leurs livres respectifs et s’unissent pour corriger les erreurs commises par leurs auteurs. J’ai beaucoup aimé l’idée originale mais un peu moins sa réalisation qui ressemble surtout à un bon gros délire de Sean G. Murphy (The Plot Holes 2023, #1-5, publié en VO par Massive Publishing).
On sent en effet que l’auteur a profité de ce concept pour s’amuser à écrire et à illustrer toutes sortes de situations loufoques. Ainsi, les registres et les époques se mélangent, les clins d’œil et les références à la littérature, à la pop culture ou à l’Histoire se multiplient et nos héros passent sans transition de Robin des bois à, par exemple, l’Odyssée de l'espace (dans le même genre, voir aussi Chrononauts, scénarisé par Mark Millar). Le personnage principal étant de surcroit un auteur de bande dessinée, on perçoit aussi en creux que l’auteur parle un peu de lui-même et de son approche du métier.
S’il y a quelques réflexions intéressantes sur l’édition littéraire et un poil de dramaturgie entre les personnages, l’histoire est cependant essentiellement pensée pour multiplier les scènes d’action à grand spectacle. J’ai refermé l’album avec une pointe de déception donc car j’en attendais davantage. Il reste toutefois très divertissant et, comme toujours avec Murphy, il est superbement illustré et accompagné d’un joli petit cahier graphique.
Sur 85 épisodes, Tom King aura mis la relation entre Batman et Catwoman au cœur de son run sur Batman Rebirth entamé en 2017. Tout du long, les deux personnages se seront longuement cherchés, se seront même demandés en mariage et pourtant ne se seront pas effectivement mariés comme le scénariste le prévoyait initialement. La faute à une décision éditoriale de la maison-mère de DC Comics ; ainsi, Batman restera éternellement célibataire et misérable. En guise de compensation, King obtiendra de pouvoir conclure son travail, hors continuité, dans une maxi-série en 12 épisodes entièrement dédiée à cette impossible histoire d’amour (Batman 2016, Annual #2, Batman/Catwoman 2021, #1-12 et Batman/Catwoman Special 2022, #1).
Celle-ci se déroule sur trois trames temporelles et l’on saute en permanence de l’une à l’autre sans trop de difficulté. De manière classique, Batman et Catwoman – mais surtout cette dernière en fait – pourchassent leur adversaire du moment tandis que le propos de l’album est ailleurs. Il réside ici dans le souvenir que Catwoman a de son partenaire, devenu entretemps son mari, récemment décédé et d’une ultime vengeance qu’il lui reste à accomplir. La réflexion de King sur le temps qui passe également pour les personnages de fiction et sur les limites de leur action est très intéressante et, pour qui aurait apprécié les 12 tomes de la série principale, cet album constitue un excellent point final.
Le dessin est majoritairement l’œuvre de Clay Mann et, en dépit de quelques poses suggestives qui auraient pu être évitées, celui-ci est magnifique comme l’est sa colorisation. Il est regrettable cependant qu’il n’ait pu, pour une question de délais, réaliser l’intégralité des épisodes car Liam Sharp n’a pas du tout le même talent. Par ailleurs, cet épais volume de près de 450 pages ne se limite pas aux seuls épisodes de la maxi-série et propose à raison plusieurs autres numéros – scénarisés par King et superbement illustrés par Lee Weeks ou John Paul Leon – toujours en lien avec nos deux héros qui prennent de l’âge. En somme, un très bon moment de lecture pour refermer définitivement la période Batman Rebirth.
C’est après voir revu la mini-série Rorschach, sortie en 2019 chez HBO, que j’ai eu envie de relire dans la foulée une autre réinterprétation moderne de Watchmen, l’œuvre d’Alan Moore et de Dave Gibbons publiée en 1986. Dans ce titre, il ne sera point question de Walter Kovacs, puisque le personnage a été carbonisé à sa demande par le Dr. Manhattan dans la série originale, mais d’une autre forme d’extrémisme plus contemporaine et teintée de complotisme (Rorschach 2020, #1-12).
Ce qui frappe en refermant cet épais volume, c’est que Tom King aura su conserver le suspense jusqu’au bout et on lit avec intérêt et une certaine impatience ces douze épisodes d’enquête, plutôt calme et bavarde, sur une tentative d’assassinat d’un candidat à la présidentielle américaine de 2020. Le contexte de la guerre froide, qui prédominait dans Watchmen, a laissé place au système bipartite actuel mais sinon l’univers de la série originale est bien respecté et le scénario est fouillé, nuancé et se complexifie à mesure que l’on progresse dans l’histoire.
Seul bémol, j’ai été surpris de voir apparaître Frank Miller ; je n’ai pas compris l’intérêt d’en faire une guest-star si ce n’est peut-être parce que The Dark Knight Returns a, comme Watchmen, été publié en 1986. Et puis, cette histoire de pirates prend bien trop de place, quoique l’on sente que l’auteur voulait par-là surtout parler de sa profession.
Enfin, concernant le dessin, je ne connaissais jusqu’alors Jorge Fornès que comme dessinateur de complément sur Batman Rebirth lors King en était le scénariste attitré (avant de devenir l’auteur touche-à-tout à succès de DC Comics). Étant désormais seul en charge de la partie graphique de cet album, le résultat est superbe comme l’est la colorisation. J’ai adoré son trait très encré, son découpage et son jeu de mise en scène qui répond parfaitement au style d’écriture de King (notamment cette propension à la répétition ou à la mise en abyme). Leur plus récente collaboration, Danger Street dont le sujet ne me tentait pourtant guère, devient plus alléchante.
J’ai découvert Tom King en 2017 lorsque le scénariste a entamé son long run sur Batman Rebirth et j’ai immédiatement accroché au caractère calme, introspectif et réfléchi de ses personnages en comparaison avec l’immaturité et l’impulsivité des héros ou des vilains dont j’avais l’habitude de lire les aventures jusqu’alors. En 2019, trois titres scénarisés par King sont publiés en France et achèvent de faire de moi un inconditionnel de l’auteur (Omega Men, Mister Miracle et Heroes in Crisis). Puis, en 2022, rebelote avec la publication de trois nouvelles maxi-séries. Premier de ces trois épais volumes : Strange Adventures (Strange Adventures 2020, #1-12).
L’histoire s’adresse à première vue aux nostalgiques de l’âge d’or ou d’argent des comics ou aux lecteurs actuels qui voudraient goûter à la saveur des super-héros oubliés. Car Adam Strange est assurément de ceux-là avec son costume ringard, son pistolaser et ses extraterrestres sortis d’un mauvais film de science-fiction. Et pourtant le propos de l’album n’est évidemment pas là. Certes la trame de fond est très vieille école mais elle renforce le contraste avec les sujets modernes qui y sont abordés comme le rapport des super-héros aux médias, à la communication de crise ou aux relations de couple. Ainsi, si l’enquête que mène Mister Terrific fait durer le mystère – presque – jusqu’au bout, ce sont surtout les rapports et les échanges entre les différents protagonistes qui valent le détour.
King sait très bien écrire du comics et ses dialogues font mouche mais j’attendais toutefois mieux de la conclusion. Ainsi, pendant douze épisodes, j’ai pensé qu’Adam Strange avait violé ou tué sa fille sur la planète Rann mais la fin est finalement beaucoup moins sombre qu’attendue. Et puis, si King a manifestement bien étudié son sujet et en particulier le travail des auteurs qui l’ont précédé, je suis très certainement passé à côté de nombreuses références et clins d’œil que seuls les plus vieux lecteurs repèreront.
Enfin, le découpage, et en particulier le gaufrier à neuf cases (la mise en page de prédilection de King), laisse une large place au dessin et le trait de Mitch Gerads (un collaborateur régulier de King notamment sur Sheriff of Babylon et Mister Miracle) – en alternance avec celui d’Evan Shaner en fonction des époques –, est fort plaisant et adapté au propos.
Dans cette seconde mini-série du "Murphyverse", également scénarisée par Katana Collins et accompagnée par Clay McCormack, l’auteur nous embarque dans une virée en famille à la découverte de Jackie et de Bryce, les deux enfants du Joker / Jack Napier et d’Harley Quinn. L’histoire est légère et positive mais, probablement destinée à un jeune public dont je ne fais plus partie, elle ne m’a cependant pas convaincu (Batman: White Knight presents Generation Joker 2024, #1-6).
Ces enfants ont été aperçus dans la trame principale du White Knight – dont la lecture du tome 3 est un préalable indispensable à la bonne compréhension de ce hors-série – sans avoir eu jusque-là de rôle majeur. Accompagnés de leur père holographique, ils partent à la découverte de ses origines complaisamment poursuivis par leur mère et une poignée d’autres héros ou vilains.
Il reste agréable de retrouver les protagonistes de la trame principale du White Knight et le dessin un peu cartoony de l’italienne Mirka Andolfo est correct mais je n’ai pas été plus intéressé que ça par cette proposition qui rompt avec le ton des albums précédents. Si l’album n’était pas estampillé White Knight et s’il n’y avait pas cette composite et trompeuse couverture de Sean G. Murphy, je ne l’aurai sans doute même pas feuilleté. On peut comprendre la volonté de Murphy de développer son univers mais, en ce qui me concerne, ça n’a pas fait mouche cette fois-ci.
Si les aventures du White Knight de Sean G. Murphy sont développées dans une série principale en trois volumes de huit épisodes chacun, son univers – le "Murphyverse" – s’étoffe progressivement. En sus des épisodes spéciaux déjà dédiés à Mister Freeze et à Robin, voici deux deux mini-séries consacrées à Harley Quinn et à ses enfants (Batman: White Knight presents Harley Quinn 2021, #1-6 et Harley Quinn: Black + White + Red 2020, #6).
Dans cette première mini-série – qui suit chronologiquement le tome 2 de la série principale –, Katana Collins, par ailleurs compagne de Murphy, imagine les prémisses de la relation entre Harley Quinn et le Joker / Jack Napier avant que ces deux-là ne deviennent les super-vilains que l’on connait. Cette trame de fond est doublée d’une enquête, brève mais intéressante, relative à des meurtres d’acteurs de cinéma à laquelle Harley Quinn collabore tantôt en civil, tantôt costumée.
L’univers développé par Murphy est bien respecté et l’histoire est agréable à lire. D’autant plus que le dessin de l’italien Matteo Scalera est proche de celui de Murphy, quoique plus léger et pastel. L’album est intelligemment complété par une courte mais sympathique histoire d’amour avec Harley Quinn, en noir et blanc et rouge, scénarisée et dessinée par les mêmes auteurs. Il est toutefois regrettable qu’Urban Comics ait préféré opter pour une couverture de Murphy, probablement plus vendeuse mais trompeuse quant au contenu de l’album.
Ce troisième tome dans l’univers du White Knight de Sean G. Murphy est la suite directe du précédent : Bruce Wayne, dont l’identité secrète est désormais connue, a presque purgé sa longue peine de prison et a légué toute sa fortune à la ville de Gotham qui en a fait – évidemment – un très mauvais usage. Agé, fatigué voire aigri, il décide de renouer avec sa famille pour la conclusion de l’une des meilleures séries consacrées au Chevalier noir qu’il m’ait été donné de lire (Batman: Beyond the White Knight 2022, #1-8 et Batman: White Knight presents Red Hood 2022, #1-2).
J’émettrais tout d’abord un bémol concernant l’interlude en deux épisodes scénarisé par Clay McCormack et consacré à Jason Todd / Robin aka. Red Hood. Il m’a sorti de ma lecture, ne présente que peu d’intérêt pour le développement de l’histoire et le dessin de l’italien Simone Di Meo ne vaut pas celui de Murphy (sublime par ailleurs dans les éditions en noir et blanc).
À cette exception près, ce titre est un excellent moment de lecture et l’ensemble des trois tomes forme un tout présentant une belle cohérence. Si les deux premiers volumes fourmillaient déjà de références issues des comics, des films ou des séries animées, le troisième est un hommage assumé à la série animée Batman Beyond de 1999 (les plus curieux iront voir ou revoir le dessin animé "Batman, la relève : Le retour du Joker"). On y retrouve également tous les ingrédients des deux premiers opus – le Joker / Jack Napier, holographique et casse-pied à souhait, l’importance de la famille chez les Wayne, un triangle amoureux, un soupçon de conscience politique, la continuité, les bagnoles, etc. – ; la tchatche des personnages ou encore l’équilibre entre les séquences d’échange et celles d’action sont aussi très appréciables.
En résumé, je suis ravi que la qualité de cette série se soit maintenue tant du côté du scénario que de celui du dessin. La série pourrait s’achever sur ce dernier acte, avec la fraternisation des Robin, mais si un quatrième tome devait un jour paraître, comme la dernière planche de l’album le laisse augurer, j’en serai assurément.